Il n’y a pas que le nombre de morts qui augmente dans les salons funéraires. Les factures explosent aussi. Évoquant des frais supplémentaires liés à la protection des employés, certaines entreprises funéraires ont imposé des hausses de tarifs allant de 60 $… à 895 $ par dépouille. 

Tristan Péloquin Tristan Péloquin
La Presse

Michel Phaneuf en a fait le constat la semaine dernière, lorsqu’il a reçu la facture pour la crémation de sa tante, morte à 87 ans des suites d’une fracture de la hanche.

La dame habitait dans un foyer d’accueil épargné par la COVID-19 et rien n’indique qu’elle ait été infectée, affirme M. Phaneuf, son exécuteur testamentaire.

Pourtant, un « surplus en lien avec la COVID-19 » de 400 $ a été ajouté à la facture de services funéraires qu’il a reçue. « Je ne cherche pas à récupérer ces 400 $, dit M. Phaneuf, mais je pense que les gens ont droit d’avoir l’heure juste sur ce qui se passe. »

Le salon funéraire Roussin, de Vaudreuil-Dorion, qui a pris en charge la dépouille, dit faire preuve de transparence auprès de ses clients.

Je suis la moins chère dans la région, mais là, je n’arrive plus dans mes frais, et je l’explique aux gens.

Annie Dubé, propriétaire du salon funéraire Roussin

Preuves documentaires à l’appui, elle indique qu’un des transporteurs funéraires avec lesquels elle fait affaire lui facture le double de ce qu’il exige en temps normal pour récupérer une dépouille, en raison du temps nécessaire pour décontaminer son véhicule. Mme Dubé dit assumer une perte sur chaque transport. C’est sans compter l’équipement de protection qu’elle doit fournir aux travailleurs. 

La Corporation des thanatologues, qui représente une centaine d’entreprises funéraires, estime que le prix de certains de ces équipements est cinq à dix fois plus élevé qu’en temps normal, en raison de la forte demande mondiale provoquée par la pandémie. « Ça me coûte 95 $ de plus juste pour chaque habit de protection, qui doit être jeté après chaque usage », précise Mme Dubé.

Cercueils de bois obligatoires

Un des crématoriums sous-traitants avec qui son salon fait affaire exige aussi que les dépouilles destinées à la crémation soient désormais toutes transportées dans un contenant scellé en bois aggloméré, plutôt que dans une boîte de carton. « Peu importe pour quel défunt, COVID ou non, ils l’exigent », soutient Mme Dubé.

Ces cercueils temporaires coûtent 275 $ en temps normal, mais Mme Dubé facture 105 $ à ses clients. « Je facture le prix coûtant », assure-t-elle.

La Direction de santé publique permet pourtant l’usage de boîtes de carton pour tous les cas de COVID-19, pourvu que la dépouille soit enveloppée dans un linceul de plastique doublé. Plusieurs entreprises funéraires refusent cependant de les utiliser, par crainte d’écoulements de fluides potentiellement contaminés lorsque les contenants s’accumulent dans les chambres réfrigérées en raison de l’explosion de la demande.

« Mettre la dépouille dans un double linceul de plastique, pour les travailleurs funéraires, ce n’est pas très digne. On ne travaille pas avec ça normalement », indique par ailleurs Annie Saint-Pierre, directrice générale de la Corporation des thanatologues. « Il y a même des CHSLD qui n’ont tout simplement pas de linceuls. Il y a une problématique d’approvisionnements à certains endroits », affirme-t-elle.

Hausses de tarifs variables

La plupart des salons funéraires de la région montréalaise joints par La Presse ces derniers jours ont indiqué avoir enregistré une hausse de 50 % à plus de 100 % des décès au cours de la dernière semaine par rapport à l’année précédente. 

La hausse de tarifs est cependant très variable d’une entreprise à l’autre.

La chaîne Magnus Poirier impose une surcharge de 895 $ pour le transport des dépouilles de personnes mortes de la COVID-19. « Nous devons prendre plusieurs mesures spéciales, comme nettoyer les civières et l’intérieur des camions après chaque transport, justifie son vice-président, Pierre Savard. Il y a aussi des frais liés à la désinfection des chambres réfrigérées. »

La Coopérative funéraire du Grand Montréal, qui continue pour sa part d’utiliser les cercueils de carton, dit avoir limité volontairement la hausse de tarifs à 60 $ par dépouille. 

On ne croit pas qu’il y a un risque supplémentaire avec les dépouilles de personnes mortes de la COVID-19. Il y en a qui essaient de se graisser la patte.

Caroline Cloutier, porte-parole de la Coopérative funéraire du Grand Montréal

La chaîne Athos, qui regroupe les enseignes Urgel Bourgie et Lépine Cloutier, affirme quant à elle n’imposer aucuns frais supplémentaires. « Tout le monde est victime de cette crise. Nous faisons le choix d’assumer les coûts supplémentaires. Ce n’est pas aux familles, qui vivent un drame, d’en payer les frais », affirme le vice-président, Patrice Chavegros.

La Corporation des thanatologues assure qu’aucune plainte n’a été acheminée à son comité de déontologie en lien avec les hausses de tarifs de certains de ses membres depuis le début de la crise. « Les familles des défunts vivent une situation d’une grande tristesse, mais la plupart comprennent que l’industrie des services funéraires est un marché privé, et que nous n’avons aucun soutien financier pour faire face à cette situation. »