Avocate durant la semaine, Me Marie-Aimée Beaulac a décidé de consacrer ses fins de semaine à aider les préposés aux bénéficiaires dans un CHSLD de Montréal. Depuis trois semaines, celle qui s’entraîne aussi pour courir un ultramarathon l’automne prochain travaille dans une aile chaude du CHSLD Jean-De La Lande. Une expérience humaine hors du commun qu’elle recommande chaudement.

Ariane Lacoursière Ariane Lacoursière
La Presse

« Les résidants sont charmants. Je pense à eux pendant la semaine. Travailler en CHSLD, c’est une expérience nécessairement enrichissante. Il y a vraiment du positif », affirme la jeune femme de 29 ans.

Me Beaulac travaille comme avocate au Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal depuis quatre ans. À ce titre, elle émet des avis juridiques et plaide dans des dossiers de la Direction de la protection de la jeunesse. Mais à la mi-avril, en voyant que son établissement recherchait avidement de l’aide pour travailler dans les CHSLD frappés de plein fouet par la COVID-19, elle s’est portée volontaire.

Après avoir suivi une formation d’aide-préposée aux bénéficiaires, elle est allée au front. Elle travaille les samedis et les dimanches à un étage chaud du CHSLD Jean-De La Lande, sur l’avenue Papineau, auprès de 17 résidants. 

Quand j’ai commencé, on m’a demandé si j’étais à l’aise de travailler à un étage chaud. J’ai dit oui. C’est pour ça que je venais ici.

Marie-Aimée Beaulac

Pourquoi avoir accepté de se lancer dans cette aventure ? « Par désir d’aider. Je pensais à mes collègues préposés épuisés », dit-elle. Pour des raisons personnelles, Me Beaulac s’estimait aussi prête à relever le défi. Il y a huit ans, sa mère est morte du cancer. 

PHOTO FOURNIE PAR LE CIUSSS DU CENTRE-SUD-DE-L’ÎLE-DE-MONTRÉAL

Tant que ses collègues du service juridique du CIUSSS accepteront de compenser son absence, MMarie-Aimée Beaulac prévoit continuer d’aider en CHSLD.

MBeaulac a pris soin d’elle à la maison jusqu’à son dernier souffle. Elle lui administrait de la morphine. L’aidait à se nourrir. « Je me disais que les résidants, ce sont les mères de quelqu’un d’autre. J’ai voulu leur donner les meilleures conditions possible. »

Des résidants reconnaissants

Pour ne pas s’épuiser, Me Beaulac a comprimé son horaire d’avocate sur quatre jours et travaille le week-end en CHSLD. Comme si ce n’était pas assez, elle s’entraîne aussi environ huit heures par semaine à la course.

Tant que ses collègues du service juridique du CIUSSS accepteront de compenser son absence, Me Beaulac prévoit continuer d’aider en CHSLD. « Pour être sûre de protéger mes collègues, je travaille à distance. Ils doivent plaider pour moi. Ils pallient mon absence. Mais quand ce ne sera plus possible, je cesserai », dit-elle.

Quand on lui demande ce qu’elle aime le plus de son travail en CHSLD, l’avocate parle de la reconnaissance des résidants. 

PHOTO MARTIN TREMBLAY, LA PRESSE

MMarie-Aimée Beaulac

Je n’ai pas de mots pour décrire ça. Le contact humain est tellement enrichissant.

Marie-Aimée Beaulac

Me Beaulac raconte qu’elle a réparé l’autre jour la télévision d’un résidant qui ne fonctionnait plus. « Les résidants ne peuvent pas sortir de leur chambre. Leur télévision, c’est leur seule évasion. Le résidant était tellement content quand je l’ai réparée ! »

Me Beaulac dit avoir été renversée de constater la difficulté du métier de préposé aux bénéficiaires. « Je me pensais en forme. Mais physiquement, c’est vraiment difficile. Je finis mes quarts de travail brûlée ! On est debout toute la journée. Avec les EPI [équipement de protection individuelle], il fait chaud », dit-elle.

« Des gens de cœur »

Depuis le début de la pandémie, 81 personnes comme Me Beaulac sont venues aider au CHSLD Jean-De La Lande. « C’est un vent de fraîcheur. Voir arriver ces gens qui sortent de leur zone de confort et qui, malgré le risque de s’exposer au virus, viennent s’engager à faire une différence… Ce sont des gens de cœur. Ils ont évolué avec nous alors qu’on avançait dans l’inconnu. Je pense qu’ils ressortent avec une expérience de vie précieuse », affirme Nancy Bélanger, coordonnatrice de site au CHSLD Jean-De La Lande.

Habitant seule, Me Beaulac explique que si elle n’a pas hésité à venir en CHSLD, c’est en partie parce qu’elle savait qu’elle ne risquait d’infecter personne. « Mais dans les faits, c’est moins épeurant que ce que l’on entend », dit-elle. Ces jours-ci, des patients guérissent. Une petite affiche est alors installée sur leur porte pour répandre la bonne nouvelle.

« Je veux vraiment passer un message positif. Ce que je vis, c’est super enrichissant. J’ai vu que Québec veut recruter 10 000 préposés et que l’appel a été entendu par de nombreuses personnes. Moi, je leur dis : “Vous avez pris la bonne décision.” »