(Washington) Justin Trudeau a indiqué mercredi qu’il était encore trop tôt pour que le Canada affronte les défis qui accompagneront invariablement une réouverture de la frontière avec les États-Unis.

James McCarten
La Presse canadienne

Le premier ministre a toutefois déclaré qu’il n’était pas encore prêt à annoncer une prolongation de l’interdiction des voyages non essentiels, qui est officiellement en vigueur pendant une semaine encore.

Ottawa et Washington avaient convenu en mars de restrictions aux déplacements transfrontaliers. Cet accord a été depuis reconduit pour un mois, jusqu’au 21 mai. Une source familière avec les discussions en cours entre les deux capitales a indiqué à La Presse canadienne qu’Ottawa demande à Washington une nouvelle prolongation de 30 jours de l’interdiction actuelle.

La source, qui n’est pas autorisée à partager publiquement les détails des pourparlers, a déclaré qu’il faudra probablement plusieurs jours avant que la Maison-Blanche accepte officiellement la demande de prolongation de l’accord jusqu’au 21 juin.

« En ce moment, nous prenons des décisions pour le moment présent », a déclaré M. Trudeau lorsqu’on lui a parlé de la possibilité de maintenir la frontière fermée même après le 21 juin, indépendamment des souhaits des États-Unis, qui sont aux prises avec la pire éclosion de COVID-19 dans le monde.

Ottawa doit en fait composer avec des chiffres inéluctables : plus d’un million de cas actifs aux États-Unis — 42 % du bilan mondial — et un nombre de morts qui approchait mercredi les 83 000, en hausse de plus d’un millier chaque jour. La docteure Theresa Tam, administratrice en chef de la santé publique du Canada, estime d’ailleurs qu’étant donné la gravité de l’épidémie aux États-Unis, Ottawa devra faire preuve d’une « extrême prudence » lorsque viendra le temps d’assouplir les restrictions actuelles.

Le gouvernement canadien doit aussi composer avec l’urgence politique effrénée aux États-Unis, en grande partie de la Maison-Blanche et des États dirigés par des républicains, pour rouvrir les entreprises et assouplir les restrictions à la mobilité, souvent au mépris des propres directives de l’administration de Donald Trump.

Des États plus pressés

Tout le monde n’est pas si pressé, toutefois. À New York, qui recense le quart des cas de COVID-19 aux États-Unis, le gouverneur Andrew Cuomo a toujours le pied fermement sur le frein. La réouverture y sera lente, avec une surveillance stricte de variables telles que les admissions à l’hôpital et l’augmentation des tests de dépistage.

Mais le Montana, en dessous de l’Alberta, de la Colombie-Britannique et de la Saskatchewan, a connu une décroissance constante du nombre de cas de COVID-19 au cours des dernières semaines : ses directives de confinement ont été annulées il y a deux semaines.

L’Ohio, qui partage le lac Érié avec l’Ontario, a rouvert ses commerces mardi et a permis à certaines industries de reprendre leurs activités. La Pennsylvanie voisine a également commencé à assouplir ses restrictions, principalement dans le nord de l’État — aux frontières avec l’Ontario.

Mais tout cela se passe dans un contexte de grande incertitude — voire d’effroi. Rick Bright, évincé le mois dernier de la direction du Bureau américain de la recherche biomédicale, après des affrontements avec l’administration Trump, devrait prévenir le Congrès jeudi que sans stratégie nationale, les États-Unis pourraient connaître « l’hiver le plus noir de l’histoire moderne », rapportait CNN.

Il faut se parler

Selon Kathryn Friedman, professeure de droit à l’Université de Buffalo et spécialiste des questions canado-américaines, Ottawa et Washington devront veiller à ce que leurs objectifs et leurs motivations soient accordés. « Je pense que ce serait très difficile si, par exemple, le Canada avait d’abord comme guide la santé et la sécurité, et que les États-Unis étaient guidés par la reprise économique », a-t-elle estimé.

Les dirigeants régionaux et locaux devront aussi maintenir un contact étroit. Le premier ministre de la Colombie-Britannique, John Horgan, et le gouverneur de l’État de Washington voisin, Jay Inslee, sont régulièrement en contact, a-t-elle noté, alors que le gouverneur Cuomo et le premier ministre de l’Ontario, Doug Ford, ne le sont pas.

« Certains préconisent fortement que l’État de New York, le Québec et l’Ontario partagent au moins des informations sur l’état de leur situation, sur la façon dont ils comptent déconfiner et sur leurs préoccupations particulières. »