(Québec) Le gouvernement Legault revient à la charge avec sa réforme du Programme de l’expérience québécoise, le fameux PEQ qu’il a tenté de renouveler l’automne dernier dans la controverse. Québec ne limite plus l’admissibilité au programme à une liste d’emplois en demande, mais il exige une expérience de travail en sol québécois à tous ses demandeurs.

Hugo Pilon-Larose Hugo Pilon-Larose
La Presse

Le PEQ est l’un des deux programmes d’immigration économique (avec le Programme régulier de travailleurs qualifiés, ou PRTQ) pour lequel le Québec dispose d’une entente avec Ottawa lui permettant de sélectionner ses immigrants et de délivrer des certificats de sélection (CSQ). Ce document est nécessaire à l’octroi de la résidence permanente par le gouvernement fédéral à un immigrant économique s’établissant dans la province.

Un travailleur étranger temporaire ou un étudiant étranger, tous deux présents sur le territoire québécois, disposaient jusqu’à maintenant d’une voie rapide pour obtenir un CSQ en postulant au PEQ. Leur dossier était traité dans les 20 jours. Or, ce court délai « n’est plus envisageable », a expliqué jeudi le ministre de l’Immigration, Simon Jolin-Barrette, qui le fait passer à six mois.

Travailler au Québec

Les diplômés universitaires ou du réseau collégial technique devront désormais détenir un emploi à temps plein au Québec depuis 12 mois au moment de présenter leur demande au PEQ. Ceux qui ont un diplôme de formation professionnelle devront quant à eux avoir acquis 24 mois d’expérience de travail à temps plein. Les demandeurs du volet Travailleurs étrangers temporaires devront pour leur part « avoir occupé un emploi à temps plein pendant 36 des 48 mois précédant la présentation de leur demande ».

Au niveau de la connaissance du français, tous les demandeurs, qu’ils soient diplômés ou travailleurs, devront démontrer une connaissance du français à l’oral de niveau 7, c’est-à-dire « comprendre sans aide […] le contenu de conversations ou de discours en français ». Nouveauté dans la réforme par rapport au programme existant : leur conjoint ou leur conjointe devra quant à eux démontrer, pour être admissible, une connaissance en français à l’oral de niveau 4 (comme échanger en français des informations sur des « besoins courants de la vie quotidienne »).

Ces mesures entreront en vigueur dans un an. Dans tous les cas, ceux qui ont déjà déposé une demande au PEQ verront leur dossier traité selon les critères en vigueur avant cette réforme. Celle-ci devrait être mise en application au cours de l’été, a prévu Québec.

Projet pilote pour les préposés aux bénéficiaires

Le gouvernement Legault met aussi en place un projet pilote pour attirer 550 immigrants annuellement afin qu’ils occupent des postes de préposés aux bénéficiaires, alors que le réseau de soin pour aînés souffre d’une pénurie de main-d’oeuvre criante en cette pandémie de COVID-19.

« Depuis des années, le Québec est confronté à un problème […] de main-d’œuvre dans cette profession, et ce, dans toutes les régions du Québec. L’immigration doit faire sa part pour répondre à ce défi », a déclaré le ministre Simon Jolin-Barrette jeudi. Un projet pilote similaire sera aussi mis en place pour recruter des immigrants en intelligence artificielle.

« Nos programmes de sélection ne livrent pas la marchandise. En effet, ni le PRTQ ni le PEQ n’ont permis au cours des dernières années de sélectionner de façon suffisante, efficace, dans ce secteur d’emploi. Depuis 2013, le PEQ et le PRTQ ont permis de sélectionner seulement 115 préposés aux bénéficiaires. Avec le programme pilote, nous envoyons un signal clair : nous visons la sélection de 550 préposés aux bénéficiaires annuellement, car les besoins sont urgents, notamment dans nos CHSLD », a ajouté M. Jolin-Barrette.

Comment recruter avec des frontières fermées ?

Mais au-delà de fixer de tels objectifs, comment Québec entend-il recruter 550 immigrants pour qu’ils deviennent préposés aux bénéficiaires, alors que les frontières internationales sont pour la plupart fermées en raison de la pandémie ?

En point de presse, Simon Jolin-Barrette a affirmé jeudi que le gouvernement faisait déjà « des missions de recrutement virtuelles », et que « dès que les frontières vont rouvrir, on va être en mesure d’être opérationnels pour faire en sorte de sélectionner des préposés aux bénéficiaires de l’étranger qui ont une compétence dans ce domaine-là et qui veulent venir travailler au Québec ».

Dans le contexte de la COVID-19, le ministre de l’Immigration ne s’inquiète pas de voir le nombre d’immigrants accueillis au Québec diminuer en bas des seuils, que le gouvernement de la Coalition avenir Québec a déjà diminués depuis son arrivée au pouvoir. « À Ottawa, il y a un inventaire présentement de 38 000 dossiers au niveau des travailleurs qualifiés uniquement », a-t-il affirmé.

Cette réforme, présentée jeudi par Simon Jolin-Barrette, est la conclusion d'une tempête qu'il avait provoqué l'automne dernier en présentant une nouvelle mouture du PEQ qui avait suscité la colère de nombreux groupes, des gens d'affaires au monde de l'éducation. Au Parlement, en novembre, le ministre avait même dû présenter des excuses « pour le travail qui n’a pas été fait de façon aussi parfaite qu’on l’aurait souhaité ».