Après les corridors sanitaires pour piétons, Montréal se prépare à en créer pour les cyclistes

Nicolas Bérubé
Nicolas Bérubé La Presse

Comme bien des commerçants québécois, Fabien Grignard, gérant de la boutique Cycles Gervais Rioux, sur l’avenue du Parc à Montréal, s’attendait à vivre des mois de mars et d’avril catastrophiques sur le plan des ventes.

Ce n’est pas ce qui s’est passé.

« Nos ventes en ligne ont explosé, dit-il. C’est fou. »

Depuis le 15 mars, la boutique a vendu plus de vélos en ligne qu’elle en avait vendu en magasin et en ligne au cours de la même période l’an dernier.

« C’est notre site web qui nous sauve. Tous nos employés travaillent. Avec les réparations, on est occupés. »

PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, LA PRESSE

La boutique Cycles Gervais Rioux marche à plein régime. Les ventes en ligne ont explosé et le service de réparations ne dérougit pas.

Qui se procure un vélo en temps de pandémie ? Fabien Grignard note que beaucoup de gens qui allaient travailler en transports en commun veulent maintenant y aller à vélo, notamment en vélo électrique. « Et à mon avis, bien des gens ne partiront pas pour les vacances cette année, alors ils ont décidé qu’ils feraient du vélo. »

Vincent Dubé, propriétaire de Cycles Régis, sur l’avenue Van Horne, note que son service d’atelier connaît aussi un début d’année chargé.

M. Dubé a ouvert ses portes au public le vendredi 24 avril, après avoir reçu l’assurance du gouvernement que c’était sécuritaire de le faire. « Nous allons respecter la distanciation, comme dans les épiceries », dit-il.

Vague mondiale

L’engouement pour le vélo n’est pas unique : la France, l’Allemagne et l’Australie, notamment, vivent la même chose. Si bien que de plus en plus de villes aménagent des corridors cyclables élargis pour permettre au public de se déplacer, de prendre l’air ou de tout simplement rester en forme en gardant ses distances pendant la pandémie de COVID-19.

La Ville de Montréal envisage aussi de créer de tels aménagements. « On fait des corridors sanitaires pour les piétons, et on regarde le même principe pour les cyclistes », indique Éric Alan Caldwell, membre du conseil exécutif responsable de l’urbanisme et du transport.

En période de COVID-19, les personnes qui se déplacent à pied ou en vélo doivent avoir plus de place dans la rue, dit M. Caldwell.

PHOTO FRANÇOIS ROY, ARCHIVES LA PRESSE

Éric Alan Caldwell, responsable de l’urbanisme, du transport et de l’Office de consultation publique de Montréal

On veut leur donner plus d’espace, car on sait que leur nombre va augmenter lors des premières phases du déconfinement. On sait aussi qu’il va y avoir moins de gens qui vont sortir de l’île cet été, donc une activité saine sera la promenade, le vélo, et on se prépare à ça.

Éric Alan Caldwell, responsable de l’urbanisme, du transport et de l’Office de consultation publique de Montréal

Les différents projets mis en place ailleurs dans le monde nourriront les décisions de la Ville. « On va avoir un cocktail de mesures adaptées au milieu. La place, on la prend dans la rue, car elle est disponible, il y a peu de circulation, on le constate tous, et la circulation automobile va rester moins importante que d’habitude pendant le déconfinement », dit M. Caldwell, ajoutant que les mesures prises par la Ville seront annoncées lorsque les différentes phases de déconfinement seront rendues publiques.

Nouveau modèle

Suzanne Lareau, présidente-directrice générale de Vélo Québec, croit que l’été 2020 sera marquant pour le vélo dans les villes du Québec.

« Les consignes de distanciation resteront en vigueur pendant des mois, voire plus, alors il faut que les villes soient prêtes à faire face à cette demande », dit-elle.

Les villes doivent avoir le réflexe de placer des corridors pour les déplacements à vélo sur les grandes artères, là où se trouvent les offres en matière de services, dit-elle.

Il faut que ça soit sur des axes intéressants. Pour que ça fonctionne, il faut que ça mène quelque part.

Suzanne Lareau, PDG de Vélo Québec

Des axes cyclables bidirectionnels devront aussi être transformés en axes unidirectionnels pour éviter que deux cyclistes se croisent et ne respectent ainsi pas la distanciation de deux mètres, quitte à établir un second axe cyclable de l’autre côté de la rue.

« La COVID nous force à repenser comment la ville alloue l’espace public », résume-t-elle.

Mme Lareau note qu’une fois que la saison estivale 2020 aura été vécue avec des aménagements temporaires donnant plus de place aux piétons et aux cyclistes, il faudra penser à rendre permanentes certaines infrastructures.

« Est-ce que les gens vont vraiment vouloir retourner au modèle d’avant, où on voit tout cet espace public dédié aux véhicules à moteur en ville ? Ce sera une occasion de redonner plus d’espace aux personnes qui y habitent et y travaillent. »