(Ottawa) À situation exceptionnelle, mesures exceptionnelles. Le premier ministre Justin Trudeau estime qu’Ottawa peut trouver une façon de régulariser le statut des demandeurs d’asile irréguliers qui travaillent d’arrache-pied dans les centres de soins pour aînés.

Mélanie Marquis Mélanie Marquis
La Presse

Joël-Denis Bellavance Joël-Denis Bellavance
La Presse

«Je pense que les gens reconnaissent que des héros qui font un travail exceptionnel dans une situation extrêmement difficile devraient recevoir une certaine reconnaissance. [...] On comprend qu'il y a un désir dans la population de reconnaître et de remercier ces gens-là», a lancé le premier ministre Justin Trudeau en conférence de presse à Rideau Cottage.

Et bien que «dans une situation exceptionnelle, on peut évidemment considérer des exceptions», Ottawa doit le faire en demeurant «ancré dans le respect des processus» en naviguant dans un système qui est «robuste, rigoureux et complexe» dans l'examen des dossiers de ces demandeurs d'asile irréguliers qui s'échinent dans les centres de soins pour aînés.

Le ministre de l’Immigration et de la Citoyenneté, Marco Mendicino, a été chargé de trouver une façon d’aller de l’avant, a indiqué Justin Trudeau. « Nous sommes en train de regarder comment on peut reconnaître ce travail et peut-être accélérer le processus», a-t-il spécifié, insistant sur le fait que son parti a toujours vu l'immigration d'un bon oeil.

Le Bloc québécois est revenu à la charge, mardi, exhortant une nouvelle fois le gouvernement Trudeau à traiter en priorité les dossiers de ces demandeurs d’asile qui travaillent dans les centres d’hébergement et de soins de longue durée (CHSLD) afin de régulariser leur statut le plus rapidement possible – un geste qui s’impose à la lumière du travail effectué par « nos anges gardiens » durant la crise de la COVID-19, en grande majorité des ressortissants d’origine haïtienne, a dit le chef bloquiste Yves-François Blanchet.

PHOTO SEAN KILPATRICK, LA PRESSE CANADIENNE

Yves-François Blanchet

À ses côtés en conférence de presse au parlement, en matinée, la porteuse du dossier, la députée bloquiste Christine Normandin, a fait valoir que le dossier de quelque 800 demandeurs d’asile devrait être remis « sur le dessus de la pile » par le ministre fédéral de l’Immigration.

« Notre façon de les remercier d’être présentement sur la ligne de feu, au service de nos parents et de nos grands-parents, c’est de mettre un baume sur l’attente qui est déjà odieusement longue dans le traitement de ce genre de demandes. Ce qu’on fait simplement, c’est de leur dire merci pour le service qu’ils nous rendent prenant leurs dossiers d’en dessous de la pile et en le remettant sur le dessus », a-t-elle dit.

À l’instar du NPD, le Bloc québécois a tenté de faire adopter une motion en ce sens lundi à la Chambre des communes, mais les deux partis n’ont pas pu obtenir le consentement unanime des élus présents. Des députés conservateurs s’y sont opposés.

Selon Yves-François Blanchet, le gouvernement Trudeau devrait s’attaquer à ce dossier le plus rapidement possible. Le Bloc québécois tentera à nouveau de présenter une motion en ce sens mardi, certains députés conservateurs ayant fait valoir qu’il s’agissait d’une bonne idée après avoir pris davantage connaissance des détails de la requête.

Le gouvernement du Québec a fait savoir lundi qu’il compte analyser les dossiers des demandeurs d’asile qui travaillent dans les centres d’hébergement et de soins de longue durée (CHSLD) dans le but de leur accorder le statut d’immigrant.

Rappelons que les organismes de la communauté haïtienne de Montréal exercent des pressions depuis quelques semaines auprès d’Ottawa et du gouvernement du Québec pour que le statut des demandeurs d’asile qui œuvrent dans les CHSLD du Québec soit régularisé le plus rapidement possible.

