Dans les heures qui ont suivi l’annonce mercredi dernier de la ministre du Tourisme, Caroline Proulx, permettant le camping et la location de chalet, le site de la Société des établissements de plein air du Québec (SEPAQ) a été pris d’assaut. Pas moins de 90 000 personnes sont allées y réserver des emplacements de camping ou cueillir de l’information.

Mario Girard Mario Girard
La Presse

Cette annonce a littéralement fouetté les Québécois en manque de vacances. « On a senti la vague tout de suite, m’a dit Simon Boivin, responsable des relations avec les médias de la SEPAQ, l’organisation provinciale qui gère plus de 7000 emplacements de camping, 700 chalets et 690 unités de prêt-à-camper. Ça venait de nos réguliers, mais aussi de nouveaux clients. »

Chez Camping Québec, l’organisme qui représente 90 % du marché du camping (privé, municipal et SEPAQ), on observe également beaucoup de mouvement depuis quelques jours.

Cet emballement pour des vacances en plein air, on l’a tout de suite senti chez RSVP Chalets, une plateforme qui rassemble les propriétaires de 1150 propriétés au total. 

On a reçu 2000 demandes de location en deux jours. J’ai un membre qui a loué ses 15 chalets en une seule journée. C’est clair que les gens attendaient ce feu vert.

Thomas Asselin, président et fondateur de RSVP Chalets

Le site ChaletsauQuébec enregistre sa plus forte affluence depuis sa création en 2004. « Le nombre de demandes explose et nous [battons] tous les records […] C’est la folie totale », m’a écrit Ronald Gendron, le représentant du service à la clientèle.

Chantal Leclerc, propriétaire d’une quarantaine de chalets dans les Cantons-de-l’Est et les Laurentides, assiste également à un boum de demandes. « On a vu une grosse différence depuis que les règles sont définies », dit celle qui affiche maintenant un taux d’occupation de 80 %.

PHOTO OLIVIER JEAN, ARCHIVES LA PRESSE

Pas moins de 90 000 personnes se sont rendues sur le site de la Société des établissements de plein air du Québec dans les heures qui ont suivi l’annonce de la ministre du Tourisme, Caroline Proulx, mercredi dernier. Sur la photo, le parc national d’Oka. 

Mme Leclerc remarque qu’elle reçoit plus de demandes de location à long terme. Habitués à diviser leur période de vacances entre une visite familiale, un séjour au chalet et un voyage au Canada, aux États-Unis ou en Europe, les Québécois mettent cette fois-ci tous leurs œufs dans le même panier.

De nombreuses personnes ont également pris contact avec des propriétaires de chalets ou de camping pour modifier leurs réservations afin de se conformer aux nouvelles règles mises en place. Celles-ci ont créé une grande confusion à la suite de la conférence de presse de mercredi dernier. Il faut lire les commentaires sur les réseaux sociaux pour se rendre compte que les gens sont mélangés.

Au bureau de la ministre Proulx, on m’a clairement expliqué que les membres d’un même ménage vivant à la même adresse pouvaient partager un chalet ou une tente. Il peut s’agir des membres d’une même famille ou de quatre colocs, ce qui compte, c’est que ces gens vivent à la même adresse. Il n’y a pas de nombre limite à un ménage.

Le chiffre cinq a souvent été mentionné mercredi. Or, ce chiffre doit être pris en considération uniquement pour les règles sanitaires, c’est-à-dire que si le propriétaire d’un chalet loue à cinq personnes ou plus, il doit respecter certaines consignes (période de désinfection et d’attente de 24 heures entre deux locations).

Pour le reste, des ménages peuvent occuper des chalets ou des tentes situés les uns à côté des autres et avoir des activités sociales ensemble. Cependant, comme c’est le cas pour les parcs et d’autres lieux publics, on impose un maximum de trois ménages et de dix personnes. De plus, celles-ci doivent respecter certaines règles sanitaires (distanciation, etc.).

« On a souvent des groupes d’amis qui viennent chez nous pour un week-end de pêche, explique Simon Boivin, de la SEPAQ. Ils devront observer ces règles. » Bref, il y a des bandes d’amis qui vont malheureusement devoir tirer à la courte paille pour déterminer ceux et celles qui ne pourront aller taquiner la truite !

Alors que nous sommes des centaines de milliers à préparer ces vacances restrictives, il faut parler des messages contradictoires que nous recevons depuis quelques jours. 

D’un côté, Caroline Proulx permet la location de chalets et le camping en précisant qu’elle souhaite qu’on accueille bien les Montréalais. Le lendemain, Horacio Arruda demande aux Montréalais d’attendre avant de se rendre dans une région éloignée pour camper ou séjourner dans un chalet.

La ministre du Tourisme recommande aux campeurs et à ceux qui iront dans leur chalet de s’y rendre directement et de limiter leurs déplacements dans les commerces situés à proximité du lieu de villégiature. Et puis, il y a les maires de certaines municipalités qui souhaitent que les « touristes » viennent contribuer à leur économie locale.

Le maire des Îles-de-la-Madeleine, Jonathan Lapierre, a lancé un cri du cœur plus tôt cette semaine afin que le Nouveau-Brunswick et l’Île-du-Prince-Édouard, fermés aux autres provinces, permettent l’accès à sa région. La Santé publique a autorisé l’archipel à accueillir la moitié des visiteurs qu’elle reçoit normalement, soit environ 35 000.

Plusieurs détails de cette opération demeurent en suspens, la recherche de main-d’œuvre notamment. Des propriétaires de chalet pensent qu’il sera difficile de mettre la main sur des équipes pour assurer le ménage entre deux locations. C’est pourquoi on mise sur de plus longues périodes (location mensuelle). D’autres propriétaires, en revanche, préfèrent louer à la semaine, car cela demeure plus payant.

Parlant d’argent, est-ce que cette ruée sur les chalets se traduira par une flambée des prix ? Ceux à qui j’ai parlé m’ont dit que ce n’était pas le cas… pour le moment. Permettez-moi de croire que ça ne saurait tarder. La rareté se paye, c’est bien connu. Et quand la rareté n’est pas là, parfois, on l’invente.

Et vous, comment entrevoyez-vous passer vos vacances ? Écrivez-moi !