Au volant de son auto-caravane, notre reporter a pris la route pour aller voir comment certaines régions se préparent à accueillir les touristes cet été.

Isabelle Ducas Isabelle Ducas
La Presse

Pendant 30 ans, Kathleen Lafleur a travaillé dans un décor de carte postale. Elle vendait de l’artisanat autochtone, des produits locaux, des souvenirs de Sainte-Rose-du-Nord, du Saguenay, du Québec et du Canada à des touristes venus de partout dans le monde pour admirer la beauté du paysage.

Sa boutique de souvenirs est toujours là, devant le majestueux fjord du Saguenay, près du quai du joli village de Sainte-Rose-du-Nord. Mais elle est fermée définitivement. Mme Lafleur a décidé de mettre la clé sous la porte.

À quoi bon rouvrir son magasin, Les Souvenirs du fjord, si les visiteurs européens, qui représentent 70 % de sa clientèle habituelle, sont absents ?

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Kathleen Lafleur devant sa boutique Les Souvenirs du fjord, maintenant fermée

« Certains jours, on avait 18 autobus qui passaient ici », raconte Kathleen Lafleur. « Beaucoup de monde arrivait aussi par la navette maritime. La majorité de ma clientèle était européenne, mais j’avais aussi des clients des États-Unis, du Brésil, de Dubaï, de la Corée… »

Ces touristes achetaient des produits à base de bleuets ou d’érable, des t-shirts, des chemises à carreaux, des bijoux avec des symboles autochtones, des aimants pour frigo avec une photo du Saguenay, des chaussettes aux motifs rigolos, etc.

Mais il n’y aura rien de tout ça cette année. Pas d’Européens visitant la région en autocar ou par leurs propres moyens, pas de bateaux de croisière remontant le Saguenay et pas de navette maritime – du moins pour le moment.

Le spectacle à grand déploiement La fabuleuse histoire d’un royaume, qui attirait entre 30 000 et 35 000 personnes par année dans la région, ne sera pas présenté non plus cet été.

Même les visiteurs d’ailleurs au Québec risquent d’être absents : ne leur recommande-t-on pas d’éviter de fréquenter les magasins locaux s’ils se rendent dans une autre région ? Acheter des souvenirs n’est certainement pas considéré comme un service essentiel.

Ça me fait mal au cœur. Ma boutique, c’était comme mon bébé. J’ai tellement fait de belles rencontres ici !

 Kathleen Lafleur

« Notre village vit du tourisme, et il n’y a pas grand monde qui est optimiste actuellement », admet le maire de Sainte-Rose-du-Nord, Laurent Thibault.

Le maire a fait parler quand il a voulu mettre en place son propre barrage routier à l’entrée du village de 400 habitants, au début du mois de mai. « À ce moment-là, on ne voulait voir personne parce qu’on était encore en confinement. Notre message aux gens était : vous viendrez nous voir quand on sera prêts », explique M. Thibault.

Sainte-Rose-du-Nord, village vallonné, blotti entre les falaises, avec un quai qui offre une vue imprenable sur le fjord du Saguenay, est très populaire auprès des amateurs de balades en moto ou en voiture.

Selon le maire, les autorités gouvernementales lui ont demandé de renoncer à son barrage parce que beaucoup d’autres villages auraient voulu lui emboîter le pas, pour protéger leur population âgée. « On nous accusait d’aller à l’encontre du déconfinement », dit-il.

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Le maire de Sainte-Rose-du-Nord, Laurent Thibault

Il est convaincu que son projet n’était pas illégal, mais il a tout de même décidé de faire marche arrière.

De toute façon, l’implantation du barrage ne faisait pas l’unanimité dans le village.

On y trouve de nombreux gîtes touristiques, qui n’ont toujours pas l’autorisation d’accueillir des clients. Quand ils recevront le feu vert des autorités de la Santé publique, ces établissements voudront certainement que les visiteurs se sentent les bienvenus au village.

C’est en tout cas le message que veut transmettre Dorina Potvin, propriétaire du camping La Descente des femmes, situé au cœur de Sainte-Rose-du-Nord. « Je reçois des appels pour des réservations provenant du 514 et du 450, et je ne fais pas de différence », dit Mme Potvin, juchée sur son VTT, occupée à préparer son camping pour la saison, même si elle s’annonce très tranquille.

Un peu à l’ouest, à Saint-Fulgence, au Parc Aventures Cap Jaseux, on jongle avec les annulations de réservations de la part des visiteurs étrangers et les nouvelles demandes provenant de touristes québécois, qui aimeraient profiter du camping, des chalets ou des hébergements dans les arbres, qui sont très populaires.

« Environ 30 % de nos revenus proviennent de l’international. Comme ces gens ne viendront pas, nous pouvons offrir plus de disponibilités à la clientèle québécoise », souligne Rebecca Tremblay, directrice générale du Parc Aventures Cap Jaseux.

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Rebecca Tremblay, directrice générale du Parc Aventures Cap Jaseux, devant une des sphères où les visiteurs peuvent passer la nuit.

Les étonnants dômes avec des parois transparentes posés sur des terrasses en plein bois, les sphères accrochées aux arbres et les maisons dans les arbres accueillent les vacanciers depuis le 5 juin.

Pour les activités de plein air offertes sur le site (kayak de mer, via ferrata, parcours aérien), il faudra attendre le 19 juin. Jeudi dernier, la Santé publique a donné son autorisation à la reprise des activités de plein air en groupe, à partir de ce lundi 8 juin.

« On a des équipements à commander, il faut préparer et former nos employés », explique Mme Tremblay.

Les groupes devront être limités à six personnes par départ, et tous les équipements (pagaies, harnais, casques, mousquetons, etc.) devront être désinfectés entre chaque groupe, ce qui complique la logistique.

« Mais au moins, les visiteurs vont pouvoir profiter du plein air et de la beauté du site », conclut Mme Tremblay.