(Québec) Les écoles primaires rouvrent, certaines entreprises aussi, mais le début du déconfinement ne doit pas nous mener à ne plus respecter la distanciation physique. Le gouvernement Legault a prévenu les Québécois, lundi : les rassemblements sont toujours interdits, et ne pas respecter les consignes pourrait nous ramener à des mesures musclées. 

Hugo Pilon-Larose Hugo Pilon-Larose
La Presse

Gabriel Béland Gabriel Béland
La Presse

Avec le printemps qui s’installe, la tentation de se rassembler dans les parcs ou dans l’arrière-cour devient vive. Mais ce n’est « pas encore le temps de faire des partys ou des repas de famille », et « si la population ne participe pas au maintien de [la] distanciation, […] on va être obligés de reconfiner de façon intensive », prévient Québec. 

La mise en garde a été solennellement lancée lundi par le directeur national de santé publique, le DHoracio Arruda. « Ce n’est pas le temps de se faire des hugs » ni de nous rassembler, a-t-il résumé.

PHOTO JACQUES BOISSINOT, LA PRESSE CANADIENNE

Danielle McCann, Horacio Arruda et François Legault

« Je demande aux gens : gardez s’il vous plaît une distance de deux mètres entre vous. […] Si nous avons des rassemblements dans les parcs à Montréal, il faudra voir comment on peut y mettre fin, parce que c’est une situation risquée », a-t-il affirmé au lendemain d’un week-end ensoleillé où de nombreux parcs étaient bien fréquentés. 

La consigne est la même pour ceux qui inviteraient leurs amis et leur famille pour un BBQ dans la cour, même en gardant leurs distances. 

Avec le printemps, avec le beau temps, ça va être difficile de rester enfermés, mais il va falloir le faire encore parce que sinon, notre opération graduelle [de reprise] va être annulée.

Le Dr Horacio Arruda

Vers la fin des barrages interrégionaux ?

Chose certaine, ce premier pas vers le déconfinement devrait avoir des répercussions sur les routes du Québec. Les barrages interrégionaux sont sur le point de disparaître, a laissé entendre le directeur national de santé publique.

« Pour ce qui est des barrages routiers, habituellement, quand on déconfine, on commence à être moins dans la contrainte », a-t-il indiqué. « Quand on commence, si vous me permettez, à ouvrir le rhéostat, ces genres de mesures coercitives-là, on essaie de les diminuer. »

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, ARCHIVES LA PRESSE

On ne sait pas encore quand les barrages policiers disparaîtront, ni si l’interdiction des déplacements interrégionaux sera levée à temps pour les vacances d’été.

Les barrages routiers mis en place dès le 1er avril visent notamment à refouler les voyageurs qui se déplacent vers des régions « fermées » pour des raisons non essentielles.

La Santé publique n’a pas donné plus de détails, lundi. On ne sait pas encore quand ces barrages disparaîtront, ni si l’interdiction des déplacements interrégionaux sera levée à temps pour les vacances d’été.

Le Dr Arruda a laissé entendre que des restrictions pourraient rester de mise, même sans barrages. « Quand on déconfine […], on laisse les gens avoir un jugement. »

« Mais si jamais on se rend compte qu’il y a un mouvement très important d’une région à l’autre, particulièrement d’une région chaude vers les régions froides, on verra à ce moment-là s’il ne faut pas reconfiner », a tout de suite ajouté le Dr Horacio Arruda.

Des maires veulent une « protection interrégionale » 

Des maires et mairesses ont exprimé leurs réticences quant à l’ouverture subite de régions où la COVID-19 est très peu présente.

Certains préfets dans des zones plus “froides” souhaitent une certaine protection interrégionale. Ce que j’ai entendu, c’est qu’ils ne souhaitent pas à ce moment-ci une ouverture at large de toutes les régions.

Suzanne Roy, mairesse de Sainte-Julie et présidente intérimaire de l’Union des municipalités du Québec

« Oui, ils veulent un déconfinement des commerces locaux, ils veulent que les enfants retournent à l’école, mais ils souhaitent quand même une grande prudence pour la santé de leurs citoyens », dit-elle.

Et les chalets, dans tout ça ? Va-t-on permettre aux Montréalais, par exemple, de se rendre au leur dans les Laurentides ? Encore une fois, il faut tenter de lire dans les déclarations des autorités comme dans le marc de café.

PHOTO GETTY IMAGES

Concernant l’accès aux chalets, la Santé publique continue d’évaluer la question, notamment en considérant l’état de la transmission communautaire de la COVID-19 dans la région de Montréal.

« Je sais qu’il va y avoir des questions puis des débats, puis il y aura certains enjeux en lien avec les chalets, a dit le DArruda. On va être à évaluer la situation. Mais il faut nous donner le temps de regarder qu’est-ce qui se passe dans la région montréalaise en termes de transmission communautaire avant de prendre une décision éclairée. »

À quoi ressemblera l’été ? 

À Québec, le directeur de santé publique pour le CIUSSS de la Capitale-Nationale, François Desbiens, ne nourrissait pas l’espoir des estivants. 

« Les consignes vont être les mêmes : si vous avez un chalet, vous n’allez pas dans votre chalet, vous limitez vos déplacements », a-t-il dit. 

Le DDesbiens croit qu’il sera possible de faire quelques activités au cours de l’été, alors que les Québécois tenteront tout de même d’avoir des vacances dans le contexte de la pandémie de COVID-19.

PHOTO PATRICE LAROCHE, LE SOLEIL

Le Dr François Desbiens, directeur de santé publique de la Capitale-Nationale

« Certaines activités sociorécréatives génèrent peu de contacts. Imaginons que je suis un pêcheur et que je pars avec quelqu’un avec qui j’ai été confiné. Je pars sur un lac dans un chalet, j’amène ma bouffe et je pêche pendant trois jours, et je reviens chez moi. J’ai l’impression que je n’ai pas contaminé grand-monde », a-t-il illustré. 

« C’est différent [que] de jouer au bridge avec quatre personnes toute une soirée. On devrait être en mesure de faire des choses. Ça devrait être annoncé bientôt. Il y a des activités qui ne sont génératrices d’aucun contact. Je pense qu’en tant que directeurs de santé publique, on va être capables de les mettre de l’avant bientôt », a-t-il ajouté. 

François Legault a pour sa part affirmé lundi que la réouverture graduelle de l’économie se ferait tant et aussi longtemps « qu’on garde le contrôle dans nos hôpitaux ». À ce jour, si la crise demeure aiguë dans les CHSLD, le nombre de patients atteints du coronavirus qui sont soignés aux soins intensifs est maîtrisé. 

Or, le premier ministre a fortement nuancé toute la question de l’immunité collective, alors que Québec préparait la semaine dernière la population au déconfinement en affirmant que rouvrir les écoles était une stratégie pour atteindre cette immunité afin de se protéger d’une deuxième vague de nouveaux cas de COVID-19 à l’automne. 

« Il y a des experts qui pensent que d’avoir la COVID-19, puis d’en être guéri, ça pourrait immuniser. C’est ce qu’on souhaite, tout le monde, parce que sinon, ça pourrait même être difficile de penser, à un moment donné, avoir un vaccin », a dit M. Legault.

« Par contre, ce n’est pas prouvé. Donc on ne doit pas prendre notre décision sur cette base-là, mais ça sera un bénéfice secondaire si jamais ça peut être le cas », a-t-il ajouté.