L’infection au coronavirus SARS-CoV-2, responsable de la COVID-19, génère une immunité très rapidement, mais son efficacité diminue aussi très rapidement, selon une nouvelle étude montréalaise. Six semaines après l’infection, les anticorps sont moins efficaces pour « neutraliser » le coronavirus.

Mathieu Perreault Mathieu Perreault
La Presse

« Ça veut probablement dire qu’il faudra un rappel pour le vaccin », explique l’auteur principal de l’étude publiée sur le site de prépublication bioRxiv, Andres Finzi, de l’Université de Montréal. « Il ne faudrait pas voir ça seulement de manière négative. Deux semaines après l’infection, 60 % des gens ont des anticorps neutralisants. Ça veut dire que les 40 % restants ont combattu l’infection sans ces anticorps neutralisants. »

Les études sérologiques (analyses sanguines) dans divers pays jusqu’à maintenant ont mis en évidence qu’une proportion moins élevée de la population que ce qui était prévu avait des anticorps contre le SARS-CoV-2. En Suède, par exemple, les zones les plus touchées ont au maximum 10 % à 15 % de séropositivité. Mais il faut aussi que ces anticorps soient efficaces pour neutraliser le coronavirus. Un anticorps peut reconnaître un virus sans le neutraliser, comme cela survient avec certains coronavirus responsables des rhumes.

M. Finzi, qui a travaillé avec Héma-Québec et le Laboratoire de santé publique du Québec, a fait ce test de neutralisation du SARS-CoV-2 avec une protéine synthétique identique à celle qui permet au coronavirus d’entrer dans les cellules humaines. Cette stratégie a été utilisée par d’autres équipes pour des tests de neutralisation. À noter, M.  Finzi était avant la pandémie spécialiste de protéines importantes pour que le virus du sida entre dans les cellules humaines.

La prochaine étape est de comprendre le niveau de neutralisation nécessaire pour qu’un anticorps protège du coronavirus, et de voir si le niveau de neutralisation est plus élevé chez les patients qui ont eu des symptômes plus graves.

Une autre étude, publiée mardi par les Centres pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC) du gouvernement américain, montre que des symptômes plus importants semblent augmenter la capacité de neutralisation des anticorps, note M. Finzi, à qui La Presse a demandé de commenter l’étude des CDC.

Autre inconnue, il est possible que les patients ayant plus de symptômes aient — pour des raisons génétiques ou autres — besoin d’anticorps plus neutralisants, et donc que les patients n’ayant pas eu de symptômes soient protégés contre le SARS-CoV-2 même avec un plus faible taux d’anticorps neutralisants.

« Notre étude n’était pas longitudinale, alors on n’avait qu’un point pour chaque patient », dit M. Finzi, qui travaille au Centre de recherche du Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CRCHUM). « On ne peut donc pas dire si le taux de neutralisation diminue chez un patient, seulement que dans un groupe, ceux qu’on testait plus tard avaient un taux de neutralisation moins élevé. »

Marins infectés

L’étude des CDC, publiée dans son rapport hebdomadaire de morbidité et de mortalité (MMWR), portait sur un échantillon représentatif aléatoire de 382 des 4800 marins du porte-avions Theodore Roosevelt, qui a interrompu une mission à la fin de mars dans le Pacifique après avoir enregistré 1000 tests positifs de COVID-19. Les analyses sanguines ont révélé que 60 % des 382 marins de l’échantillon avaient été infectés, et que leurs anticorps étaient neutralisants à un taux similaire à l’étude de M. Finzi.

Le chercheur montréalais a aussi étudié l’« immunité croisée » chez ses 98 patients, c’est-à-dire si leurs anticorps réagissaient au coronavirus SARS-CoV-1, responsable du SRAS en 2003, et à des coronavirus du rhume. C’était le cas, mais à un degré moindre.

EN CHIFFRES

56 % des marins du porte-avions Theodore Roosevelt qui ont porté un masque ont eu un test positif de COVID-19

81 % des marins du porte-avions Theodore Roosevelt qui n’ont pas porté un masque ont eu un test positif de COVID-19

54 % des marins du porte-avions Theodore Roosevelt qui ont évité les pièces communes ont eu un test positif de COVID-19

68 % des marins du porte-avions Theodore Roosevelt qui n’ont pas évité les pièces communes ont eu un test positif de COVID-19

Source : MMWR