Le gouvernement Legault déposera mercredi un projet de loi « visant la relance de l’économie du Québec et l’atténuation des conséquences de l’état d’urgence sanitaire ». L’un des objectifs : accélérer le processus de réalisation des projets d’infrastructures. L’opposition craint un assouplissement des règles, brandissant déjà le spectre d’une « deuxième commission Charbonneau ». Pendant ce temps, les candidatures explosent pour devenir préposé aux bénéficiaires en CHSLD : 42 000 personnes se sont inscrites à la nouvelle formation. Compte rendu.

Tommy Chouinard Tommy Chouinard
La Presse

Fanny Lévesque Fanny Lévesque
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Ariane Lacoursière Ariane Lacoursière
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Réduire les étapes préliminaires

Pour redémarrer l’économie, Québec a annoncé le devancement de près de 3 milliards de dollars d’investissements dans les infrastructures comme les maisons des aînés, les écoles et les transports collectifs. Il veut maintenant accélérer la réalisation des projets. Pour y arriver, le président du Conseil du trésor, Christian Dubé, déposera un projet de loi « visant la relance de l’économie du Québec et l’atténuation des conséquences de l’état d’urgence sanitaire ». On modifiera entre autres la Loi sur les infrastructures pour réduire les étapes préliminaires à la construction. Le gouvernement voudra adopter son projet de loi au plus vite. Or, la session parlementaire prend fin le 12 juin. S’ils sont d’accord avec le principe d’investir dans les infrastructures pour relancer l’économie, les partis de l’opposition craignent les changements législatifs en préparation.

« Tourner les coins rond »

PHOTO JACQUES BOISSINOT, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE 

Pascal Bérubé, chef intérimaire du Parti québécois

« On ne voudrait pas vivre une deuxième commission Charbonneau », a lancé le chef intérimaire du Parti québécois, Pascal Bérubé. Le gouvernement risque de « tourner les coins rond » dans l’attribution de contrats. « Chaque fois qu’il y a des montants importants en infrastructures d’investis, c’est clair qu’il y a de l’avidité qui va être créée chez certains. Et j’ai l’impression que toutes les mesures de surveillance des contrats ne seront pas nécessairement en place, à moins qu’on nous rassure », a-t-il ajouté. De son côté, Québec solidaire a fixé trois critères pour donner son appui : « aucun compromis sur la bonne gestion des fonds publics et sur la probité des contrats publics », le respect des droits des travailleurs et le maintien de la réglementation environnementale. « Rappelons-nous pourquoi on s’est donné des règles exigeantes [en matière de contrats publics]. C’est parce que pendant des années, ça a été un open-bar pour le crime organisé, pour du financement politique illégal. On ne veut pas rejouer dans ce film-là sous prétexte qu’il faut relancer l’économie », a affirmé le co-porte-parole de Québec solidaire, Gabriel Nadeau-Dubois.

Explosion des candidatures

Si le premier ministre Legault disait mardi se lancer « dans une opération sans filet » et « sans garantie de réussite », il pouvait un peu mieux respirer quelques heures seulement après le démarrage de sa campagne de recrutement. Le gouvernement a confirmé en fin d’après-midi que quelque 42 000 personnes avaient déjà soumis une demande d’admission pour être de la formation express déployée pour recruter 10 000 préposés aux bénéficiaires. La formation accélérée de 375 heures permettra aux candidats d’obtenir une attestation d’études professionnelles (AEP) et d’accéder à un poste à temps de plein de « préposé en CHSLD » à 26 $ l’heure.

Négociations et formation

PHOTO JACQUES BOISSINOT, LA PRESSE CANADIENNE 

François Legault était en compagnie de Marguerite Blais, ministre responsable des Aînés, et de Jean-François Roberge, ministre de l’Éducation, mardi lors du point de presse du gouvernement.

Le salaire à l’entrée de 26 $, annoncé par M. Legault, a un impact sur les négociations des conventions collectives : le gouvernement prévoyait dans son offre présentée la semaine dernière que ce salaire soit atteint au sommet de l’échelle salariale seulement. En entrevue, Christian Dubé a convenu que le salaire devra en conséquence être revu à la hausse pour tous les autres échelons dans ses offres. Les recrues qui auront participé au programme seront encouragées à poursuivre leur formation par la suite en vue d’obtenir un diplôme d’études professionnelles (DEP) en bonne et due forme, mais « ce n’est pas obligatoire ». Cependant, s’ils aspirent à aller travailler dans un hôpital ou dans un autre établissement que le CHSLD, « ils devront aller chercher une autre formation », a nuancé le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge. De son côté, le Réseau de coopération des entreprises d’économie sociale en aide à domicile crie à l’aide alors que ses employés partent pour le secteur public. À Montréal seulement, des quelque 550 employés pré-COVID-19, 85 sont toujours en poste.

Les demandeurs d’asile exclus

François Legault a indiqué que les demandeurs d’asile n’auront pas accès au programme de formation, car « ça prend un statut de citoyen pour s’inscrire ». Un refus qui déçoit grandement le porte-parole du Comité d’action des personnes sans statut, Frantz André. Depuis que le programme avait été annoncé la semaine dernière, le téléphone de M. André ne dérougissait pas : « Tout le monde voulait savoir s’il était éligible. Plusieurs demandeurs d’asile viennent de perdre espoir d’avoir accès à de meilleures conditions. » M. André déplore le fait que plusieurs d’entre eux continueront de travailler dans des agences de placement et d’être « déplacés d’un endroit à l’autre », phénomène qui a favorisé la propagation de la COVID-19. M. Legault a dit que les demandeurs d’asile qualifiés ayant travaillé en CHSLD verront leur dossier analysé au cas par cas et pourraient être acceptés comme immigrants. « Mais les gens travaillant en agence seront-ils considérés ? », a demandé la députée libérale Paule Robitaille.

Bilan encourageant

Le Québec a enregistré 52 nouveaux décès liés à la COVID-19, pour un total de 4713 morts. La situation s’améliore du côté des hospitalisations avec 1175 personnes hospitalisées (- 10), dont 161 aux soins intensifs (- 1) au cours des 24 dernières heures. Le nombre de cas déclarés positifs à la COVID-19 atteint 51 593. Il s’agit d’une augmentation de 239 cas par rapport à lundi ; 16 803 personnes sont déclarées guéries du coronavirus (+ 206).