Tenus loin de l’école ces dernières semaines, des milliers d’enfants qui profitaient de l’aide d’organismes comme le Club des petits déjeuners se sont soudainement retrouvés le ventre vide.

Véronique Lauzon Véronique Lauzon
La Presse

« Les gens avaient tellement faim au début de la crise », raconte la mairesse de Montréal-Nord, Christine Black. Une situation intolérable qui a provoqué un véritable branle-bas de combat dans son quartier, où la communauté a finalement réussi à se porter au secours des tout-petits grâce à la générosité de citoyens, des organismes et des gouvernements.

Aujourd’hui, se félicite la mairesse, la crise alimentaire provoquée par la crise sanitaire est pratiquement réglée : « Ça va mieux, on a senti que ça s’est calmé. On me dit que la situation est sous contrôle. »

Comment les organismes ont-ils fait pour rejoindre les familles en situation d’insécurité alimentaire ? Dès que les écoles ont fermé, le Club des petits déjeuners s’est posé la question. Il voulait s’assurer que les enfants qui déjeunent normalement dans un de ses programmes (plus de 250 000 enfants au Canada, dont 32 000 au Québec) puissent continuer à avoir accès à de la nourriture.

« On a adapté l’opération pour continuer de rejoindre les enfants là où ils sont », indique Tommy Kulczyk, directeur général du Club des petits déjeuners.

Le Club a décidé de réallouer les fonds normalement destinés aux écoles vers d’autres organismes mieux placés pour rejoindre les enfants dans le besoin. Il livre notamment de la nourriture dans une trentaine de Moisson au Québec, ainsi que dans d’autres banques alimentaires et centres communautaires.

Le Club a aussi mis en place un fonds d’urgence pour soutenir plus d’organismes à travers le pays. En tout et partout, grâce à son travail en collaboration avec les banques alimentaires et les organismes, il soutient actuellement 350 000 enfants par jour.

« Les objectifs en ce moment sont de continuer de nourrir les enfants et d’être capable de faire face à la demande supplémentaire », ajoute Tommy Kulczyk, confiant qu’il y arrivera.

Dans le lot de mauvaises nouvelles quotidiennes amenées par la COVID-19, l’intervention de la communauté qui a su se serrer les coudes donne espoir à Moisson Montréal : « comme ma mère me disait toujours : quand on veut, on peut. Par rapport au mois d’avril 2019, nous avons réussi à donner trois millions de dollars de plus cette année. Parce qu’on a reçu beaucoup d’aide d’autres organismes comme le Club des petits déjeuners », dit avec fierté le directeur général, Richard Daneau.

Grâce à la « grande mobilisation des citoyens, des organismes et des gouvernements », Moisson Montréal a réussi à augmenter son offre alimentaire de 30 % au mois d’avril.

« La faim n’est malheureusement pas partie avec l’arrivée de la COVID. Les organismes de quartier ont plus de demandes et nous sommes fiers de répondre à leurs besoins », exprime Richard Daneau.

La pédiatre Marie-Claude Roy a constaté qu’il y avait un beau travail de solidarité et d’entraide sur le terrain pour rejoindre les enfants en situation d’insécurité alimentaire. « Il y a beaucoup d’enfants qui dépendent du réseau scolaire pour manger à leur faim. C’est donc un soulagement de voir que l’aide arrive de plusieurs organismes communautaires en ce moment, dont toutes les Moissons à travers le Québec ».

Elle est tout de même inquiète pour des tout-petits, dont les familles n’osent peut-être pas demander de l’aide, entre autres parce que « le sujet est encore malheureusement tabou ».

« Il faut aller la chercher cette aide-là, ce qui n’est pas toujours facile pour tous. C’est ce qui était bien avec des programmes comme les Clubs des petits déjeuners, ils allaient rejoindre les enfants directement par l’école », ajoute la pédiatre de l’hôpital Fleurimont.

C’est entre autres pour cette raison qu’elle a pris position, avec l’Association des pédiatres du Québec, d’un « retour progressif à la vraie vie pour nos enfants ». Un retour éventuel à l’école pourra aider les familles qui peinent à nourrir convenablement leurs enfants à « rejoindre les deux bouts ».

Le Club des petits déjeuners assure d’ailleurs qu’ils seront là lorsque les écoles vont rouvrir. Par contre, à cause des mesures de distanciation, leurs équipes ne pourront pas offrir un service en personne comme ils le faisaient avant la pandémie. Ils songent à offrir des boîtes à lunch.

« C’est grâce au travail de tous les organismes, de l’ensemble de ces actions, qu’on va continuer de réussir. Il n’y a personne qui peut vaincre cette crise-là seul. Il faut être solidaire pour apaiser la douleur de ces gens qui ont faim », conclut Tommy Kulczyk.