On le surnommait « la Roche » et « Big Georges » quand il jouait au hockey. Mais Georges Laraque est asthmatique et quand il a publié sa photo de patient COVID-19 à l’hôpital avec des tubes qui lui pulsaient de l’oxygène dans les poumons, ça semblait dangereux.

Yves Boisvert Yves Boisvert
La Presse

Trois semaines plus tard, il est guéri et s’est remis à l’entraînement pour le marathon de Montréal – celui de 2021…

Au cas où vous ne seriez pas amateur de sport, rappelons que Laraque, connu comme un « homme fort », était assez habile pour être repêché au 31rang au total en 1995 par les Oilers d’Edmonton, où il a fait l’objet d’une sorte de culte.

PHOTO ALAIN ROBERGE, LA PRESSE

L’ancien

Il a fini sa carrière avec le Canadien de Montréal, après quoi il est devenu militant du Parti vert, conférencier végétalien, ami des animaux et commentateur de sport. Jusqu’à la pandémie, il animait une émission à la radio sportive 91,9.

Devenu chômeur fin mars, Georges a décidé de faire du bénévolat pour les gens de la Rive-Sud. « Je me suis inscrit sur internet, j’allais livrer des commandes d’épicerie pour des personnes âgées ou des gens malades. »

Fin avril, il commence à avoir des symptômes grippaux.

« Je n’ai jamais été inquiet pour moi, mais je ne voulais pas infecter une personne qui a le cancer. »

Il a averti tous ses « clients ». Aucun n’a été infecté. Pour lui, c’était un peu plus sérieux : double pneumonie. On l’a envoyé par ambulance à Charles-Le Moyne, malgré ses protestations. Grosse fièvre. Douleurs. Fatigue.

Le médecin lui a dit alors qu’il passerait deux semaines là.

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Dans sa chambre, partagée avec deux patients COVID-19 très âgés, il n’a pas écouté la consigne de rester tranquille dans son lit.

Même si ça me faisait mal, je faisais des exercices, je bougeais. Les autres me prenaient pour un fou !

Georges Laraque

« Je n’ai rien mangé de ce qu’on me donnait. Un ami m’a envoyé des noix. J’ai fait des exercices de posture et de respiration.

« Après trois jours, je n’avais plus besoin d’oxygène. Le quatrième jour, le doc était surpris, il m’a donné mon congé. Il était pas mal plus occupé par les patients en train de mourir… »

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La semaine dernière, il a accordé une entrevue à Richard Martineau sur Qub. Il y raconte son séjour à l’hôpital. Puis l’animateur l’amène sur le sujet des vaccins. Et c’est là que ça se gâte. « La raison pour laquelle je suis anti-vaccin, c’est que, depuis le début des temps, le corps est une machine qui a été capable de combattre beaucoup de virus », dit-il.

« Si je suis pour attraper quelque chose, mon corps va l’attraper de façon naturelle, même si c’est plus virulent que le vaccin […] Je préfère ça à m’injecter un poison que le gouvernement va créer pour, après ça, être immunisé. »

Ces extraits de l’entrevue ont fait l’objet d’un article dans Le Journal de Montréal. J’ai dénoncé ces propos sur Twitter. Tout comme le chef des urgences de l’Institut de cardiologie, le docteur Alain Vadeboncoeur.

PHOTO ALAIN ROBERGE, LA PRESSE

Le DAlain Vadeboncoeur, chef des urgences de l’Institut de cardiologie de Montréal

Laraque dit qu’il a été cité hors contexte. Sans doute l’entrevue était-elle plus nuancée. Il n’a pas non plus fait une « sortie » contre les vaccins et ne pensait pas que l’entrevue allait porter là-dessus.

Il a quand même dit exactement ce qui a été rapporté. Il est quand même une vedette jouissant d’un bon capital de sympathie, de tribunes et d’une crédibilité de « bonnes habitudes de vie ». À ce titre, il a donc une responsabilité plus grande qu’un quidam.

Devant le brouhaha qui a suivi, il a fait une mise au point sur Facebook et… reformulé ses idées.

L’occasion était bonne pour reprendre la discussion, à trois, avec le doc Vad. On s’est donc réunis virtuellement vendredi matin. Le doc Vad revenait d’une nuit à l’hôpital. Big Georges rentrait d’un jog de 10 km, buvait un mélange d’eau et de fruits et parlait en souriant de sa « double pneumonie ».

« Peut-être que tu es un athlète un peu au-dessus de la moyenne », a dit le médecin, avec un rien d’ironie…

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Pour commencer, le médecin donne raison à Laraque sur ce point : « Le fait d’être couché, dix jours, trois mois au lit, a un impact négatif sur la guérison. Maintenant, même le lendemain des chirurgies cardiaques, on assoit les patients. On leur fait faire des mouvements. Il y a une corrélation évidente entre le fait de demeurer actif et la guérison. »

Exercices de posture et de respiration : très bon aussi.

Devant mon étonnement qu’on puisse courir avec une double pneumonie, le docteur précise ceci : dans la pneumonie COVID, les poumons ne sont pas forcément remplis de pus comme dans une pneumonie bactérienne, par exemple; il y a une inflammation, une baisse du niveau d’oxygène, et moins de symptômes respiratoires. « Il faut être quand même assez fort pour pouvoir faire ce que tu fais », dit-il à l’athlète.

À ne pas imiter pour tous les Georges…

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Bon, venons-en donc au vaccin.

L’ex-hockeyeur insiste : il n’est pas contre « tous les vaccins »; il n’adhère pas aux théories des « anti-vax », ces mouvements vaguement complotistes opposés aux campagnes de vaccination; il n’est pas « conspirationniste » non plus et n’a rien contre la 5G.

