Des dizaines de détenus ont exprimé leur mécontentement en mettant le feu à du papier, en faisant déborder leur toilette et en saccageant leur cellule hier soir à l’Établissement de détention de Montréal, communément appelé Bordeaux.

Daniel Renaud Daniel Renaud
La Presse

Les événements sont survenus dans l’aile E, qui est particulièrement touchée par la pandémie de la COVID-19, et qui est l’une des plus populeuses de la prison avec environ 175 places en temps régulier. Elle a été construite il y a une centaine d’années et les commodités y sont limitées.

Les détenus du secteur E sont confinés à leur cellule 24 heures sur 24 depuis plusieurs jours pour limiter les risques de propagation du coronavirus. Pour ne pas qu’ils fassent déborder leur toilette pour exprimer leur mécontentement, les autorités ont coupé l’eau au cours des derniers jours, mais l’ont rétablie hier.

Vers 19 h, les détenus ont de nouveau fait déborder les toilettes, et ont allumé des pages de journaux et de revues, et du papier de toilette. Ils ont ensuite lancés les produits de papeterie enflammés par l’embrasure grillagée de la porte de leur cellule, sur le plancher du corridor.

Des agents correctionnels, qui ont reçu une formation de pompiers, ont éteint les foyers d’incendie. D’autres, membres de l’équipe d’intervention, ont revêtu leur équipement anti-émeute, mais n’ont pas eu à intervenir. La situation s’est finalement calmée en milieu de soirée.

« On a frisé l’émeute », nous a confié un employé, qui ne veut pas être identifié car il n’est pas autorisé à parler aux médias. Ce dernier a expliqué que des détenus confinés depuis longtemps ont exprimé leur colère, car ils devaient changer de secteur, et ainsi avoir le droit de sortir de leur cellule et d'avoir accès aux douches, mais le projet ne s’est pas encore concrétisé.

« Les gars sont impatients, car on est à essayer de leur trouver une façon de les placer dans de plus petits secteurs, plus récents, mais cela ne s’est pas fait encore. Pour nous, toutefois, ce n’est pas un événement majeur. Cela arrive régulièrement », affirme Mathieu Lavoie, président du Syndicat des agents de la paix en services correctionnels du Québec.

80 cas à Bordeaux

Selon les chiffres les plus récents, une cinquantaine de détenus et une trentaine de membres du personnel de Bordeaux ont été infectés à la COVID-19. Plusieurs tests de dépistage ont été effectués depuis vendredi et d’autres cas positifs pourraient s’ajouter dans les prochaines heures.

Outre le secteur E, l’aile C est également particulièrement affectée. Les détenus de ces deux secteurs composent à eux seuls près de la moitié de la population de la prison qui s’établirait actuellement à un peu plus de 900 personnes incarcérées, depuis que certaines ont obtenu des permissions de sorties à la suite d’un autre décret sanitaire adopté la semaine dernière par le gouvernement Legault.

Au cours des dernières semaines, plusieurs conjointes ou conjoints de détenus ont communiqué avec La Presse, par courriel ou au téléphone, pour dénoncer les conditions de détention et l’annulation d’audiences pour des détenus ayant droit à une libération conditionnelle.

« Après plusieurs semaines de mobilisation soutenue, je suis content de vous informer que l’Établissement de détention de Montréal commence enfin à nous écouter. Vendredi vers 21 h, des détenus des secteurs isolés 24 sur 24 se sont fait accorder un appel téléphonique exceptionnel de cinq minutes, leur premier contact en 15 jours », nous a écrit un homme samedi.

« L’avocat m’a confirmé qu’il n’a pas eu de douche pendant 13 jours maintenant. C’est un homme qui fait de l’asthme et on a peur pour sa santé », nous a exprimé par courriel une conjointe de détenu, jeudi de la semaine dernière.

« Tous ces détenus, peu importe ce qu’ils ont fait, ont des droits. Ce sont des humains avec des familles qui s’inquiètent pour eux, autant pour leur vie, que pour leur santé physique et psychologique », a renchéri une autre conjointe dans une lettre envoyée à La Presse.

Pour joindre Daniel Renaud, composez le (514) 285-7000, poste 4918, ou écrivez à l’adresse postale de La Presse.