(Ottawa) La ministre fédérale de l’Agriculture demande aux producteurs de se prévaloir des programmes d’aide qui leur sont destinés, soulignant que ceux-ci pourraient être bonifiés selon les besoins en temps de pandémie.

Catherine Lévesque
La Presse canadienne

De passage à un comité fédéral sur l’agriculture, Marie-Claude Bibeau a dit que « les producteurs ne peuvent pas tout simplement tourner le dos aux programmes de gestion de risque » et qu’ils doivent « aller chercher l’argent qui est disponible » avant d’en injecter davantage.

« Si on confirme que ça répond à un besoin, que le besoin est beaucoup plus grand, on va reconsidérer l’enveloppe », a-t-elle précisé.

Marcel Groleau, président de l’Union des producteurs agricoles, a répliqué lors de son témoignage devant le comité que les programmes en place ne sont pas adéquats pour la situation de crise actuelle. Il a notamment pointé du doigt le programme Agri-stabilité, auquel moins d’un tiers des producteurs sont abonnés.

Les producteurs ne sont pas des imbéciles. Si le programme fonctionnait, ils seraient abonnés. Alors d’entrée de jeu, si les producteurs ne s’abonnent pas à ce programme-là, ce n’est pas parce qu’ils ne le comprennent pas, c’est parce qu’il ne fonctionne pas.

Marcel Groleau, président de l’Union des producteurs agricoles

À son avis, les programmes actuels s’adressent aux producteurs qui sont quasiment en faillite technique.

« C’est comme si on demandait aux gens, avant de déposer leur demande d’assurance-emploi : assurez-vous de vider vos comptes, a-t-il décrit. C’est comme si on avait dit aux étudiants à qui on vient d’offrir neuf milliards : ceux qui auront accès au programme sont ceux dont les comptes sont vides. »

Le monde agroalimentaire a réagi froidement aux 252 millions annoncés par le gouvernement fédéral, la semaine dernière. C’est un montant dix fois moins élevé que le 2,6 milliards réclamé par la Fédération canadienne de l’agriculture.

Également présents devant le comité, des représentants des éleveurs de porcs et de bœufs ont déploré que ce montant est insuffisant en comparaison aux 19 milliards des États-Unis en appui à son secteur agroalimentaire.

« Si ça se poursuit, le Canada verra un nombre d’exportations réduit, une plus grande dépendance sur les importations et, dans des cas extrêmes, une réduction de la production va contribuer à des pénuries de nourriture », prévient René Roy, président des Éleveurs de porcs de la Beauce.

« Actuellement, si l’agriculture au Canada réussit à tirer son épingle du jeu, c’est essentiellement parce que le taux de change nous favorise. […] Alors est-ce qu’on peut construire une industrie sur un paramètre comme celui-là ? La réponse, c’est non », ajoute M. Groleau.

La Chambre des communes se penchera mercredi sur un projet de loi pour augmenter la capacité d’emprunt de la Commission canadienne du lait de 200 millions à 500 millions, a expliqué la ministre Bibeau.

Elle dit que ce soutien supplémentaire permettra à la commission d’augmenter ses réserves de produits laitiers, comme le lait et le fromage, et qu’il s’agissait d’une demande de l’industrie.

Le projet de loi ne devrait pas rencontrer d’opposition de la part des partis d’opposition. Le Sénat est convoqué vendredi matin pour l’adopter à son tour.