Ma mère est infirmière, elle nous a fait vacciner, mes enfants sont vaccinés, et je ne me suis pas prononcé sur les vaccins historiques. Je dis seulement que je ne prends pas les vaccins de la grippe, du H1N1, et je n’aurais pas pris celui de la COVID-19. Ma santé est assez forte pour combattre ce virus-là. C’est délicat d’en parler parce que les gens ont peur.

Georges Laraque

Pour le vaccin de la COVID-19, qui est encore hypothétique, avouons que c’est plus facile à dire quand on a eu la maladie et qu’on s’en est sorti sans séquelles.

L’ex-hockeyeur participe tout de même à l’étude clinique d’Héma-Québec, qui récupère le plasma sanguin de gens guéris de la COVID-19, pour voir s’il peut être utilisé pour immuniser.

« J’apprécie tes nuances, dit le médecin, parce que quand on écoute l’entrevue [de Qub], la perception qu’on a, c’est quand même que tu es contre les vaccins en général. Comme tu es une personnalité publique, ça compte, et tu avais l’air contre le principe même de la vaccination. Mon ami Olivier Bernard, le Pharmachien, refuse de faire des débats avec des opposants aux vaccins, parce que c’est comme donner une légitimité à ce point de vue. Je vois avec tes nuances que ce n’est pas le tien. Tant mieux. Pour la plupart des vaccins, la balance est clairement établie : c’est une des choses les plus sécuritaires qu’on a faites en médecine depuis mille ans.

« Dans le cas de la grippe, c’est particulier. Dans l’ensemble de l’arsenal, c’est un des moins stables et son efficacité varie d’une année à l’autre parce que le virus varie. Il demeure recommandé et est couvert par le régime pour gens à risque, et il contribue à diminuer les hospitalisations et les morts. C’est vrai par contre que la science derrière ce vaccin n’est pas aussi solide que celle derrière le vaccin de la rougeole, par exemple. Le H1N1 est dans la même catégorie.

« Pour la COVID-19, le vaccin n’existe pas encore. Mais s’il arrive, ce sera la solution à la pandémie, d’après les experts, parce qu’on n’est pas assez loin dans l’immunité naturelle que toi tu as probablement acquise. »

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Peut-on imaginer que le vaccin éventuel soit obligatoire ?

La loi permet de refuser tout traitement. Le vaccin contre la tuberculose, rare exception pendant des années, n’est plus obligatoire. C’est par contre la seule maladie « à traitement obligatoire », c’est-à-dire que l’État peut forcer une personne à se faire soigner, vu le haut degré de contagion.

La loi donne ce pouvoir exceptionnel, et on pourrait imaginer que la situation soit suffisamment grave pour qu’on se pose la question quant à la COVID-19.

« Il faut distinguer le point de vue individuel du point de vue collectif, dit Alain Vadeboncoeur. L’inviolabilité du corps, c’est reconnu par la loi. Mais c’est aussi vrai que dans la vaccination, il y a un aspect collectif. Pour la rougeole, il suffit que 10 ou 15 % cessent de se faire vacciner pour mettre à risque tous les autres. Il faut que la vaccination atteigne 95 % parce que l’efficacité n’est pas parfaite. Quand le taux baisse, on voit des éclosions de rougeole.

« On exagère l’importance des anti-vax. Généralement, les gens acceptent ça », poursuit le médecin.

Ce qui m’inquiète, Georges, c’est que le discours public autour des vaccins pour les remettre en doute sans raison peut entraîner une baisse de la vaccination.

Le DAlain Vadeboncoeur

« Pour plusieurs maladies, même les gens très en forme peuvent être affectés. C’était le cas pour le H1N1. Des gens avec un excellent système immunitaire, en super forme, ont eu une réaction inflammatoire excessive et des jeunes sont morts.

« Mettons que chaque déconfinement crée la catastrophe et qu’il existe un vaccin sécuritaire et efficace. On sera devant un choix. Ça peut se discuter. Et là, c’est la primauté du bien collectif qui peut être avancée. Respecter les limites de vitesse, ça nous emmerde, mais on l’accepte collectivement. »

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Les deux se sont mis d’accord rapidement sur l’importance de la prévention.

« Pourquoi dans les hôpitaux les docteurs ne parlent jamais de l’alimentation ? », demande Georges.

Laraque en a contre les « patates en poudre chauffées au micro-ondes » et se demande comment on peut nourrir ainsi les malades.

« Il n’y a pas de doute que la bonne alimentation renforce le système immunitaire, répond le médecin. Comme l’activité physique. Mais c’est de la prévention, donc à long terme. »

Autrement dit, en période « aiguë », bien manger à l’hôpital ne vous guérit pas et ne change pas grand-chose. Et ce n’est pas en mangeant des noix qu’on sortira plus vite de sa chambre d’hôpital. De bonnes habitudes peuvent par contre vous aider à y rester moins longtemps…

« Comme le sport [mais les entraînements de marathon, c’est excessif ! dit-il]; ça protège contre les complications. Sur le véganisme, je te donne raison, il y a des données scientifiques assez solides montrant que ce type d’alimentation améliore et prolonge peut-être la vie. Je respecte ça, ma fille est végétalienne, je n’ai pas le choix… Peut-être que tu as une meilleure protection grâce à tes habitudes de vie, donc. Mais il n’y a pas d’aliment miracle ou qui “détoxifie”. »

Georges a pris une dernière gorgée de sa potion, on s’est salués, et on a dû reporter le tweet fight, faute de combattants.