Le 4 avril, Lise-Andrée Galarneau a consulté le bilan de la COVID-19 en Mauricie et dans le Centre-du-Québec. Ce qu’elle a vu l’a consternée.

Mathieu Perreault Mathieu Perreault
La Presse

Le 4 avril, Lise-Andrée Galarneau a consulté le bilan de la COVID-19 en Mauricie et dans le Centre-du-Québec. Ce qu’elle a vu l’a consternée.

« On avait autant d’employés de la santé avec un diagnostic positif que d’usagers », dit la microbiologiste infectiologue, qui est responsable du contrôle des infections au Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux régional.

« Encore aujourd’hui [mardi], on a 401 employés et 335 usagers infectés. Je n’avais jamais vu ça nulle part. D’habitude, il y a beaucoup plus d’usagers. Je suis devenue obsessive et ai analysé toutes les circonstances de contamination dans la région. »

PHOTO FOURNIE PAR LISE-ANDRÉE GALARNEAU

Lise-Andrée Galarneau, microbiologiste infectiologue et responsable du contrôle des infections au CIUSSS de la Mauricie-et-du-Centre-du-Québec

Son analyse lui a permis d’établir un plan serré du contrôle de la transmission de la COVID-19 entre les employés des hôpitaux et des CHSLD. Appliqué aux lieux frappés par des éclosions, le plan de la Dre Galarneau a maté la pandémie établissement après établissement. Sa recette : faire scrupuleusement respecter la distanciation sociale entre les employés. Elle n’emploie que des masques chirurgicaux normaux, réservant les N95 à certaines interventions dégageant des aérosols, comme les intubations.

« Au début, les syndicats réclamaient des N95 pour tout le monde, mais c’était un cri du cœur, dit la Dre Galarneau. Ils voulaient qu’on fasse quelque chose pour les protéger. Ils partaient de la prémisse que ce sont les usagers qui transmettent l’infection aux travailleurs. Mais au CHSLD Laflèche, l’éclosion est venue d’un employé qui l’avait acquise de quelqu’un du 450. Au CHSLD Sainte-Croix, beaucoup de travailleurs sont rentrés au travail avec la COVID. »

N’y a-t-il pas aussi des aérosols quand on parle ? « Il y a zéro risque de transmettre la COVID-19 par aérosols en parlant », affirme la Dre Galarneau.

De grands X ont été apposés sur les bancs de table de pique-nique et dans les locaux où les employés mangent – « on a quasiment vissé les chaises par terre ». Le port du masque est obligatoire dans les postes d’infirmières où la distanciation de deux mètres n’est pas possible. Des équipes de vérification font des tournées pour vérifier que ces consignes sont observées. Et l’objectif du taux de lavage de mains a été relevé de 70 % à 100 %, comme pour les épidémies de gastroentérite.

C’est un employé infecté à Shawinigan qui a permis à la Dre Galarneau de comprendre comment combattre la transmission de la COVID-19. 

Quand l’employé a eu son test positif, le 7 avril, aucun employé n’était infecté, mais on avait 56 cas positifs chez les patients. Quatre jours plus tard, un autre employé. Quatre jours après, quatre ou cinq autres employés. Ça se multipliait.

La Dre Lise-Andrée Galarneau

Elle poursuit : « Je me suis dit : “Ça ne se peut pas que tout le monde fasse des bris techniques de l’équipement de protection en même temps.” Dans la nuit du 25 avril à 4 h du matin, j’ai flashé : j’ai compris qu’il fallait protéger non seulement les autres usagers, mais aussi les collègues de travail. »

Famille et voisins

Cela nécessite un changement de mentalité important. « Dans une équipe de soins, on se sent dans une grande famille. J’ai dit : “Dorénavant, votre équipe, ce n’est plus votre famille, c’est votre quartier. Alors il faut vous protéger, protéger les autres, comme vous le feriez avec votre voisin.” »

La distanciation sociale fonctionnait très bien dans la collectivité, mais avant le plan de la Dre Galarneau, annoncé en conférence de presse le 27 avril à Trois-Rivières, pas dans les hôpitaux. « Les employés mangeaient entre eux dans des endroits clos, sans protection individuelle. En enlevant leur masque après avoir vu des patients, ils en touchaient l’extérieur puis ne se lavaient pas les mains. J’ai fait signer par tout le monde des lettres d’engagement sur l’hygiène des mains. »

  • Nombre d’usagers infectés (nosocomial) – CHAUR

    GRAPHIQUE FOURNI PAR LISE-ANDRÉE GALARNEAU

    Nombre d’usagers infectés (nosocomial) – CHAUR

  • Nombre de travailleurs de la santé infectés – CHAUR

    GRAPHIQUE FOURNI PAR LISE-ANDRÉE GALARNEAU

    Nombre de travailleurs de la santé infectés – CHAUR

  • Nombre d’usagers infectés (nosocomial) – HSC

    GRAPHIQUE FOURNI PAR LISE-ANDRÉE GALARNEAU

    Nombre d’usagers infectés (nosocomial) – HSC

  • Nombre de travailleurs de la santé infectés – HSC

    GRAPHIQUE FOURNI PAR LISE-ANDRÉE GALARNEAU

    Nombre de travailleurs de la santé infectés – HSC

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Les transferts d’employés entre établissements continuent, mais dès qu’il y a une éclosion à un endroit, ses employés ne vont plus ailleurs. Des tests sont faits seulement chez les employés qui ont été en contact avec un patient ou un employé infecté, qui sont tous retrouvés par un bureau de traçage.

La Dre Galarneau porte-t-elle le masque à l’extérieur de l’hôpital ? « Je suis toujours à l’hôpital. Je ne vais jamais dans les magasins. Mais je ne mets pas de masque quand je fais des marches ou que je joue au golf. Des fois, on voit des gens avec un masque marcher seuls. Je ne vois pas de plus-value. Dehors, si le virus est excrété, c’est trop ventilé pour être transmis. »

Quelques chiffres

325 : nombre de cas actifs de COVID-19 en Mauricie et dans le Centre-du-Québec (MCQ)
1366 : nombre de personnes rétablies de la COVID-19 en MCQ
203 : nombre d’hospitalisations dues à la COVID-19 en MCQ
27 : nombre de décès dus à la COVID-19 en MCQ
36 216 : nombre de tests de dépistage de la COVID-19 en MCQ
Source : CIUSSS de la Mauricie-et-du-Centre-du-Québec, en date du 3 juin 2020