(Ottawa) Les créateurs de l’application de traçage COVI, conçue au Québec par l’Institut québécois d’intelligence artificielle (MILA), sont préoccupés. Préoccupés qu’Ottawa opte pour une application binaire comme celle que développe Shopify, Covid Shield.

Mélanie Marquis Mélanie Marquis
La Presse

« La décision n’est pas finalisée, mais la direction dans laquelle ça s’en va nous inquiète », a affirmé en entrevue avec La Presse Yoshua Bengio, sommité internationale en matière d’intelligence artificielle et directeur scientifique de MILA.

Vendredi dernier, le premier ministre Justin Trudeau a déclaré que son gouvernement allait « recommander fortement » une application destinée à contrôler la propagation du nouveau coronavirus.

Selon ses créateurs, COVI se distingue des applications binaires essentiellement conçues pour prévenir les usagers si certains de leurs contacts ont été infectés par le virus et les en avertir par notification.

PHOTO OLIVIER JEAN, ARCHIVES LA PRESSE

Yoshua Bengio, sommité internationale en matière d’intelligence artificielle et directeur scientifique de MILA

Les applications binaires peuvent être utiles, mais on a des preuves scientifiques et épidémiologiques que ça risque de laisser beaucoup de gens en quarantaine pendant longtemps, et envoyer des gens dans les hôpitaux pour rien.

Yoshua Bengio, directeur scientifique de MILA

Quant à COVI, elle permet plutôt d’évaluer en continu le risque d’infection, de façon à permettre aux usagers de prendre des décisions en conséquence – le tout grâce à des algorithmes d’intelligence artificielle.

« Il y a un objectif qui, je pense, est compréhensible d’un point de vue politique, qui est d’essayer de faire en sorte que le plus de gens possible adoptent l’application que le gouvernement pourrait proposer », expose M. Bengio.

« Par contre, moi, l’objectif que je poursuis avec mes collègues est un peu différent : le but véritable est de sauver des vies et de rendre leur liberté aux gens. Et des fois, ces buts-là ne sont pas identiques », a-t-il enchaîné au téléphone, dimanche soir.

À l’étude

Après que l’application COVI aura pris son envol, MILA va se retirer, et confier la suite des choses à un organisme à but non lucratif. Des juges à la retraite de renom ont été pressentis ; une annonce doit être faite très bientôt pour dévoiler qui sera de l’aventure.

L’application fait partie de celles qui sont à l’étude au gouvernement fédéral, selon nos informations. Le premier ministre Justin Trudeau a dit attendre une mise à jour d’Apple et de Google en juin pour régler les problèmes de drainage de piles qu’elles entraînent.

« Au moment venu, on s’attend à pouvoir être en mesure de recommander fortement aux Canadiens une application en particulier qui nous aidera à gérer la propagation de la COVID-19 », a-t-il soutenu.