(Québec) Le gouvernement Legault s’est montré ouvert, jeudi, à l’utilisation d’une application de traçage pour lutter contre la COVID-19. Il a rejeté l’idée d’en faire un débat public.

Caroline Plante
La Presse canadienne

Les données personnelles et la vie privée des Québécois seraient protégées, « soyez très rassurés », s’est empressée de déclarer la ministre de la Justice, Sonia LeBel.

Elle participait jeudi à une conférence de presse en compagnie du premier ministre François Legault, qui s’est opposé à la tenue d’une commission parlementaire spéciale sur le traçage et la géolocalisation au Québec.

Pour le leader parlementaire de Québec solidaire (QS), Gabriel Nadeau-Dubois, le traçage numérique soulève des enjeux éthiques importants.

« Ce n’est pas un détail […] d’approuver une application qui permet de suivre et de tracer les gens, a-t-il déclaré. Sans débat public transparent, une application comme celle-là serait démocratiquement inacceptable. »

L’Institut québécois d’intelligence artificielle (MILA) a récemment dévoilé une application qui calcule le niveau de risque de chaque utilisateur d’être infecté par la COVID-19.

Elle prend en considération l’âge, le sexe, la santé de l’utilisateur, mais aussi celle d’autres utilisateurs, des informations collectées en partie grâce aux fonctions GPS et Bluetooth des téléphones cellulaires.

Jeudi, M. Nadeau-Dubois a souligné que jusqu’à présent, les discussions entre MILA et le gouvernement se sont tenues derrière des portes closes.

« Il y a un manque de transparence flagrant, a-t-il dénoncé. Tout ce qui est technologiquement possible n’est pas nécessairement acceptable socialement. »

L’an dernier, des milliers de Québécois clients de Desjardins se sont fait voler leurs données personnelles, a rappelé M. Nadeau-Dubois.

« Le danger, c’est que les données soient mal stockées, c’est qu’elles tombent entre des mains de gens mal intentionnés, c’est qu’elles soient utilisées à d’autres fins que celles de lutter contre la pandémie. »

Jeudi, le gouvernement caquiste a rejeté une motion de QS qui demandait que la Commission des institutions tienne des audiences spéciales pour entendre l’institut MILA et d’autres experts sur cette question.

Le premier ministre et Mme LeBel ont insisté sur le fait que la santé publique doit d’abord dire si elle juge nécessaire l’utilisation d’une telle application.

Ils ont ajouté que les Québécois auraient le choix de télécharger l’application ou non. « Ça doit être fait avec la permission de la personne », a insisté M. Legault.

Dans un communiqué jeudi, la Ligue des droits et libertés, un organisme sans but lucratif, a dénoncé le refus du gouvernement de débattre de la motion de Gabriel Nadeau-Dubois.

« Le parti gouvernemental a démontré son parti pris pour les promoteurs de ces outils et son mépris pour les considérations démocratiques », a déclaré la coordonnatrice Eve-Marie Lacasse.