(Montréal) Il ne suffit pas de se trouver en présence, ou même à proximité, d’une personne infectée par le coronavirus pour être aussitôt soi-même infecté.

Jean-Benoit Legault
La Presse canadienne

Un expert de l’Université du Massachusetts à Dartmouth, le docteur Erin Bromage, a récemment proposé en ligne une formule qui illustre que le risque d’infection dépend non seulement d’une exposition au virus, mais aussi de la durée de cette exposition.

Sa formule — infection réussie = exposition au virus x durée — est depuis devenue, et c’est le cas de le dire, virale.

« L’équation proposée […] démontre que le risque de transmission ou le risque d’infection est en fonction de plusieurs variables, a commenté le professeur Maximilien Debia, de l’École de santé publique de l’Université de Montréal.

« Il y a plusieurs variables à prendre en compte, comme: est-ce qu’on est dans un milieu intérieur, le volume de ce milieu intérieur, y a-t-il des déplacements d’air, quel est le temps d’exposition… Ce sont toutes des variables qui doivent être prises en compte pour évaluer l’exposition et le risque d’infection. »

Le docteur Bromage recommande d’évaluer trois aspects avant de sortir : combien de gens est-ce que je vais rencontrer, quelle sera la circulation de l’air autour de moi et pendant combien de temps serai-je dans cet environnement ?

L’exemple de l’ascenseur

On peut prendre l’exemple de l’ascenseur. Si seulement deux personnes se trouvent à bord, même si l’une d’elles est infectée, tant qu’elle porte un masque, qu’elle garde le silence et que les passagers se tiennent loin l’un de l’autre, le risque d’infection n’est pas très grand.

Ça se compliquera un peu si l’ascenseur tombe en panne et que la cohabitation à bord se prolonge.

Mais si 15 personnes s’entassent dans l’ascenseur à quelques centimètres les unes des autres, que l’ascenseur s’arrête pratiquement à chaque étage et que la personne infectée, sans masque, se met à chanter ou tousser, la donne vient de changer complètement.

Cela illustre bien la pertinence des « mesures-barrières dont on martèle l’importance, croit M. Debia, comme la règle du deux mètres ».

« Mais c’est la règle du deux mètres minimum. On oublie souvent le "minimum" dans ce message, mais c’est le plus loin possible, a-t-il dit. On voit souvent apparaître des notions de temps, comme le 15 minutes. C’est la même chose : c’est le moins longtemps possible, si j’ose m’exprimer ainsi. »

Donc, résume-t-il, plus le temps d’exposition potentielle augmente, plus on est proche d’une personne infectée, plus le risque de transmission augmente.

La situation est un peu la même, par exemple, à l’épicerie.

Un client qui n’y passe que quelques minutes ne court pas un très grand risque (densité de gens faible, circulation d’air forte, durée courte). Mais un employé qui y travaille pendant plusieurs heures et qui est en contact avec des centaines de personnes se trouve dans une situation différente (densité élevée, circulation forte, durée prolongée).

« Règle générale, l’exposition à tous les contaminants va être en fonction de l’intensité, dans ce cas-ci de la charge virale, du temps d’exposition, on pourrait même ajouter la fréquence d’exposition, a conclu M. Debia. Pour des travailleurs qui sont exposés journée après journée, le risque de transmission est très élevé. »