(Ottawa) Ottawa veut offrir à tous les Canadiens au moins 10 jours de congé de maladie payé par année dans l’espoir d’éviter une seconde vague du coronavirus cet automne. Le gouvernement Trudeau reprend ainsi un cheval de bataille des néo-démocrates pour s’assurer de leur appui en Chambre. Le premier ministre Legault analyse la proposition, mais se demande qui prendra la note.

Louis-Samuel Perron Louis-Samuel Perron
La Presse

« On ne veut pas que les gens aillent au travail malade », a martelé lundi Justin Trudeau, lors de son allocution quotidienne à Ottawa. Le premier ministre veut à tout prix décourager les gens à se rendre au travail avec des symptômes de COVID-19, parce qu’ils n’ont plus de congé de maladie.

« Pour l’empêcher, nous sommes prêts à travailler avec les provinces pour mettre en place un système de congé de maladie. Le but et l’objectif est très clair, on veut que les gens ne se sentent pas forcés d’aller travailler s’ils ont des symptômes de COVID-19. »

« Le concept est très simple. Si quelqu’un commence à avoir des symptômes d’une grippe ou de la COVID, il ne devrait pas se sentir obligé d’aller travailler pour appuyer sa famille. On veut enlever ce vecteur de transmission qui se passera si des gens, particulièrement dans des emplois peu rémunérés, sont obligés d’aller travailler, même s’ils ont des symptômes de la COVID-19 », a expliqué Justin Trudeau.

Questionné sur la possible entrée en vigueur de ces congés, Justin Trudeau a évoqué les mois d’octobre et novembre, lorsque les gens « commencent à avoir des rhumes, quand l’hiver s’en vient, puis la saison de la grippe commence ».

Le gouvernement Trudeau poursuit les discussions avec les provinces, puisqu’il s’agit d’une compétence partagée. « Les mécanismes sont un défi, c’est pourquoi il faut travailler avec les provinces », a ajouté Justin Trudeau.

Le premier ministre François Legault a confirmé en conférence de presse être en discussion avec Ottawa sur cette question. « Il faut voir qui payerait les congés. Dans certains cas, des entreprises sont déjà en difficulté financière, alors ce serait difficile de leur demander de financer ces journées-là. Mais même dans l’organisation du travail, ça pose certains défis à certaines entreprises », a-t-il commenté.

Les gouvernements assumeraient une « grande partie » de la facture pendant la crise, puisque les entreprises n’ont pas « énormément de flexibilité financière », relève Justin Trudeau. « La facture et les détails sont encore à fignoler », a-t-il indiqué.

Le gouvernement fédéral examine également des mécanismes à « long terme » pour aider les travailleurs qui ont besoin d’un congé de maladie. « On va travailler avec le secteur privé pour assurer ça », a dit le premier ministre.

Justin Trudeau répond ainsi à une demande du chef du Nouveau Parti démocratique (NPD) Jagmeet Singh qui conditionnait son appui à la reprise des travaux en Chambre au déploiement de deux semaines de congé de maladie payé pour tous.

PHOTO SEAN KILPATRICK, LA PRESSE CANADIENNE

Le chef du NPD, Jagmeet Singh

« C’est un gain qu’on est allé chercher pour les travailleurs et travailleuses. Notre rôle est d’être une force positive pour améliorer la vie des gens de façon très concrète », a commenté à La Presse le député néo-démocrate Alexandre Boulerice. Selon lui, les dix jours de congé de maladie doivent devenir permanents pour faire partie du « nouveau filet de sécurité sociale ». Ils doivent également être accessibles, peu importe l’origine de la maladie, ajoute le député.

Subvention salariale

Bombardé de questions sur la subvention salariale demandée par son parti, Justin Trudeau a évité de répondre directement aux interrogations des journalistes. Le Parti conservateur et le Parti libéral du Canada ont indiqué dans les derniers jours avoir recours au programme de subvention salariale pour rémunérer leurs employés pendant la pandémie, une pratique dénoncée par le Bloc québécois.

Toutefois, le premier ministre a répété les mêmes lignes générales sur le programme, sans jamais révéler sa position sur cette affaire.

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Justin Trudeau

Les commerçants qui attendent depuis des semaines le coup de pouce d’Ottawa pour payer leur loyer pourront bientôt profiter de l’Aide d’urgence du Canada pour le loyer commercial. C’est finalement aujourd’hui que les propriétaires peuvent déposer une demande pour s’inscrire au programme.

« Aux propriétaires, s’il vous plaît, appliquez au programme. Et aux propriétaires d’entreprises, soyez certains de remplir votre part de l’entente aussi », a déclaré Justin Trudeau.

Seuls les propriétaires ayant jusqu’à 10 locataires admissibles peuvent s’inscrire aujourd’hui. Ceux qui ont plus de 10 locataires pourront présenter leur demande plus tard cette semaine.

Grâce à ce programme, les petites entreprises pourront profiter d’une baisse de 75 % de leur loyer pour les mois d’avril, mai et juin, et ce, de façon rétroactive. Pour être admissibles, les entreprises doivent avoir subi une baisse de revenus d’au moins 70 % en raison de la pandémie. Leur loyer brut doit être inférieur à 50 000 $ par mois.

Les locataires devront payer jusqu’à 25 % du prix du loyer, alors que les propriétaires doivent renoncer à au moins 25 % du montant. Le programme géré par Ottawa couvrira la moitié du loyer commercial.

Les entreprises auront également plus de temps pour produire certaines déclarations de revenus. Ceux qui doivent produire une déclaration de revenus des sociétés T2 ou une déclaration de revenus des fiducies T3 en juin, juillet ou août pourront le faire jusqu’au 1er septembre.