« La demande est trois fois plus grande que d’habitude et personne ne vient ici pour flâner. Les gens viennent pour acheter, beaucoup, pour faire des potagers plus gros que jamais et pour planter plus de fleurs. Comme Céline Dion, j’ai presque envie de chanter ‟Ce n’était qu’un rêve” », lance Normand Charbonneau, propriétaire de la pépinière Charbonneau L’Expert, à Sainte-Dorothée (Laval).

Louise Leduc Louise Leduc
La Presse

C’est qu’il y a quelques semaines, ça ne s’annonçait pas du tout comme cela pour les pépiniéristes de la grande région de Montréal. En fait, « au départ, on a annulé toutes les commandes. On a ensuite corrigé le tir, planté plus de fleurs, et mes enfants ont mis tout notre inventaire sur internet. Sur-le-champ, la fréquentation de notre site a explosé », explique M. Charbonneau.

La livraison gratuite a d’abord été offerte avec des commandes de 30 $ et plus et maintenant, c’est 50 $ ou plus. Encore aujourd’hui, M. Charbonneau ne cache pas qu’il préfère que le plus de clients possible fassent leurs commandes par internet et se les fassent livrer, histoire d’éviter une trop grande affluence dans les serres.

Contrairement aux dernières années, la pépinière n’a pas fait de publicité ni affiché de promotions. De toute évidence, les clients ne sont pas en quête de rabais cette fois, fait observer M. Charbonneau.

La grande difficulté, en fait, c’est de trouver du personnel. « J’ai deux employés de 70 ans et plus qui ne peuvent pas être là, j’en ai qui font de l’asthme aussi. »

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Normand Charbonneau, propriétaire de la pépinière Charbonneau L’Expert

J’aurais besoin de plus d’employés, mais avec la PCU [Prestation canadienne d’urgence] qui donne plus que le salaire minimum, le recrutement est plus difficile.

Normand Charbonneau, propriétaire de la pépinière Charbonneau L’Expert

Malgré le jour férié ensoleillé, lundi, il était en général possible de faire ses achats en pépinière en gardant bien ses distances même si, là comme dans les parcs, certains semblaient n’avoir jamais entendu parler de la COVID-19 et de la nécessaire distance de deux mètres à maintenir.

Une vingtaine de minutes d’attente

La pépinière Jasmin, dans l’arrondissement de Saint-Laurent, est ouverte au public depuis le 18 avril. En après-midi, lundi, il fallait attendre une vingtaine de minutes avant d’avoir accès au site.

  • Selon Normand Charbonneau, propriétaire de la pépinière Charbonneau L’Expert, « la demande est trois fois plus grande que d’habitude ».

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    Selon Normand Charbonneau, propriétaire de la pépinière Charbonneau L’Expert, « la demande est trois fois plus grande que d’habitude ».

  • Aphrodite Gardias est ravie de sa visite à la pépinière Charbonneau L’Expert.

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    Aphrodite Gardias est ravie de sa visite à la pépinière Charbonneau L’Expert.

  • Joanne Girard, dans les allées de la pépinière Jasmin, dans l’arrondissement de Saint-Laurent

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    Joanne Girard, dans les allées de la pépinière Jasmin, dans l’arrondissement de Saint-Laurent

  • Youenn Soumahoro fait ses achats à la pépinière Jasmin.

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    Youenn Soumahoro fait ses achats à la pépinière Jasmin.

  • Sean Ruben et sa mère ont également profité du lundi ensoleillé pour visiter la pépinière Jasmin.

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    Sean Ruben et sa mère ont également profité du lundi ensoleillé pour visiter la pépinière Jasmin.

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Comme à la pépinière Charbonneau, des flèches balisent le parcours, les employés portent presque tous une visière ou un masque. Des pancartes rappellent partout de garder ses distances. 

Une dizaine d’employés supplémentaires ont dû être embauchés en ce début de saison tout à fait hors de l’ordinaire.

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Pierre Jasmin, copropriétaire de la pépinière Jasmin

Et étrangement, la grosse journée, ce n’était pas ce lundi ensoleillé, « mais vendredi, alors que les gens pensaient qu’à peu près personne ne serait là », explique Pierre Jasmin, copropriétaire de l’entreprise. « Les gens attendaient dehors à la pluie battante ! »

« On laisse entrer 200 personnes au lieu de 400, ce que l’on calcule en nombre de chariots en circulation », poursuit. M. Jasmin, qui précise que les ventes sont satisfaisantes.

À vue de nez (sans mauvais jeu de mots), environ la moitié des clients chez Jasmin comme chez Charbonneau portaient un masque.

Des clients aux oiseaux 

Les clients étaient manifestement ravis de se trouver là. Surtout Aphrodite Gardias, qui ne se pouvait plus de bonheur devant ce semblant de vie normale. « Jusqu’à il y a deux semaines, je ne sortais pas et je pensais que j’allais devenir folle. Je suis tellement, tellement contente de ma journée », a-t-elle lancé en sautillant.

Joanne Girard se promettait pour sa part de bien remplir son chariot, désireuse de se faire un vrai gros parterre de fleurs. « Cette année, je vais en avoir, du temps, pour planter cela et comme on risque de ne pas aller très loin en vacances, on va être là pour arroser et entretenir tout cela. »

Son mari, Yves Girard, était content de voir sa femme aux anges. Pour lui, la grosse journée, ce sera mercredi. « Je pars jouer au golf ! »

Quant à Youenn Soumahoro, il faisait ses achats habituels, sans plus, et se disait surtout content de voir du monde, du vrai monde. « Ça, ça fait du bien. »

Sean Ruben était pour sa part tout de même surpris de voir beaucoup de clients ne pas porter de masque. « Il me semble que le gouvernement devrait le rendre obligatoire dans les commerces. »