Le gouvernement Legault penche pour une commission scientifique et technique afin de faire la lumière sur l’hécatombe dans les CHSLD provoquée par la COVID-19, a appris La Presse de source gouvernementale. La décision doit être prise bientôt.

Ariane Lacoursière Ariane Lacoursière
La Presse

Tommy Chouinard Tommy Chouinard
La Presse

Le Québec a connu ce type de commission à la suite du déluge du Saguenay en 1996 ou encore après la tempête de verglas en 1998.

Québec écarte ainsi l’idée d’une commission d’enquête publique à l’image de celle qui a porté sur l’industrie de la construction (commission Charbonneau) ou encore sur les accommodements raisonnables (commission Bouchard-Taylor).

Au gouvernement, on fait valoir que les enquêtes publiques prennent généralement beaucoup de temps. Les délais varient en fonction du mandat : si la commission Bouchard-Taylor a duré un peu plus de 15 mois, la commission Charbonneau a travaillé pendant quatre ans.

Les commissions scientifiques et techniques peuvent quant à elles compléter leurs travaux en quelques mois. Le gouvernement tient à avoir rapidement un diagnostic sur les raisons de la crise dans les CHSLD et à obtenir des recommandations de spécialistes.

Le mois dernier, le premier ministre François Legault s’est dit ouvert à une enquête, sans en préciser la forme. « On va trouver une manière d’aller au fond des choses, voir ce qui est arrivé, mais sans non plus perdre du temps parce qu’il y a des solutions qu’on connaît déjà, qu’on veut appliquer au cours des prochains mois », affirmait-il.

Son homologue de l’Ontario, Doug Ford, venait alors d’annoncer la tenue d’une enquête. Elle n’est pas publique et ses travaux « commenceraient seulement en septembre », relevait alors M. Legault, laissant entendre qu’il voudrait un exercice plus hâtif au Québec.

« Libération conditionnelle »

Encouragé par les données sur la COVID-19 qui montrent un ralentissement de la pandémie au Québec, le premier ministre François Legault a annoncé lundi de nouveaux assouplissements au confinement. Mais pour le directeur national de santé publique, le Dr Horacio Arruda, les citoyens doivent être prudents et « encore respecter les consignes ».

« Il ne faut surtout pas penser que c’est la liberté totale. On est en libération conditionnelle. Il faut respecter les conditions si on ne veut pas voir une retransmission s’installer maintenant », a dit le Dr Arruda.

La province a recensé lundi 6 nouveaux décès et 199 nouveaux cas de COVID-19. Au cours du dernier week-end, une vingtaine de nouvelles hospitalisations par jour ont été enregistrées dans la province. Au plus fort de la crise, le nombre de nouvelles hospitalisations a déjà atteint 157 quotidiennement.

M. Legault estime que ces chiffres sont « très encourageants ». « Évidemment, il ne faut rien [tenir] pour acquis. On espère que les chiffres vont continuer à être aussi bons dans les prochains jours. Mais quand on regarde les cas, quand on regarde les hospitalisations, quand on regarde les décès : c’est vraiment très encourageant. Surtout dans le cadre qu’au cours des dernières semaines, on a déconfiné un certain nombre d’activités. Ça nous permet d’aller une étape plus loin », a dit M. Legault.

Le premier ministre a du même coup annoncé que les rassemblements intérieurs de 10 personnes ou moins seront maintenant autorisés et que les restaurants pourront recommencer à servir les clients.

Les enfants aussi verront prochainement leurs règles de confinement assouplies, a annoncé le Dr Arruda. Dans une lettre ouverte publiée lundi, des pédiatres ont réclamé un allègement du confinement pour les enfants de moins de 12 ans.

Tout en se réjouissant lui aussi des données actuelles sur la COVID-19, le Dr Arruda a toutefois affirmé qu’il était trop tôt pour dire que la première vague était derrière nous, « parce qu’on ne peut pas encore voir tous les effets du déconfinement ».

