(Ottawa) Le chef du Bloc québécois Yves-François Blanchet dénonce sans ménagement la décision du Parti libéral du Canada et du Parti conservateur d’avoir recours au programme de subvention salariale pour rémunérer leurs employés respectifs durant la pandémie de COVID-19, alors que les propriétaires de petites et moyennes entreprises n’arrivent pas à obtenir un sou de ce programme d’urgence mis sur pied par le gouvernement Trudeau.

Joël-Denis Bellavance Joël-Denis Bellavance
La Presse

M. Blanchet a dit juger « profondément inacceptable » et « épouvantable » de voir ces deux partis recevoir des fonds de ce programme alors que le Parti libéral a recueilli 2 millions de dollars en dons au premier trimestre de l’année, tandis que le Parti conservateur a empoché 4 millions durant la même période.

« Il y a des petites entreprises et des commerces locaux qui risquent de ne pas rouvrir après la crise. […] Les aînés ne savent toujours pas quand ils vont avoir leurs chèques […] Il reste des enjeux de main-d’œuvre agricole. On l’a vu. Les asperges pourrissent dans les plantations. Le problème à nous, il est là », a affirmé M. Blanchet en conférence de presse lundi.

« Les travailleurs ont besoin d’emplois. Les entreprises ont besoin de travailleurs et de soutien aux frais fixes. […] Quelle que soit la durée de la crise, il ne faut abandonner personne. Il ne faut abandonner personne. Au lieu de faire cela, le Parti libéral de Justin Trudeau se finance avec l’argent de ses propres programmes. Des programmes qui ont été créés pour éviter la faillite à des entreprises et à des particuliers servent aujourd’hui à financer les deux partis les plus riches du Canada », a-t-il ajouté.

Les porte-parole de ces partis politiques ont confirmé la semaine dernière avoir recours à la subvention salariale d’urgence pour éviter de licencier leurs employés, alors que les dons se tarissent pendant la pandémie de COVID-19. Les deux partis ont tous deux été approuvés pour recevoir la subvention salariale de 75 %. Le NPD et le Parti vert ont présenté une demande, mais n’ont pas encore été approuvés.

Le Bloc québécois a pour sa part affirmé vendredi qu’il n’a pas demandé cette subvention et qu’il n’en a pas besoin.  

« Les entreprises où des élus fédéraux et provinciaux et dans la plupart des cas municipaux auraient des actions ne peuvent pas avoir recours aux programmes d’urgence du gouvernement fédéral. Mais le Parti libéral va chercher de l’argent dans le programme. Le Parti conservateur va chercher de l’argent dans le programme. Je commente beaucoup moins du côté du NPD ou des Verts qui ont peut-être vraiment des difficultés. Mais ce n’est pas vrai que les libéraux sont dans le trouble. Ces bons vieux libéraux et ces bons vieux conservateurs. Faites ce que je dis, ne faites pas ce que je fais », a affirmé Blanchet.

« S’ils avaient réussi à s’en sortir sans que l’on s’en rendre compte, ils auraient été bien contents. Mais je vous invite à vérifier ce que les Québécois et Québécoises en pensent. C’est cela qui m’intéresse. Que pensent-ils que les programmes d’urgence pour gérer une crise où des individus et des entreprises pourraient faire faillite servent à préparer la prochaine campagne des libéraux et des conservateurs ? », a-t-il dit.

Dans le cadre du programme de 73 milliards, le gouvernement fédéral couvrira 75 % des salaires – jusqu’à un maximum de 847 $ par semaine, par employé – pour les entreprises et organisations admissibles. Le programme devait initialement s’appliquer à la période du 15 mars au 6 juin, mais il a été prolongé jusqu’à la fin août.

Pour être admissible, une entreprise ou une organisation doit avoir eu une baisse de revenu de 15 % en mars ou de 30 % en avril ou mai, selon différentes méthodes de calcul – des conditions que quatre des cinq partis fédéraux croient respecter.

Les partis politiques comptent beaucoup sur les dons pour financer leurs opérations, mais ils ont dû suspendre leurs activités de collecte de fonds en personne depuis la mi-mars, lorsque le confinement a été imposé partout au pays pour freiner la propagation de la COVID-19. Ils ont également diminué, ou arrêté complètement, leurs collectes de fonds auprès de leurs partisans, reconnaissant que beaucoup d’entre eux ont perdu leur emploi et des revenus en raison de la pandémie et ne sont pas en mesure de donner de l’argent aux partis politiques.  

Le porte-parole du Parti libéral, Braeden Caley, a déclaré qu’environ 75 à 100 salaires d’employés à temps plein et à temps partiel sont subventionnés par le gouvernement fédéral. Le porte-parole du Parti conservateur, Cory Hann, a indiqué que la subvention aide son parti à maintenir 60 employés sur la liste de paie.

– Avec La Presse canadienne