(Québec) Financièrement à « bout de souffle » et se sentant victimes d’une injustice, les tenanciers de bars préviennent Québec que certains d’entre eux pourraient être poussés à la « désobéissance civile » si le gouvernement maintient son refus de leur permettre de rouvrir en même temps que les restaurants.

Michel Saba
La Presse canadienne

La Corporation des propriétaires de bars, brasseries et tavernes du Québec (CPBBT) a indiqué avoir informé le gouvernement lundi soir de cette possibilité.

« On a reçu beaucoup d’appels de gens qui sont dans un ras-le-bol total pis qui vont sûrement peut-être défier la loi », a affirmé le PDG de l’association, Renaud Poulin, en entrevue avec La Presse canadienne.

Il ne digère pas que Québec les empêche d’ouvrir leurs portes alors que les restaurants pourront désormais vendre des boissons alcoolisées sans qu’un repas doive être consommé, soit la vocation même de leur secteur. C’est « très offensant », selon les tenanciers.

Si ces tenanciers découvrent des dizaines de personnes dans un restaurant en train de consommer uniquement de l’alcool tard en soirée, « ils ne l’accepteront pas », a résumé M. Poulin.

Mardi, le premier ministre François Legault a fait appel à la patience des tenanciers de bars en plaidant l’importance de ne pas tout relancer en même temps pour ne pas provoquer de nouvelles éclosions du coronavirus. Il a prévenu ceux qui voudraient défier l’interdiction que des sanctions les attendent.

Les avertissements de M. Legault ont été reçus comme des menaces inappropriées par la corporation qui espérait plutôt de la compassion dans les circonstances où plusieurs craignent la faillite.

« Si le premier ministre veut apaiser la tension, il lui suffirait de traiter les tenanciers avec respect et leur indiquer une date d’ouverture possible », peut-on lire dans un communiqué publié mardi soir par la CPBBT.

À ce sujet, le directeur national de la santé publique, Dr Horacio Arruda, a promis mardi que le plan de déconfinement impliquant les bars serait dévoilé au cours des prochains jours.

La corporation s’en était d’ailleurs prise au Dr Arruda qu’ils accusaient de faire du « favoritisme » et d’utiliser de « faux arguments » pour justifier sa position à l’avantage des restaurants.

Lors d’un point de presse, lundi, le premier ministre avait tenté de justifier la décision en disant qu’« il y a une différence entre les bars où tout le monde est debout plus près les uns des autres que les restaurants où on limite le nombre de personnes à chaque table et les distances ».

Le Dr Arruda avait renchéri en expliquant que la consommation d’alcool se fait dans un « autre contexte » et que les décisions prennent en compte à quel point le milieu est propice aux règles de distanciation.

« Ce n’est pas vrai, a répliqué Renaud Poulin. On peut facilement les placer aux tables. C’est la même chose au Nouveau-Brunswick et partout. On peut prendre des mesures pour qu’il n’y ait personne au bar. »

La corporation constate aussi que les bars du Nouveau-Brunswick ont pu rouvrir et que ceux de l’Ontario pourront le faire en même temps que les restaurants vendredi.