Le gouvernement québécois est loin d’être le seul à soupeser actuellement les tenants et aboutissants d’un retour en classe, puisque plus d’une centaine d’États ont fermé en mars leurs écoles pour lutter contre la pandémie de COVID-19. Alors que le Danemark a décidé d’aller de l’avant et que la France s’apprête à lui emboîter le pas, des pays inquiets optent pour la prudence ou font carrément marche arrière. 

Marie-Eve Morasse Marie-Eve Morasse
La Presse

Marc Thibodeau Marc Thibodeau
La Presse

Taiwan

Le coronavirus n’a pas tant bouleversé le quotidien des enfants taïwanais, notamment parce que les écoles n’ont jamais été fermées. Quand les premiers cas ont été signalés, des mesures de prévention ont rapidement été prises dans le pays, gravement touché par l’épidémie de SRAS en 2003. 

Mario Gauthier enseigne à la maternelle et au primaire dans une école de Taipei depuis quatre ans. À son école, il y a prise de température corporelle chaque matin pour les enseignants et les enfants. L’après-midi, après la sieste des petits, la température est reprise. Quant au masque, il est obligatoire pour tous les élèves de Taiwan. 

Ça se fait, enseigner avec un masque ? « On s’habitue. On a divers types de masques, et il y en a qui sont plus confortables que d’autres », observe Mario Gauthier. Les enfants le portent sans rechigner. « C’est dans la culture, ils ont l’habitude de le porter quand ils sont malades », dit-il. 

En fait, les enfants semblent parfois plus disciplinés que les adultes, indique son conjoint, Jean-Pierre Montreuil, qui enseigne à des jeunes de 6 à 14 ans. « Après cinq heures d’enseignement, parfois la voix porte moins et on a l’habitude d’enlever le masque, mais les enfants nous disent : “Votre masque, votre masque !” », raconte-t-il. 

À l’heure du lunch, des séparateurs sont installés sur les tables. Et on ne badine pas avec les symptômes. « Un enfant est rentré une journée et il avait des écoulements nasaux : l’école a appelé les parents, ils ont sorti l’élève de la classe et ils ont tout désinfecté », poursuit M. Montreuil. Conséquemment, le couple a l’impression que la COVID-19 n’a pas tant changé leur vie. Les inconvénients sont minimes, les deux mètres de distanciation ne sont pas imposés. « On se sent moins pénalisés », conclut Jean-Pierre Montreuil.

Danemark

Le pays scandinave de 6 millions d’habitants, qui a enregistré 8700 cas d’infection et 430 décès depuis le début de la pandémie, a rouvert partiellement ses écoles à la mi-avril, et est ainsi devenu l’un des premiers à procéder au déconfinement. La première ministre, Mette Frederiksen, a relevé que la mesure s’appliquerait d’abord aux enfants d’âge primaire, dont la prise en charge représente, dit-elle, un plus lourd fardeau. L’ensemble des élèves doit être de retour en classe à la mi-mai, selon le plan annoncé par la politicienne, qui a pris soin de préciser que toute personne « le moindrement malade » serait tenue de rester à la maison. 

Son annonce a suscité des réactions partagées dans la population. Des milliers de personnes se sont jointes à un groupe Facebook clamant que leurs enfants ne seraient pas utilisés comme des « rats de laboratoire » face à la COVID-19, d’autres ont accueilli avec enthousiasme la perspective d’un retour à un semblant de normalité. Les écoles qui ont rouvert leurs portes ont introduit des contrôles sanitaires et des mesures visant à maintenir la distanciation physique, dont la création de groupes d’élèves restreints et le marquage au sol dans les espaces communs.

France

Le président de la République, Emmanuel Macron, a annoncé il y a deux semaines qu’écoles, collèges et lycées du pays seraient progressivement ouverts à compter du 11 mai tout en écartant jusqu’à l’automne toute reprise « physique » des cours dans les universités. Il a notamment fait valoir que la situation actuelle ne pouvait perdurer puisqu’elle « creus[ait] les inégalités » entre les enfants, ceux des quartiers défavorisés et des campagnes ne pouvant avoir accès à l’enseignement à distance. 

Sa décision a suscité une levée de boucliers chez nombre de parents et d’enseignants, qui s’inquiètent des risques de contamination après que le pays a subi plus de 25 000 décès. Le conseil scientifique chargé de conseiller le gouvernement sur la gestion de la pandémie a pris le chef d’État à contrepied en fin de semaine en affirmant dans un avis qu’il serait préférable de garder les établissements fermés jusqu’en septembre en raison des risques de transmission « importants » du virus. Les membres du conseil ont avancé une longue série de conditions sanitaires à respecter dans le cas contraire, ce qui a alimenté le scepticisme des syndicats d’enseignants face à la faisabilité du retour en classe.

Italie

Le pays a été frappé de plein fouet par le nouveau coronavirus, qui a officiellement infecté 200 000 personnes et entraîné la mort de près de 27 000 personnes. Alors que le nombre de décès quotidiens a atteint près de 1000 au pire de la crise, il est aujourd’hui en recul et frôle la barre des 300. L’évolution est considérée comme encourageante par le gouvernement du premier ministre Giuseppe Conte, qui a promis à la population des allègements majeurs après de longues semaines de strict confinement. 

L’État demeure cependant sur ses gardes par crainte d’une nouvelle flambée de cas et a écarté dans cette perspective tout retour en classe avant septembre. « Tous les scénarios préparés par un comité d’experts prévoyaient des risques élevés de contagion en cas de réouverture », a plaidé M. Conte. Cette prudence s’inspire notamment par l’importance de la cohabitation intergénérationnelle dans le pays. La contamination potentielle des enfants devient encore plus problématique puisqu’ils risquent d’infecter leurs grands-parents, particulièrement vulnérables face à la pandémie.

Japon

Le premier ministre du Japon, Shinzo Abe, a pris la population par surprise à la fin de février en réclamant la fermeture des écoles pour un mois alors que le pays ne comptait que 210 cas d’infection et 4 morts. Le geste avait été perçu par de nombreux analystes comme une réponse politique aux critiques relatives à sa gestion hésitante et une tentative pour rassurer la communauté internationale relativement à la tenue à l’été des Jeux olympiques. 

Après avoir constaté une embellie de la situation sanitaire, un comité d’experts a conclu en mars qu’il n’y avait pas lieu de prolonger la fermeture dans les endroits où l’infection ne gagnait pas de terrain, ce qui a mené, au début du mois d’avril, à la réouverture des établissements de certaines régions sur ordre des élus locaux. 

Une recrudescence de cas ayant forcé le premier ministre à déclarer l’état d’urgence dans des régions à forte densité urbaine au début d’avril est cependant venue perturber de nouveau le calendrier scolaire. Son élargissement à l’ensemble du pays à la mi-avril signifie que les écoliers japonais, pour l’heure, demeurent largement confinés à la maison.