Pandémie ou pas, « les violences sexuelles, c’est un fléau qui ne prend pas de vacances », souligne la directrice générale de Juripop Sophie Gagnon.

Caroline Touzin Caroline Touzin
La Presse

Ainsi, Juripop offre à compter de ce mercredi un service de soutien juridique gratuit et confidentiel aux victimes de violences sexuelles et de harcèlement au travail à travers tout le Québec.

« C’est excessivement ambitieux », lance fièrement MGagnon, dont l’organisme a recruté près de 90 avocats partenaires établis un peu partout dans la province. Ces derniers ont reçu une formation spécialisée sur les violences sexuelles et le harcèlement au travail pour conseiller les victimes : femmes, hommes, personnes non binaires et personnes non conformes dans le genre.

Les services sont offerts dans une dizaine de langues et il y aura des interprètes disponibles au besoin.

Dès l’annonce du projet, en décembre, Juripop a reçu de nombreux appels de victimes, au point où l’organisme a créé une liste d’attente, le temps que le service devienne opérationnel.

« La multiplicité et la complexité des recours créent un fardeau inimaginable sur les épaules des personnes victimes et des survivantes, souligne MGagnon. Nos avocats vont aider la personne à identifier ses recours ; à les comparer ; à l’accompagner dans les recours qu’elle décide d’entreprendre ou non. »

Personne n’est obligé de porter plainte à la police pour bénéficier de nos services. Ce n’est pas notre rôle de les forcer à passer à travers le système de justice. On est là pour les informer et leur redonner du pouvoir sur ce qu’ils vivent.

Me Sophie Gagnon, directrice générale de Juripop

Déjà, en 2018, lorsque Juripop a créé un guichet unique – L’aparté — pour offrir des services d’accompagnement aux personnes évoluant dans le milieu culturel qui vivent du harcèlement, l’organisme s’est mis à recevoir des demandes d’autres domaines. Le nouveau guichet unique lancé ce mercredi se veut une réponse à cette demande plus large. 

« On a constaté que c’est ça qui manquait, des conseils en droit civil, en droit du travail, en droit familial, en droits de la personne, en droit de l’immigration et en droit criminel regroupés à un seul endroit », explique MGagnon.

Déconfinement et inquiétude

Me Gagnon se dit d’ailleurs « très, très inquiète » de l’impact du déconfinement sur la santé mentale en milieu de travail. « En ce moment, tout le monde est à bout de nerfs. [...] Le retour au travail, à mon avis, risque d’être un terreau fertile pour le harcèlement parce que tout le monde va déjà être épuisé, les budgets seront réduits, les échéanciers beaucoup plus serrés », souligne-t-elle.

« Les agressions, les violences faites aux femmes ne s’arrêtent pas parce qu’il y a une pandémie », a pour sa part affirmé la ministre de la Justice du Québec Sonia LeBel en entrevue avec La Presse.

Le « labyrinthe judiciaire »

Le guichet unique a été pensé alors que les victimes avaient déjà du mal à se retrouver dans le « labyrinthe judiciaire », souligne la ministre LeBel. Or, la pandémie a modifié certaines façons de faire du système (aménagement de salles de cour virtuelles, par exemple). En conséquence, même des avocats habitués de naviguer dans ledit système sont déstabilisés. D’où l’importance, dit-elle, de mieux accompagner et de mieux soutenir les victimes.

Ce projet s’inscrit dans une réflexion plus large menée par des élues des quatre partis à l’Assemblée nationale dans le dossier des violences sexuelles, précise-t-elle. Outre la ministre LeBel, Hélène David, du Parti libéral, Christine Labrie, de Québec solidaire, et Véronique Hivon, du Parti québécois, planchent — au-delà de toute partisanerie — sur la question.

De son côté, le ministre de la Justice du Canada, David Lametti, nous a indiqué qu’il soutenait l’initiative de Juripop parce que « même en temps de pandémie, les travailleur.es méritent des conditions de travail sécuritaires, surtout alors que la COVID-19 bouleverse nos habitudes professionnelles ».

Les services sont financés par le ministère de la Justice du Québec (pour le volet violences sexuelles) et par Justice Canada (volet harcèlement au travail).

Juripop encourage les victimes — « peu importe leur âge, leur revenu ou leur statut d’immigration » — à demander conseil en composant le 1 844 447-4767 ou en se rendant en ligne.