Même si les statistiques montrent une amélioration, la situation en CHSLD reste précaire. La ministre de la Santé, Danielle McCann, a indiqué que même si plusieurs CHSLD ne sont pas remplis actuellement, les admissions n’ont actuellement repris qu’au compte-gouttes « à des conditions qui ont été bien évaluées par la Santé publique ». « Au niveau des admissions, on va attendre pour le moment que la situation se stabilise davantage au niveau des CHSLD », a dit Mme McCann.

Arruda inquiet des manifestations

Le Dr Arruda reconnaît que les manifestations qui ont eu lieu dimanche au Québec et donné lieu à des rassemblements peuvent « sembler paradoxales » alors que sévit une pandémie. « Mais vous savez quand les gens veulent se rassembler, si on interdit, ça crée souvent plus de grabuge que de laisser aller », a dit le Dr Arruda.

M. Legault a dit avoir choisi de ne pas interdire ces manifestations en disant comprendre « les Québécois qui ont le goût de manifester, qui ont un ras-le-bol ».

Le Dr Arruda a souligné que les manifestations se déroulaient à l’extérieur et que de nombreux participants portaient des masques, mais ne respectaient pas les deux mètres de distanciation. « Ça, ça me préoccupe », a-t-il dit, tout en précisant ne pas être « en panique », notamment parce qu’il y a moins de transmission actuellement à Montréal.

PHOTO ROBERT SKINNER, LA PRESSE

Des milliers de personnes se sont réunies dans les rues de Montréal, dimanche, pour dénoncer le racisme et la brutalité policière dans la foulée de la mort de George Floyd, aux États-Unis.

Révision de la stratégie de dépistage

Par ailleurs, alors que le gouvernement dit vouloir réaliser entre 15 000 et 20 000 tests de dépistage par jour, seulement environ 9500 tests par jour ont été faits la fin de semaine dernière. Le Dr Arruda a dit qu’il était normal que le nombre de tests de dépistage diminue durant la fin de semaine. Il a toutefois reconnu que la stratégie de dépistage serait revue à Montréal. 

« On va redonner un coup », a-t-il promis. Le Dr Arruda a souligné que le dépistage dans des cliniques mobiles situées dans des autobus semble notamment « moins intéressant » et que de nouvelles options seront étudiées pour « réaugmenter les tests ».

Maintien des primes au privé

Au moment où l’on craint un exode des préposés aux bénéficiaires du secteur privé vers le secteur public, où le salaire sera rehaussé, Québec annonce le maintien des primes salariales dans le secteur privé « pour les semaines à venir ».

Ces primes « COVID-19 » annoncées le 2 avril, rétroactives au 13 mars, devaient prendre fin au début de juillet. Elles sont prolongées au-delà de cette date. On parle d’une prime de 4 $ l’heure pour les préposés aux bénéficiaires dans les résidences pour aînés – où ils gagnent environ 14 $ – et dans les ressources intermédiaires. Il y a une prime de 8 % pour les infirmières et de 4 % pour les autres catégories d’emploi.

Par ailleurs, Québec rehausse à 21,27 $ le taux horaire des préposés travaillant dans la quarantaine de CHSLD privés non conventionnés – ce qui est comparable au salaire à l’entrée dans le réseau public. Québec explique que ces mesures visent à faire en sorte que l’ensemble des préposés dans les réseaux public et privé œuvrant auprès de personnes hébergées « soient rémunérés de façon équitable et cohérente ». 

Il a l’intention de « poursuivre les discussions avec les employeurs des milieux de vie privés afin de renforcer la cohérence entre les secteurs public et privé en termes de conditions salariales pour ces types d’emploi ». Rappelons que le gouvernement entend augmenter le salaire des préposés aux bénéficiaires en CHSLD public à 26 $ l’heure en début de carrière. Le privé craint le départ d’employés vers le public, un mouvement déjà amorcé selon lui.