Alors que près de 5000 travailleurs de la santé sont atteints de la COVID-19, Québec assouplit les règles pour qu’ils puissent retourner au travail plus facilement. Depuis mardi, il n’est plus nécessaire d’obtenir deux tests de dépistage négatifs de suite avant de reprendre le boulot.

Ariane Lacoursière Ariane Lacoursière
La Presse

Le manque criant de personnel dans le réseau de la santé, surtout en CHSLD, est souvent évoqué par Québec depuis le début de la pandémie. Lundi, le premier ministre, François Legault, a invité les travailleurs à revenir le plus rapidement possible : « Tous ceux qui ont fini leur quarantaine, tous ceux qui ont eu le virus, puis que, là, ils ont passé le temps qu’ils devaient passer à s’isoler, s’il vous plaît, revenez parce qu’on a, dans le réseau, des gens fatigués, des gens qui ont besoin de repos, puis donc on a besoin de renfort. »

De « faux positifs » ?

Jusqu’à mardi, tout travailleur de la santé infecté devait obtenir deux tests de dépistage négatifs de suite avant de pouvoir revenir en poste.

Sur le terrain, cette obligation causait parfois des maux de tête. Car de nombreux travailleurs qui n’avaient plus de symptômes étaient encore déclarés positifs, même plus de 14 jours après le début de la maladie.

« C’est l’un des problèmes que j’entends sur le terrain », explique le président de la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec, le DLouis Godin.  

PHOTO DAVID BOILY, ARCHIVES LA PRESSE

Le Dr Louis Godin, président de la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec

Ça prend beaucoup plus que deux semaines pour obtenir ces deux tests négatifs.

Le DLouis Godin, président de la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec

Le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) dit être au courant du fait que des résultats positifs persistent pour certaines personnes infectées. « Effectivement, le MSSS est au courant de ce fait. Une étude en préparation permettra de déterminer si ces personnes sont réellement contagieuses », indique la porte-parole du MSSS, Marie-Claude Lacasse.

Ne plus avoir de symptômes

Mais pour l’heure, Québec a modifié ses façons de faire. Dorénavant, les travailleurs de la santé infectés dont le début des symptômes aigus remonte à plus de 14 jours, qui n’ont plus de fièvre depuis 48 heures, qui n’ont plus de symptôme aigu depuis 24 heures (à l’exception d’une toux ou d’une anosmie résiduelle), qui ne sont pas atteints d’un déficit du système immunitaire et qui n’ont pas été hospitalisés pour la COVID-19 pourront revenir au boulot, et ce, « malgré l’obtention d’un ou plusieurs résultats de test PCR positifs ».

Ces employés devront toutefois respecter certains critères, comme porter un équipement de protection au travail et ne travailler qu’en zone chaude jusqu’à l’obtention de deux tests négatifs consécutifs. Ils ne pourront être en contact avec d’autres employés « COVID négatifs ». Ils devront donc avoir accès, par exemple, à des toilettes et à un vestiaire distincts.

Québec emboîte ainsi le pas à d’autres provinces canadiennes où « l’obtention d’un test PCR négatif n’est pas requise de façon systématique » pour autoriser le retour au travail des travailleurs infectés par la COVID-19, souligne le MSSS.

Un « laboratoire ouvert »

Cet assouplissement des règles est accueilli avec scepticisme par le président de la Fédération de la santé et des services sociaux (FSSS-CSN), Jeff Begley. Il croit que seuls les travailleurs infectés dans un secteur menacé de rupture de service devraient pouvoir retourner au travail sans avoir subi de test de dépistage négatif. « Sinon, c’est un risque trop grand selon nous […]. On est un laboratoire ouvert. On essaie des choses sur le terrain, et il y a de réelles conséquences », dit M. Begley.

Je pense que le Ministère aurait intérêt à préciser que cet assouplissement s’applique juste s’il y a menace de rupture de service.

Jeff Begley, président de la Fédération de la santé et des services sociaux (FSSS-CSN)

M. Begley salue par ailleurs le fait que Québec a décidé mercredi de tester systématiquement les 48 000 travailleurs de la santé en CHSLD. « On le demande depuis six semaines. En testant tout le monde, on va pouvoir trouver les cas asymptomatiques. C’est ce qu’il faut faire pour protéger les plus vulnérables », affirme M. Begley.

En chiffres

11 126 : nombre d’employés absents du réseau pour des raisons liées à la COVID-19. Parmi eux, 2978 travaillent en CHSLD.

4995 : nombre de travailleurs de la santé atteints de la COVID-19. Les autres personnes absentes sont en processus de dépistage ou en absence préventive.