Inquiète de voir 5000 travailleurs de la santé infectés par la COVID-19, la Fédération de la santé et des services sociaux (FSSS-CSN) demande à Québec et à l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) de revoir leur position sur le mode de transmission du virus et de rendre disponibles les masques N95 dans tous les milieux de soins, dont les CHSLD et les résidences privées pour aînés.

Ariane Lacoursière Ariane Lacoursière
La Presse

Dans trois lettres envoyées jeudi à l’INSPQ, au directeur national de santé publique, Horacio Arruda, et à la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail, le syndicat mentionne qu’il existe une « incertitude scientifique » autour du mode de transmission de la COVID-19. « Nous, on dit que dans le doute, il vaut mieux prendre nos précautions et mieux protéger tout le monde », affirme le président de la CSN, Jacques Létourneau.

Par gouttelettes ou par aérosols ?

Le Comité sur les infections nosocomiales du Québec (CINQ) de l’INSPQ base ses recommandations sur le port du masque par les travailleurs de la santé sur le fait que la COVID-19 se transmet principalement par gouttelettes et non pas par aérosols, affirme la FSSS.

Ils ne recommandent le port du masque N95 que pour les employés qui font des manœuvres d’intubation ou des procédures qui génèrent des gouttelettes.

Judith Huot, première vice-présidente de la FSSS

« Pourtant, nombre d’études scientifiques récentes évoquent la possibilité d’une transmission par aérosols, et ce, au-delà des interventions médicales générant des aérosols », écrit la FSSS dans ses missives. Pour le syndicat, l’INSPQ « s’éloigne du principe de précaution » en ne recommandant pas le port du masque N95 à tous les travailleurs en contact avec la COVID-19.

« Il nous apparaît inconcevable qu’après près de trois mois, et alors même que 5000 travailleuses et travailleurs de la santé ont été infectés par la COVID-19, dans certains cas au prix de leur vie, cet enlignement n’ait pas encore fait l’objet d’une révision », écrit la FSSS, qui demande un changement urgent de position sur cette question.

« Depuis le début, on demande des masques N95 dans les CHSLD. Après deux mois, et surtout avec la crainte d’une deuxième vague, il faut prendre des précautions », affirme M. Létourneau. Ce dernier souligne que le gouvernement a manifesté jeudi son intention de recruter 10 000 travailleurs en CHSLD. « Mais si on n’est pas capable d’assurer un minimum de santé et sécurité, ce sera impossible. Donnons la garantie aux gens qu’ils seront protégés », dit-il.

Mme Huot rappelle que les travailleurs de CHSLD portent actuellement les simples « masques de procédure ». « Mais on l’a dit souvent : ces masques ne sont pas des appareils de protection respiratoire. Avec 5000 travailleurs infectés, force est de constater qu’il y a un problème de protection des travailleurs », dit-elle.

Certains experts estiment que les travailleurs de la santé ne sont pas assez protégés avec les recommandations actuelles.

Relisez l'article « Des travailleurs de la santé mal protégés ? »

La Dre Caroline Duchaine, du Centre de recherche de l’Institut universitaire de cardiologie et de pneumologie de Québec, affilié à l’Université Laval, est une spécialiste des bioaérosols. Elle vient justement de se voir attribuer 4 millions de dollars pour réaliser une étude sur la propagation de la résistance aux antibiotiques par les microbes aéroportés. Elle explique que les modèles mathématiques ne soutiennent pas la théorie voulant que la COVID-19 se transmette par l’air. Mais des études sont en cours sur le sujet. « Si l’air joue un rôle, ce pourrait être dans des milieux peu ventilés, avec des gens en contact prolongé, proches les uns des autres. Il n’y a pas de réponse claire encore, dit-elle. […] On ne dit pas que ça ne joue pas de rôle. Mais c’est sûr que le mode de transmission par l’air n’est pas le mode de transmission principal. »

L’INSPQ a dit jeudi qu’une réponse à la lettre de la FSSS était en préparation.