Les autorités sanitaires ont évacué d’urgence mercredi matin les 23 usagers d’une résidence privée de Montréal, dont 70 % des employés avaient quitté après qu’un bénéficiaire a été déclaré positif à la COVID-19, a appris La Presse.

Gabrielle Duchaine Gabrielle Duchaine
La Presse

Ariane Lacoursière Ariane Lacoursière
La Presse

La Résidence Bellerive, rue Notre-Dame est à Montréal, a un lourd passé. Elle a été visée par au moins trois rapports faisant état de négligence et d’inquiétudes pour la sécurité des résidants dans les dernières années. En avril 2019, La Presse relatait le parcours de cet établissement.

La ressource, certifiée selon le Registre des résidences privées pour aînés, peut accueillir jusqu’à 120 résidants en perte d’autonomie.  

Mais depuis que le CIUSSS de l’est-de-l’Île-de-Montréal avait décidé de ne plus confier d’aînés à la résidence Bellerive, le nombre de pensionnaires y a chuté drastiquement. Si bien qu’aujourd’hui, seule une vingtaine de personnes y étaient toujours hébergées.  

Le CIUSSS de l’Est-de-l’île-de-Montréal y exerçait depuis plusieurs semaines une surveillance accrue, selon Claude Riendeau, directeur du soutien à l’autonomie des personnes âgées du CIUSSS, qui affirme que des équipes s’y rendaient quotidiennement afin de s’assurer du bien-être des habitants. On a aussi fourni du personnel lorsqu’il en a manqué à cause de la crise actuelle.

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Une ambulance d'Urgences-santé et des policiers du SPVM sont venus prêter main-forte avec un transport.

« C’est un centre qu’on a accompagné longuement par le passé. Évidemment à 23 clients, c’est moins un défi que d’en avoir 150. Ils réussissaient à se conformer. À être certifiés. Ça fait quand même plusieurs mois qu’on suit cette résidence-là. On y va tous les jours. Il y a eu des équipes de la direction de la qualité. On savait que c’était fragile. Mais on n’avait pas de raisons il y a deux semaines de dire : on vide la place. »

Dimanche, les choses ont basculé. C’est le propriétaire qui a sonné l’alarme, indique M. Riendeau.  

Un résidant venait d’être déclaré positif à la COVID, faisant fuir une majorité des employés. « C’était une demande à l’aide. [Le propriétaire] nous indiquait très bien que c’était une situation d’urgence. Il nous demandait d’agir. Il mentionnait qu’il n’était plus capable de donner des soins. Il avait peur pour la sécurité de la clientèle. »

Le CIUSSS a envoyé des équipes en renfort le lundi matin. Tous les résidants ont été testés au cours des deux derniers jours. On attend les résultats. Les autorités sanitaires ont pris la décision d’évacuer.

La vingtaine de résidants a été déménagée mercredi matin par le CIUSSS, qui a obtenu un ordre d’éviction pour mener l’opération. Cela veut dire que les pensionnaires ne sont pas obligés d’honorer leur bail ou de payer leur loyer. Ça veut aussi dire qu’ils n’ont pas à y retourner s’ils ne le souhaitent pas.

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Un minibus de transport adapté quitte la Résidence Bellerive.

« De déléguer du personnel jour, soir, nuit, avec des cuisiniers, des employés en hygiène et salubrité, alors qu’on a des enjeux de personnel comme vous le savez… C’était plus facile de les relocaliser. De les prendre en charge complètement », dit Claude Riendeau.

Les résidants ont été transportés à l’hôtel des Gouverneurs de la Place Dupuis à bord de minibus de transport adapté du CIUSSS. Une équipe médicale et psychosociale les y attendaient.

Pour les usagers, le déménagement est un choc. « C’est ce qui m’attriste le plus. L’intervention a bien été, mais avec ces gens-là très vulnérables, c’est une expérience humaine difficile, dit M Riendeau. Ils ont été transférés en toute sécurité avec une présence humaine, mais ils s’en vont dans un site qu’ils connaissent pas. Ils comprennent pas tout. C’est clair qu’il y a un impact pour la clientèle mais on y est très sensible. »

Le propriétaire de la Résidence Bellerive, Guoji Shan, confirme que certains de ses résidants ont été déménagés à l’hôtel Place Dupuis au centre-ville. « On a eu peur de les contaminer donc on les a transférés », a-t-il dit mercredi midi à La Presse. M. Shan affirme que deux de ses résidants ont reçu des diagnostics positifs de COVID-19 au cours des derniers jours. Il a reconnu avoir perdu beaucoup d’employés mais n’a pas été en mesure d’évaluer ces absences. Il a demandé à la journaliste de le rappeler en après-midi pour plus de détails.

Vous avez un proche à la Résidence Bellerive de la rue Notre-Dame? Contactez notre journaliste Gabrielle Duchaine.