(Québec) Rouvrir des entreprises à compter du 4 mai et retourner au travail 500 000 personnes représente un « pari risqué », reconnaît le directeur national de santé publique, le Dr Horacio Arruda. Mais à ses yeux, il y a aussi un risque à maintenir très serré l’étau du confinement.

Tommy Chouinard Tommy Chouinard
La Presse

Ariane Krol Ariane Krol
La Presse

« Dans une société, il n’y a pas que les maladies infectieuses [qui] sont des déterminants de la santé. Moi, je veux éviter des suicides chez des propriétaires de PME, des divorces parce que ça va mal et de la violence faite aux enfants. Ça fait partie aussi des enjeux de santé qu’il faut être capables de mesurer », a expliqué le Dr Arruda mardi, alors que Québec a présenté son plan de réouverture des entreprises, 24 heures après celui des écoles primaires et des garderies.

PHOTO JACQUES BOISSINOT, LA PRESSE CANADIENNE

Le DHoracio Arruda, directeur national de santé publique

Il ne faut pas se faire d’illusions, selon lui : il y aura recrudescence de la transmission du coronavirus et « il va y en avoir, des éclosions », à partir du moment où « on rouvre un peu ». « Certains pourront avoir besoin d’être hospitalisés » et « il pourrait y avoir même des personnes qui décéderaient », a-t-il indiqué, disant espérer que « pas trop de gens vont mourir ».

La réouverture progressive « veut minimiser » ces impacts potentiels et rendre le risque « pondéré ». « On ne demande pas aux gens qui sont à risque de se déconfiner ou d’aller travailler », a ajouté le Dr Arruda.

En étapes

Les détaillants ayant un accès direct à l’extérieur et situés en dehors de la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM) pourront rouvrir leurs portes au public le 4 mai, a annoncé le gouvernement Legault. Ceux de la métropole et des couronnes nord et sud devront attendre la semaine suivante.

Le secteur manufacturier, lui, redémarrera en deux temps à partir du 11 mai. Le même jour, l’ensemble de l’industrie de la construction pourra reprendre ses activités.

« À ce moment-ci, on se limite à ces secteurs-là parce que sinon, ça va être trop de monde trop vite dans le système, puis Dr Arruda ne sera pas content », a reconnu le ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon.

Le Dr Arruda a répondu que sa « réticence » au sujet du déconfinement, « c’est de ne pas savoir ce qui va vraiment se passer et comment ça va se dérouler ». 

Je peux vous dire que les consignes ont été clairement établies. Le travail a été fait pour que les ouvertures ne se fassent plus du tout comme antérieurement.

Le Dr Horacio Arruda

Il a tenu à être « clair » : « il n’y a rien, rien qui va m’empêcher de faire une recommandation de reculer à un certain endroit si nécessaire », a-t-il affirmé.

« Si la population ne suit pas les consignes comme telles, je ne serai pas gêné de recommander le confinement de façon importante pour ne pas nous retrouver dans une situation où on aura à choisir entre monsieur Y et monsieur X, ou madame Y et madame X pour les soins intensifs. »

Selon le premier ministre François Legault, une réouverture graduelle permettra de mieux mesurer l’impact du déconfinement sur la contagion et la situation dans les hôpitaux. « C’est important qu’on garde le contrôle », a-t-il insisté.

Limiter les contacts

Pierre Fitzgibbon a signalé que « tous les employés des entreprises manufacturières, de commerce et, en fait, de tous les secteurs qui sont en mesure de faire du télétravail devront continuer à le faire ».

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Pierre Fitzgibbon, ministre de l’Économie

Les centres commerciaux devront rester fermés pour l’instant, afin d’éviter les risques de rassemblements. Les restaurants, les salons de coiffure et les autres commerces de soins personnels demeurent aussi « sur pause ». Les secteurs culturel et touristique devront également patienter. « Ils feront ultérieurement l’objet de communications spécifiques en ce qui a trait à leur réouverture et aux modalités entourant celle-ci », a indiqué le gouvernement.

• 500 000
Nombre de travailleurs, parmi les 1,2 million de personnes en arrêt à cause du coronavirus, qui pourront se remettre au boulot avec le déconfinement annoncé mardi, selon Pierre Fitzgibbon

François Legault a expliqué qu’il faut rouvrir les entreprises, car « on a besoin de revenus pour être capables de se payer des services ». « Les gens pourraient aussi se révolter » si le confinement reste tel quel, a dit le Dr Arruda. Comme « le virus est ici pour longtemps », un équilibre doit être trouvé, selon lui.

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François Legault, premier ministre du Québec

Il reste néanmoins que les rassemblements vont rester interdits. « Faire des partys de famille, on peut s’en passer pendant un certain temps », a soutenu François Legault. « Je comprends que ce n’est pas bon pour la santé mentale, puis que les gens ont hâte de se retrouver, mais bon, les personnes doivent rester à deux mètres puis idéalement, ne pas être trop longtemps dans la même pièce même si elles sont à deux mètres. Donc, si on veut sauver, si on veut être capables d’épargner les personnes vulnérables, il faut maintenir ces consignes-là. »

Les réactions de l’opposition

Ce plan va tenir la route si, et seulement si, on est capables d’avoir de la protection pour les employés dans toutes les industries et les commerces et si on a une claire stratégie de tests. […] Toutes les juridictions qui ont fait un déconfinement minimalement réussi, elles ont ça. Il faut qu’on ait des protocoles clairs.

Dominique Anglade, députée et candidate à la direction du Parti libéral du Québec

La priorité du gouvernement doit être d’assurer la santé et la sécurité des gens qui retournent travailler, et de prévoir des mécanismes pour préserver les emplois de ceux et celles qui ne sont pas en mesure de revenir sur leur lieu de travail. Il n’est pas question de forcer qui que ce soit à un retour au travail si on ne respecte pas à 110 % les consignes du guide sanitaire de la CNESST.

Vincent Marissal, député de Québec solidaire

Les conséquences économiques de la COVID-19 sont très grandes et plongent les entrepreneurs québécois dans la plus grande incertitude. Ils auront besoin d’accompagnement pour se remettre sur pied, car des tonnes de questions sur les mesures spécifiques vont surgir. [Le Parti québécois suggère] la mise en place d’une ligne d’information 1 800 DÉCONFINEMENT.

Martin Ouellet, député du Parti québécois

– Martin Ouellet, député du Parti québécois

Propos recueillis par Tommy Chouinard et Fanny Lévesque, La Presse