Le gouvernement Trudeau affirme déployer des efforts herculéens pour approuver rapidement les nouveaux produits médicaux fabriqués par les entreprises canadiennes qui ont été sollicitées par Ottawa dans le cadre de son « effort de guerre » pour contrer la COVID-19.

Joël-Denis Bellavance Joël-Denis Bellavance
La Presse

Des produits et des équipements qui mettraient normalement six mois avant d’obtenir le feu vert de Santé Canada ont été approuvés dans un délai record variant entre une journée et six jours, a affirmé mercredi la ministre de la Santé Patty Hajdu.

Depuis le début de la crise, Ottawa a donné son imprimatur à 113 entreprises qui produisent des équipements médicaux comme des masques, des gants et des blouses. De ce nombre, on compte 15 entreprises qui œuvrent dans la production de nouveaux tests de dépistage, a renchéri le premier ministre Justin Trudeau.

« Nous faisons tout ce qui est en notre pour avoir une réponse rapide made in Canada. Des milliers d’entreprises ont soumis une demande pour produire des équipements médicaux innovateurs, dont des tests de dépistage », a affirmé le premier ministre, soulignant au passage que le ministère de la Santé avait embauché de nouveaux employés pour accélérer la cadence.

Mais le chef intérimaire du Parti conservateur Andrew Scheer a rappelé au premier ministre Justin Trudeau qu’une cinquantaine d’entreprises sont prêtes à mettre la main la pâte, mais attendent toujours l’approbation du gouvernement canadien.

L’une de ces entreprises, BTNX, qui est située à Markham, dans la région de Toronto, et qui fabrique des tests de dépistage, a même obtenu un sceau d’approbation des autorités américaines, mais attend toujours le feu vert de Santé Canada, a déploré M. Scheer durant la période des questions.

Il a soutenu que de tels équipements permettant d’augmenter le nombre de tests de dépistage menés quotidiennement seront fort utiles dans les provinces qui commencent à rouvrir certains secteurs de leur économie comme le Québec et le Manitoba à compter du 4 mai.

« Des entreprises ont réussi à développer des tests sanguins qui permettent d’avoir des résultats en moins de 20 minutes. Ces tests ont été approuvés en Europe, en Asie et aux États-Unis. Mais au Canada, ils font encore l’objet d’un examen », a dit M. Scheer.

Mais le premier ministre a répondu que le gouvernement canadien avait l’obligation de faire sa propre évaluation et qu’il n’avait nullement l’intention « de compromettre la souveraineté canadienne ou la sécurité des Canadiens » en se fiant à l’analyse d’autres pays.

Ces réponses n’ont pas convaincu M. Scheer. « Le premier ministre prétend que c’est la souveraineté du Canada qui est en jeu. Mais c’est plutôt la bureaucratie et la paperasse », a-t-il soumis dans un courriel à La Presse.

L’approvisionnement de matériel médical a été l’un des sujets dominants de la période des questions qui a eu lieu mercredi aux Communes durant la séance du comité plénier sur la réponse du gouvernement à la COVID-19.

Pour leur part, le Bloc québécois et le NPD ont pressé le gouvernement Trudeau d’emboîter le pas au Danemark, à la Pologne et à la France, qui ont décidé de n’accorder aucune aide publique aux entreprises qui se livrent à l’évitement fiscal.

Le chef bloquiste Yves-François Blanchet et son collègue néo-démocrate Jagmeet Singh estiment qu’Ottawa ne devrait pas verser de subventions salariales aux entreprises canadiennes qui s’adonnent à une telle pratique.

Mais le premier ministre Justin Trudeau a répliqué qu’une telle démarche risquerait de causer davantage de tort aux travailleurs de ces entreprises en question. Il a expliqué qu’une surveillance accrue sera exercée pour mettre au pas les entreprises qui ne respectent pas les règles fiscales canadiennes.

« Les entreprises qui font de l’évitement fiscal font face à des conséquences dans notre système. Ça continue même pendant cette période de pandémie. Nous prenons des mesures sans précédent avec l’objectif d’aider les travailleurs canadiens à garder leurs emplois et les appuyer pendant cette période difficile. Un processus de vérification a été mis sur pied pour les demandes extraordinaires et inhabituelles. Parallèlement, la lutte contre l’évasion fiscale continue d’être une priorité », a dit M. Trudeau.