(Ottawa) Le Parti conservateur et le Bloc québécois exhortent le gouvernement Trudeau à refaire ses devoirs dans le dossier du programme d’aide aux étudiants de près de 9 milliards de dollars en y incorporant des incitatifs à l’emploi.

Joël-Denis Bellavance Joël-Denis Bellavance
La Presse

Ce programme d’aide, annoncé la semaine dernière par le premier ministre Justin Trudeau, prévoit notamment le versement d’une somme mensuelle de 1250 $, entre mai et août, aux étudiants qui ne pourront occuper un emploi à cause de la COVID-19.

Depuis le dévoilement de ce programme, les producteurs agricoles, les entreprises agroalimentaires et le gouvernement Legault ont multiplié les mises en garde sur ses effets pervers. Ils craignent notamment que l’aide fédérale ne vienne contrecarrer leurs efforts visant à pourvoir de nombreux emplois dans le secteur agricole – des emplois essentiels pour assurer la sécurité alimentaire au pays.

Les craintes sont d’autant plus vives que plusieurs entreprises ne pourront pas compter sur toute la main-d’œuvre habituelle, notamment les travailleurs étrangers temporaires du Mexique et du Guatemala, qui sont moins nombreux à venir au pays cette année en raison de la COVID-19.

Durant la toute première session parlementaire virtuelle de l’histoire du pays, mardi, le Parti conservateur et le Bloc québécois ont exhorté le gouvernement Trudeau à modifier son programme d’une manière à y inclure des incitatifs pour encourager les étudiants et autres travailleurs saisonniers à « travailler dans les champs », a notamment dit le député conservateur Gérard Deltell.

Le projet de loi visant à mettre en œuvre ce programme d’aide doit être débattu et adopté par la Chambre des communes mercredi durant une séance en personne des députés. Minoritaire aux Communes, le gouvernement Trudeau pourrait être contraint d’accepter certaines des demandes des partis de l’opposition s’il veut aller de l’avant.

« Pour bien des entrepreneurs, ils disent qu’ils ont un gros problème de main-d’œuvre. Ce n’est pas le problème de main-d’œuvre qu’on avait avant la crise. C’est un problème de main-d’œuvre qui est causé par l’aide gouvernementale. Ça peut paraître étrange, mais c’est cela, la réalité. Il a bien des Canadiens qui se disent : finalement, l’aide du gouvernement, c’est plus payant que d’aller travailler », a laissé tomber le député conservateur Gérard Deltell.

Le ministre des Finances, Bill Morneau, a convenu que cette situation représentait un défi, et qu’il voulait travailler de concert avec les provinces pour s’assurer que les emplois jugés essentiels soient pourvus.

« Mais si on veut relancer l’économie, il faut aller travailler. Il ne faut pas être payé pour rester à la maison et ne rien faire. C’est cela, relancer l’économie », a ajouté M. Deltell, qui a décidé de porter la barbe durant la COVID-19.

Le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, a également étalé les critiques au sujet des effets pervers du programme d’aide aux étudiants.

« Le Bloc québécois souhaiterait que dans le projet de loi, il y ait une provision pour que Québec puisse se prévaloir d’un droit de retrait avec compensation et sans condition puisque la mesure est réservée aux étudiants. Ce n’est pas une juridiction fédérale. Mais je m’incline. Québec ne l’a pas souhaité. Par contre, Québec a soulevé des craintes. Les chambres de commerce ont soulevé des craintes, les agriculteurs et les municipalités ont soulevé des craintes, à savoir que la mesure soit pour certains un désincitatif à l’emploi. Le Bloc québécois proposera donc une mesure qui ferait en sorte qu’il y ait un très fort incitatif à l’emploi », a dit M. Blanchet.

À titre d’exemple, il a suggéré qu’un étudiant qui reçoit l’aide mensuelle ne soit pas pénalisé sur les gains des premiers 1000 $ s’il accepte d’occuper un emploi dans une entreprise agricole.

Durant cette première session virtuelle marquée par quelques problèmes techniques souvent liés à la traduction dans l’autre langue officielle, près de 300 des 338 députés ont participé aux échanges à parti de leur domicile ou de leur bureau de circonscription, dont le premier ministre Justin Trudeau et la majorité de ses ministres. Quelques élus étaient dans leur bureau de député à Ottawa. Le président de la Chambre des communes, Anthony Rota, a dirigé habilement les échanges.

« Je crois que le Parlement virtuel est un succès et je nous en félicite d’avoir eu l’audace de le mettre en place. Ce n’est pas pareil comme être au Parlement, face à face, les uns avec les autres. Cela ne remplace pas durablement le Parlement bien réel avec les échanges pas toujours élégants, mais dans un cadre particulier. Mais c’est un atout et un supplément qui en d’autres circonstances peut être utilisé. Maintenant, notre devoir est d’en faire un véhicule de contenu », a-t-il commenté.

La session de mardi a été marquée de quelques faits cocasses, notamment lorsque l’alarme du téléphone intelligent du chef bloquiste a sonné alors qu’il discourait. En temps normal, il aurait été rabroué par le président des Communes.

« Bougez pas ! Un petit instant. Ce n’est pas un réveil », a-t-il affirmé, en reprenant immédiatement son discours sur l’absence de mesures fédérales adéquates pour venir en aide aux aînés durant la présente crise.