(Ottawa) Le premier ministre Justin Trudeau discutera de l’enjeu des conditions dans ces résidences jeudi soir avec ses homologues provinciaux et territoriaux, dans la foulée de la publication de deux rapports de l’armée sur la situation dans les centres de soins pour aînés en Ontario et au Québec.

Mélanie Marquis Mélanie Marquis
La Presse

« Ce matin, le gouvernement du Québec a rendu public le rapport effectué par les membres dans lequel ils soulèvent plusieurs enjeux préoccupants », a déclaré le premier ministre lors de sa conférence de presse quotidienne à Rideau Cottage.

« Plusieurs des constats contenus dans le rapport, comme le manque de personnel, figurent parmi les raisons pour lesquelles le premier ministre [François] Legault a demandé l’aide des Forces armées il y a un mois et demi. Ce sont des enjeux sérieux qui méritaient d’être portés à l’attention de Québec et on leur a transmis le rapport hier soir », a-t-il ajouté.

« J’ai aussi parlé au premier ministre Legault plus tôt ce matin et je lui ai réitéré notre appui. Et demain soir, je compte soulever l’enjeu des conditions dans les résidences pour personnes âgées et les centres de soins de longue durée lors de mon appel hebdomadaire avec les premiers ministres des provinces et des territoires », a enchaîné Justin Trudeau.

Même s'il a dit avoir lu des « éléments troublants » dans le rapport sur le Québec, il a dit avoir ressenti une « énorme fierté » et de « respect encore plus profond » face au « professionnalisme de nos Forces armées qui sont là pour aider [...] à protéger les Canadiens vulnérables ». Il y a également vu une preuve de la nécessité de déployer l'armée dans ces centres pour aider le personnel soignant à juguler la crise sanitaire dans laquelle la pandémie de la COVID-19 les a plongés.

Le rapport des Forces armées canadiennes porte sur 25 centres d’hébergement de soins de longue durée (CHSLD), et il tient sur 60 pages. Le document, daté du 18 mai dernier, a été produit dans le cadre de l’opération Laser. Pour cette mission, plus de 1000 militaires ont été déployés au Québec afin de prêter main-forte dans les centres de soins.

S’il met en lumière une série de problèmes, notamment des lacunes de « discipline » en ce qui a trait au port d’équipements de protection individuelle (ÉPI), au respect des procédures entre les zones chaudes et froides, ou encore au fait que du personnel s’absente sans préavis, le rapport n’apparaît pas aussi accablant que celui de l’Ontario.

Le gouvernement du Canada est toujours en pourparlers avec le Québec et l’Ontario, qui ont demandé de prolonger la mission de l’armée, une requête qui a été acceptée.

Le premier ministre Trudeau a souvent dit que son gouvernement allait être là pour « aider », mais il n'a toujours pas été en mesure, mercredi, de préciser la forme que prendra cet appui – il n'a pas dit si elle pourrait passer par des transferts ciblés, par exemple. Le gouvernement est davantage « dans l'immédiat » que dans ces considérations futures, a-t-il argué.

Il n'a pas non plus voulu dire s'il était en faveur du déclenchement d'une enquête publique nationale.

Le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, a réitéré ce matin en conférence de presse que la solution aux déboires des réseaux de santé était simple: il faut augmenter les transferts en santé, point. Pas question que le fédéral s'en mêle davantage. « Qu'il se mêle de ses affaires », a-t-il lancé à l'intention de Justin Trudeau.

De son côté, le chef néo-démocrate Jagmeet Singh, qui exhorte Ottawa à nationaliser les centres de soins pour aînés privés et à établir des standards nationaux pour l'ensemble de ces établissements, a accusé le gouvernement Trudeau de se cacher derrière la Constitution pour justifier ce refus de délier les cordons de la bourse fédérale.

Vers la fin de la PCU?

Comme il le fait depuis plusieurs jours, le premier ministre a exhorté les employeurs à se prévaloir de la Subvention salariale d'urgence du Canada (SSUC). « Pour relancer l’économie, les gens doivent travailler, et les commerçants et les entreprises doivent avoir des clients, a-t-il lancé. Donc, si vous êtes un employeur – réembauchez vos employés. »

Et il a semblé préparer le terrain à la fin de la Prestation canadienne d'urgence (PCU) : « On commence à reprendre certaines activités dans l’ensemble des provinces et des territoires, et ça veut dire que les gens auront de moins en moins besoin de la Prestation d’urgence. » Cette prestation mensuelle de 2000 $ doit venir à échéance en juin.

Invité à préciser ses intentions, Justin Trudeau a esquivé. « Ça va être important de bien mettre fin de façon raisonnable et responsable aux différents programmes que nous avons mis en place », a-t-il offert en guise de réponse.

Le président du Conseil du Trésor, Jean-Yves Duclos, n'a guère plus ouvert son jeu. « Ce sont des questions dont on discute activement au sein du gouvernement et on aura éventuellement des choses plus précises à dire au cours des prochaines semaines », a-t-il indiqué en conférence de presse.

- Avec Louis-Samuel Perron