(Ottawa) Justin Trudeau assure que son gouvernement continuera à chercher des façons d’appuyer le secteur aérien lourdement affecté par la pandémie de la COVID-19, mais il refuse pour l'instant de dire quelles sont les avenues possibles.

Mélanie Marquis Mélanie Marquis
La Presse

« Nous allons continuer à travailler avec des compagnies aériennes comme Air Canada pour voir comment nous pouvons aider encore plus », a commenté Justin Trudeau au lendemain de l’annonce du licenciement d’au moins 20 000 employés du transporteur.

Cette décision intervient dans un contexte de fermetures des frontières et de mesures de confinement qui ont plombé la demande pour les voyages, ce qui a incité Air Canada à clouer au sol quelque 225 avions et à réduire la capacité de vol de 95 %.

Le premier ministre n'a cependant pas voulu préciser comment le fédéral pourrait voler au secours d'Air Canada. Il n'a pas voulu discuter d'un plan de sauvetage spécifique, et il a esquivé les questions sur la perspective d'une nationalisation.

« On va parler avec Air Canada et d'autres compagnies aériennes pour voir quelles sont les options pour appuyer les dizaines de milliers de travailleurs qui travaillent pour ces compagnies aériennes », s'est-il contenté d'offrir.

Son bureau n'a pas voulu en ajouter davantage par après. « Nous n'avons rien à ajouter à la réponse du premier ministre », a-t-on écrit dans un courriel à La Presse.

Le transporteur aérien s'était prévalu de la subvention salariale d'urgence du Canada (SSUC) en avril pour réembaucher quelque 16 500 travailleurs qui avaient été remerciés. Mais visiblement, même cette bouée de sauvetage n'a pas suffi à lui permettre de maintenir un lien d'emploi avec ses travailleurs.

« On a offert de la certitude en annonçant la prolongation de cette subvention sur la masse salariale. Nous allons continuer de nous assurer que les gens gardent ce lien avec leur employeur », a commenté Justin Trudeau en conférence de presse à Rideau Cottage, samedi.

La compression de 50 à 60 % des effectifs touchera au bas mot 19 000 salariés d'Air Canada — la moitié de la masse salariale actuelle — et le nombre pourrait grimper jusqu’à 22 800 personnes touchées. À compter du 7 juin, ces licenciements toucheront plus de la moitié des 38 000 employés, selon ce qu'a indiqué le transporteur.

PHOTO GRAHAM HUGHES, LA PRESSE CANADIENNE

Air Canada a été forcée de clouer au sol quelque 225 avions et de réduire la capacité de vol de 95 %.

Un groupe syndical veut renationaliser

Plus tôt cette semaine, une section locale de Association Internationale des Machinistes et des travailleurs de l'Aérospatiale a demandé au ministre des Finances, Bill Morneau, de négocier « la renationalisation complète ou partielle d'Air Canada.

« Le transport aérien sera sans doute un élément clé pour se sortir de la récession provoquée par cette crise. Que ce soit pour garantir la mobilité des Canadiens ou des marchandises, l’avion sera au cœur du redressement de l’économie du pays. Pour que cette reprise profite à l’ensemble des citoyens, le Canada doit faire des choix qui iront dans le sens de nos intérêts collectifs tout en se souciant des finances publiques », a déclaré la section locale 1751 de l’AIMTA par voie de communiqué.

« Un tel financement doit impérativement être considéré comme un investissement pour l’économie canadienne, mais surtout pour le bénéfice des contribuables et des travailleurs. L’injection de capitaux publics ne doit pas être « un chèque en blanc » à une compagnie privée qui a grandement enrichi ses hauts dirigeants et actionnaires pendant plus de 10 ans au détriment de ses employés », a argué le président de cette section, Maxime Nicole.

Cette semaine également, le Bloc québécois a critiqué le fait qu'Air Canada touche une aide fédérale sans pour autant rembourser leurs clients qui ont annulé des voyages prévus en raison de la pandémie de la COVID-19. La formation a aussi déploré que la maintenance du 50 % de la flotte stationnée à l’extérieur du pays, principalement aux États-Unis, est effectuée par des travailleurs basés là-bas.

« Ce n’est pas normal qu’une entreprise d’ici qui profite d’un important soutien de l’état décide de faire travailler des gens à l’étranger avant d’engager son propre monde [...] Lorsque le gouvernement se porte au secours d’une industrie, il importe que cette aide soit respectueuse des contribuables qui la financent », a argué dans un communiqué le député bloquiste Xavier Barsalou-Duval.

Allocation pour enfants bonifiée, aide pour la Croix-Rouge

Le premier ministre a par ailleurs annoncé samedi que l’Allocation canadienne pour enfants (ACE) serait bonifiée une fois de plus en juillet. Cette augmentation s’ajoute au versement spécial unique de l’ACE annoncé plus tôt ce mois-ci pour aider les familles à gérer les pressions additionnelles liées à la COVID-19.

Il a également annoncé un financement pouvant atteindre 100 millions de dollars pour aider la Croix-Rouge à répondre à la hausse de la demande due à la COVID-19 et à financer d’éventuelles opérations de secours en cas d’inondations et d’incendies de forêt.

Ce financement prévoit jusqu’à 41 millions de dollars pour répondre aux besoins immédiats relatifs à la COVID-19, soit plus de 15 millions de dollars qui permettront d’améliorer la capacité d’intervention de la Croix-Rouge et 25 millions de dollars pour appuyer des efforts de santé publique.

Le premier ministre prendra congé de conférence de presse dimanche et lundi. Il ira rejoindre sa femme Sophie et leurs trois enfants à la résidence du lac Mousseau, en Outaouais.