Le gouvernement Legault a mis sur pied un nouvel organe décisionnel pour le réseau de la santé de Montréal, afin de mieux gérer les suites de la pandémie et de corriger les failles dans la coordination des actions.

Ariane Lacoursière Ariane Lacoursière
La Presse

Tommy Chouinard Tommy Chouinard
La Presse

Sous la gouverne de la ministre responsable de la métropole, Chantal Rouleau, la « Table intersectorielle de rétablissement du réseau de la santé et des services sociaux montréalais » vise à faire collaborer tous les acteurs impliqués dans la gestion de crise pour prendre des décisions plus rapidement.

PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, ARCHIVES LA PRESSE

Chantal Rouleau, ministre responsable de la métropole

Cette mesure découle du mandat que le premier ministre, François Legault, a confié à Chantal Rouleau d’assurer la coordination des services gouvernementaux à Montréal.

Dans une enquête publiée la semaine dernière, La Presse a rapporté de nombreux témoignages disant que la métropole était impossible à gérer. Une situation qui a compliqué la gestion de la pandémie à Montréal, ville la plus touchée au pays.

La directrice de santé publique de Montréal, la Dre Mylène Drouin, a soulevé dans le reportage que la création de cinq CIUSSS à Montréal avec la réforme Barrette en 2015 avait complexifié la gestion de la crise. La Dre Drouin a expliqué que les choses étaient plus simples du temps où l’Agence de santé et services sociaux chapeautait les établissements.

Quand il y avait une agence régionale, il y avait un pilote régional dans l’avion pour coordonner le déploiement d’une opération aussi gigantesque. Les CIUSSS ont chacun de très bons pilotes, mais des fois, ça nécessite un arrimage, une lecture montréalaise qui n’est pas la même.

La Dre Mylène Drouin, directrice de santé publique de Montréal, dans l’enquête de La Presse « Au front les jambes coupées »

En entrevue, la ministre Chantal Rouleau reconnaît que la crise de la COVID-19 a mis en lumière des « failles » et des « défauts » dans la gestion du réseau à Montréal. « On a tous constaté que ça n’a pas été simple », a-t-elle laissé tomber. « Il y a des organisations qui fonctionnent, mais qui n’étaient pas nécessairement habituées à travailler ensemble de manière aussi intense. » La nouvelle Table intersectorielle vise à corriger le tir. La ministre insiste : il ne s’agit pas d’une autre « structure » qui « alourdit le travail ».

Agir plus vite

La PDG du CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal, Sonia Bélanger, a entendu la critique voulant qu’il n’y avait pas de pilote dans l’avion pour la gestion de la crise de la COVID-19. Mais selon elle, il y avait plutôt « 10 pilotes dans 10 avions », faisant ainsi référence aux 10 PDG d’établissements de santé montréalais. Aux yeux de Mme Bélanger, « ce qui manquait, c’était de se coordonner pas tant avec le réseau de la santé, mais avec les autres intervenants ».

Sous la présidence de Mme Rouleau, la nouvelle Table réunit les 10 PDG adjoints des établissements de santé montréalais (comme les CIUSSS), la Dre Drouin, la directrice de la coordination ministérielle du 514-450 au ministère de la Santé, la Dre Diane Poirier, Urgences-Santé et la Sécurité civile de la Ville de Montréal, entre autres.

Cette table va nous aider à encore mieux travailler ensemble pour une deuxième vague éventuelle.

Sonia Bélanger, PDG du CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal

La Table se situe au plus haut niveau de la hiérarchie de la gouvernance du réseau de la santé à Montréal. « Elle favorisera la mise en place de solutions et permettra une prise de décision rapide dans un esprit de saine collaboration entre les différents acteurs impliqués », peut-on lire dans un document gouvernemental que La Presse a obtenu.

Selon Chantal Rouleau, « il fallait établir des liens de manière plus structurelle pour assurer une meilleure fluidité, parce qu’on doit prendre des décisions très rapidement. Il faut que la communication soit très claire. Il ne faut pas qu’il y ait d’embrouille sur la ligne. »

Elle donne l’exemple des sites de dépistage. Les cliniques sont gérées par les CIUSSS alors que les unités mobiles, les fameux autobus, sont sous la responsabilité de la Santé publique. Or, il y a un mois, on a assisté à un cafouillage à Montréal-Nord dans le déploiement de la stratégie ; la fermeture annoncée d’une clinique de dépistage a finalement été annulée devant le retard des unités mobiles. « Des choses semblables ne doivent plus se produire, c’est certain », a affirmé Mme Rouleau.

La Table se réunit une fois par semaine ; la première rencontre a eu lieu mercredi dernier. Le programme est chargé : on y traite par exemple des hospitalisations, du dépistage, des enquêtes de cas, de la prévention et de la gestion des éclosions, de la situation dans les CHSLD et les résidences pour aînés, de l’état de la main-d’œuvre, de l’approvisionnement en équipements de protection, des services en santé mentale et de l’évolution du déconfinement.

La Table sert à « déterminer les gestes à faire » et le « qui fait quoi ». « Tout le monde est autour de la table et on ne pourra dire “je ne le savais pas”. Ce n’est pas censé arriver en tout cas », a indiqué Mme Rouleau.

Aux yeux du gouvernement, cette Table représente un « embryon » d’une nouvelle forme de gestion du réseau à Montréal. « Ça ne sera peut-être pas que temporaire. Il y a une nécessité d’établir cette coordination-là pour le futur », a indiqué la ministre.