Ils proposent la création d’un programme spécial destiné à ces travailleurs qui s’exposent à la COVID-19 pour prendre soin des personnes âgées.

Centre pour ainés ontariens: rapport accablant

Le premier ministre a aussi affirmé avoir reçu une demande de l’Ontario et du Québec en vue de la prolongation de la mission des Forces armées canadiennes dans les centres de soins pour aînés des deux provinces. Une requête qui sera approuvée, a signalé Justin Trudeau.

Il en a fait l'annonce peu avant le dépôt d'un rapport sur la situation dans les centres pour aînés en Ontario basé sur des témoignages de militaires qui ont été envoyés dans quelques-uns de ces établissements pour mettre l'épaule à la roue.

Le document, a prévenu le premier ministre du Canada, est accablant.

«J'ai lu le rapport des Forces armées canadiennes hier [lundi], et je peux dire que c'était extrêmement dérangeant. On a fait parvenir ce rapport en fin de semaine au gouvernement de l'Ontario», a-t-il affirmé en conférence de presse.

«J'ai eu de la tristesse, j'ai été choqué, j'ai été déçu, j'ai été fâché. Je pense qu'on voit une situation qui, évidemment, est une réalité liée actuellement à la COVID, mais qui est là depuis longtemps. Nous devons entreprendre [des améliorations] en tant que pays», a poursuivi Justin Trudeau.

Le rapport en question sera rendu public en début d'après-midi par le gouvernement de Doug Ford.

Partis politiques et subvention salariale

Le premier ministre a défendu mercredi le fait que le Parti libéral ait réclamé la subvention salariale pour employés, arguant que les employés de la branche partisane ont eux aussi des comptes à payer et des familles à nourrir.

Un peu plus tôt, du côté du parlement, le chef bloquiste Yves-François Blanchet sommait à nouveau le Parti libéral de Justin Trudeau et le Parti conservateur à renoncer à l’idée de recourir au programme de subvention salariale pour rémunérer les employés de ces deux formations politiques.

Toutes les formations fédérales, à l’exception du Bloc québécois, touchent déjà, ou tentent de se prévaloir, de la Subvention salariale d’urgence du Canada (SSUC) pour rémunérer leur personnel qui œuvre au sein du parti.

Le programme de subvention salariale, qui est rétroactif au 15 mars, était prévu pour une période initiale de trois mois, mais il a été prolongé jusqu’à la fin de l’été. La subvention couvre 75 % des salaires, jusqu’à concurrence de 847 $ par employé par semaine.

La rareté des dons a été pointée du doigt comme facteur explicatif.

Mais l’argument ne tient pas du tout la route, selon le Bloc québécois, sauf peut-être en ce qui a trait au NPD et au Parti vert, dont les coffres sont nettement moins garnis que ceux du Parti libéral et du Parti conservateur, a-t-on plaidé.

Le chef Blanchet a cependant refusé de commenter les informations rapportées par le quotidien Le Devoir sur le fait que du côté de l’Assemblée nationale, le Parti québécois réfléchissait à l’idée d’appliquer pour toucher la subvention mise sur pied par Ottawa.

General Motors fabriquera des masques

Mais en même temps que les accrochages entre formations politiques se multiplient, la lutte contre la pandémie se poursuit. Aussi le premier ministre Trudeau s’est-il réjoui en conférence de presse qu’Ottawa a signé un contrat avec General Motors pour la fabrication de 10 millions de masques faciaux.

Il a également signalé que ces 10 dernières semaines, quelque 40 appareils contenant de l’équipement médical de protections se sont posés au Canada.

Rencontre avec l’ONU

Le premier ministre se joint au secrétaire général des Nations unies, António Guterres, et au premier ministre de la Jamaïque, Andrew Holness, pour convoquer une réunion de haut niveau afin d’aborder les ravages économiques causés par la COVID-19

Cette rencontre virtuelle vise « à proposer des solutions concrètes à l’urgence causée par la pandémie de COVID‑19 en matière de développement », est-il précisé dans un communiqué gouvernemental publié mercredi.