Nouveau record de chaleur, nouvelle journée pénible dans plusieurs CHSLD, où les mesures anti-COVID-19 compliquent le rafraîchissement des résidants et du personnel.

Philippe Teisceira-Lessard Philippe Teisceira-Lessard
La Presse

Fanny Lévesque Fanny Lévesque
La Presse

Véronique Lauzon Véronique Lauzon
La Presse

Les salles communes climatisées sont largement inaccessibles pour éviter les regroupements et le feu vert de Québec à l’installation des climatiseurs individuels – mardi matin – est arrivé trop tard. Restent les ventilateurs et certains climatiseurs de corridor, un arsenal souvent insuffisant, alors que le mercure atteignait 36 °C à Montréal en après-midi.

Au CHSLD Jeanne-Le Ber, dans l’est de Montréal, on cuisait. Le bâtiment âgé d’une soixantaine d’années ne dispose pas de climatisation centrale.

« Imaginez : j’ai mes lunettes, un masque et une visière. J’aurais la tête dans le micro-ondes, ce serait à peu près pareil », a témoigné Hélène Vézina, une professionnelle de la santé. « Même quand il fait 25 °C dehors, on crève. […] J’appréhende l’été, juillet et août. » Elle a ensuite tempéré ses propos, indiquant que la situation s’améliorait quand le soleil se couchait et que les fenêtres pouvaient être ouvertes.

« C’est inhumain, a affirmé Louise Langevin, qui s’apprêtait à terminer son quart de travail en entretien ménager. On devient étourdis, avec des maux de tête. Et moi, je suis faite forte. » Mme Langevin pense aux patients qui « n’ont pas l’air climatisé, pas de fan, ils ouvrent la fenêtre de leur chambre, et ceux qui ont la COVID doivent garder la porte fermée. Ça n’est pas évident. »

« C’est assez épouvantable », a ajouté l’infirmière Caroline Longpré, dépêchée dans l’établissement depuis un CLSC. Sa consœur Maria Veliu utilise le même qualificatif : « épouvantable ».

Il n’y a pas qu’au CHSLD Jeanne-Le Ber qu’il faisait chaud. Des témoignages provenant d’autres établissements montréalais donnent à penser que les températures y sont aussi très élevées.

« Dans les chambres, si vous saviez comment il fait chaud », a rapporté une infirmière auxiliaire du CHSLD Notre-Dame-de-la-Merci qui participait mercredi à une manifestation de son syndicat, la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec. Elle a refusé d’être nommée, par crainte de représailles. 

En plus, avec l’équipement qu’on doit se mettre et les masques, je viens de terminer et je suis toute mouillée. Même mes petites culottes sont mouillées.

Une infirmière auxiliaire du CHSLD Notre-Dame-de-la-Merci

« Personnellement, je suis en santé, a-t-elle continué. Mais [les patients], ce sont de grands malades. Ils peuvent être paralysés, aphasiques, confus, incapables de marcher, etc. »

Pierre Ayotte, qui vit au CHSLD Joseph-François-Perrault, croyait avoir touché au but lorsque sa cousine Danielle Dansereau lui a acheté un climatiseur de fenêtre. Elle avait été informée que la maintenance de l’établissement pourrait exceptionnellement l’installer sans attendre une entreprise spécialisée.

Mais ce n’était qu’un mirage : l’appareil (pourtant neuf) doit subir une quarantaine de 48 heures pour s’assurer qu’il n’est pas infecté, a rapporté Mme Dansereau. « Je suis chanceux, j’ai un petit ventilateur. Ça aide une petite affaire », a expliqué M. Ayotte à La Presse au téléphone. Il profite aussi d’une unité de climatisation installée dans le corridor sur lequel donne sa chambre : « Je pense qu’il y a un peu d’air qui rentre. » « Ça va bien », a-t-il dit.

Québec s’active

Québec assure « travailler très, très rapidement » pour installer les équipements de climatisation dans les CHSLD où la chaleur est accablante. « Avec l’avis de la Santé publique, là, les climatiseurs dans les chambres où on en avait déjà, qui existent dans les corridors, les zones… tout cela est parti », a soulevé la ministre de la Santé et des Services sociaux, Danielle McCann.

Je peux vous dire qu’on est confiants que, cette année au Québec, dans les CHSLD, la climatisation, elle va être optimale.

Danielle McCann, ministre de la Santé et des Services sociaux

Les partis de l’opposition ont accusé mercredi le gouvernement de ne pas avoir agi assez tôt en début de crise, alors que l’été et ses canicules habituelles étaient prévisibles. Les médias ont par ailleurs rapporté mercredi qu’un important installateur de climatiseurs avait tenté d’alerter le réseau de la santé de l’urgence d’agir, en vain, en avril dernier.

« Les fournisseurs qui se proposaient pour aller faire des installations en plein milieu de la crise, il y a un mois, bien, il y avait deux bonnes raisons de ne pas l’accepter », a réagi le premier ministre, citant « qu’on ne voulait pas faire rentrer le virus » dans les CHSLD lors de l’installation de l’équipement.

« Puis, deuxièmement, les directives de l’INSPQ n’étaient pas claires, à savoir si ça n’amenait pas un danger additionnel plus grand » pour la propagation du virus par l’entremise de ces équipements. M. Legault soutient avoir eu le feu vert de la Santé publique lundi seulement. La directive a été acheminée mardi aux établissements.

L’opposition bouleversée

Ces explications sont loin de satisfaire les partis de l’opposition. Le député péquiste Harold LeBel soutient que le gouvernement aurait dû réclamer un avis à l’INSPQ beaucoup plus tôt ce printemps, se disant bouleversé du sort réservé aux aînés en CHSLD. Le député de Québec solidaire Vincent Marissal était du même avis : « Ces gens-là vivent dans des situations pitoyables, et là, en plus, on va les faire mourir de chaleur parce que quelqu’un quelque part n’a pas allumé que l’été allait revenir et que ça prenait des climatiseurs ? », a-t-il dénoncé.