(Ottawa) La Fédération canadienne des municipalités (FCM) réclamait une aide d’urgence de 10 milliards de dollars du gouvernement fédéral pour éviter un naufrage financier à cause de la pandémie de COVID-19.

Joël-Denis Bellavance Joël-Denis Bellavance
La Presse

Le premier ministre Justin Trudeau propose en lieu et place de verser d’une manière accélérée les sommes annuelles qui sont remises aux municipalités par l’entremise du Fonds de la taxe sur l’essence fédérale, soit 2,2 milliards.

Les municipalités, grandes et petites, pourront donc toucher leur part de cette somme dès juin et en un seul versement, au lieu de deux versements. Selon le premier ministre, le versement anticipé de l’ensemble du financement prévu pour 2020-2021 les aidera à réaliser rapidement des projets « qui amélioreront notre qualité de vie et contribueront à la relance des économies locales ».

« D’un océan à l’autre, les Canadiens ressentent les impacts économiques de la COVID-19 et font ce qu’ils peuvent pour protéger la santé et la sécurité de leurs familles et de leurs communautés. C’est pourquoi nous prenons des mesures pour relancer l’économie et permettre aux Canadiens de retourner au travail », a affirmé le premier ministre durant sa conférence de presse a Rideau Cottage.

« Cela nous permettra de nous en sortir encore plus forts. Le financement annoncé aujourd’hui aidera les communautés à répondre à leurs besoins immédiats et à planifier les infrastructures dont elles auront besoin à l’avenir. »

Mais cette mesure risque d’être jugée insatisfaisante pour les leaders municipaux, qui soutiennent qu’ils pourraient être contraints de mettre la hache dans les services à la population, notamment le transport en commun, si Ottawa ne délie pas les cordons de sa bourse.

Le chef du NPD, Jagmeet Singh, a affirmé que le plan du gouvernement Trudeau est loin d’être adéquat et suffisant.

À Montréal, l’administration de la mairesse Valérie Plante estime que le manque à gagner pourrait friser les 500 millions de dollars cette année, selon la durée de la crise. À lui seul, le transport en commun serait responsable de la moitié de cette perte financière anticipée.

En tant qu’entités relevant des municipalités, les sociétés de transports en commun n’ont pas droit au programme de subvention salariale mis sur pied par le gouvernement Trudeau pour permettre aux employeurs de verser une partie des salaires à leurs employés.

Selon les calculs de la FCM, le déficit combiné des municipalités, grandes et petites, devrait atteindre au minimum de 10 à 15 milliards de dollars cette année à cause des pertes financières irrécupérables liées à la pandémie de COVID‑19.

Cette estimation comprend les pertes en impôts fonciers,  en factures de services publics et en frais d’utilisateur. Il comprend également les pertes liées aux droits de passage pour les villes ayant un réseau de transport collectif,  qui sont à elles seules estimées à 400 millions de dollars par mois. Qui plus est, les municipalités doivent prendre des mesures pour préserver la santé publique et la sécurité.

Racisme : « Ça existe aussi chez nous »

Le premier ministre a profité de sa conférence de presse pour commenter la situation chaotique qui prévaut aux États-Unis depuis une semaine à la suite de la mort de George Floyd aux mains d’un policier blanc à Minneapolis, au Minnesota.

« Pour beaucoup trop de Canadiens, ce qui se passe de l’autre côté de la frontière en ce moment, ce sont des scènes familières. Le racisme envers les Noirs, la discrimination systémique, l’injustice – ça existe aussi chez nous”, a-t-il affirmé.

En fin de semaine, on a vu des milliers de personnes partout au pays manifester pacifiquement pour se dresser contre le racisme. En faisant front commun – et en dénonçant ceux qui essaient comme toujours de perturber ces manifestations – les Canadiens envoient le message qu’ils ne toléreront pas l’injustice, » a-t-il ajouté.

Il a affirmé que les leaders politiques ont un rôle crucial à jouer pour combattre les inégalités sociales.

« Je veux donc m’adresser aux jeunes Canadiens noirs : je vous entends.

J’entends vos inquiétudes, votre colère, votre peine. Je vous entends lorsque vous dites que ça vous rappelle des expériences douloureuses de racisme et de discrimination.

Je vous écoute. Notre gouvernement est là pour vous. Et on agit pour combattre le racisme et la haine sous toutes ses formes. Le statu quo où les jeunes font face à la violence à cause de la couleur de leur peau est inacceptable », a-t-il encore dit.

« En tant que dirigeants et alliés, on doit veiller à ce que tout le monde soit en sécurité et traité avec respect. Ça inclut les journalistes, qui doivent pouvoir faire leur travail sur le terrain pour exposer la vérité et raconter les histoires qu’on doit entendre.

Et en tant que Canadiens, on doit continuer de bâtir un pays meilleur et plus égal pour tous. »