La belle journée de samedi nous a donné un très bon aperçu de la manière dont nous vivrons la COVID-19 au cours des prochains mois. Car ça va faire, la vie dans les tanières ! Ça va faire, le Campari soda devant Zoom ! Ça va faire, le niaisage sur YouTube !

Mario Girard Mario Girard
La Presse

Les rues de Montréal ont été prises d’assaut par des milliers de piétons, de cyclistes, d’automobilistes et de tout ce qui pouvait rouler et bouger. Les Montréalais ont envie de prendre l’air, ont envie de sortir de leur confinement. Ils ont envie de montrer que l’on peut apprendre à vivre avec ce satané virus.

J’ai passé une bonne partie de la journée à me promener dans divers quartiers de Montréal. Il y avait du monde partout. Le Vieux-Montréal, le parc La Fontaine, le boulevard Saint-Laurent, l’avenue du Mont-Royal, la rue Ontario, la rue Sainte-Catherine. Dans chaque recoin de la ville, ça fourmillait.

La ville est sale, raboteuse et pas très sexy, mais de nombreuses personnes ont profité des trottoirs élargis créés un peu partout dans la ville pour se balader à leur aise. Il y a deux semaines, quand j’ai vu le premier corridor sanitaire créé sur l’avenue du Mont-Royal en guise de projet pilote, je me suis dit qu’on en faisait un peu trop.

PHOTO MARTIN TREMBLAY, LA PRESSE

Des passants empruntant le corridor sanitaire créé sur l’avenue du Mont-Royal, samedi

Les choses vont changer au fur et à mesure que le mercure va grimper. Sur Beaubien, je me suis entretenu avec Yan Daigneault et Cindy. Le jeune couple se baladait avec leur progéniture confortablement assise dans une poussette. « C’est une excellente idée. On trouve ça utile. Ça nous sécurise », pensent-ils.

Quelques minutes plus tard, trois amis, Charles, Alexis et Minh sont passés. Deux marchaient dans la partie qui est dans la rue et un autre sur le trottoir. « Vous voyez, ça nous permet de marcher tous les trois à une distance réglementaire », m’a dit Charles.

PHOTO MARTIN TREMBLAY, LA PRESSE

Des marcheurs et des cyclistes ont profité du soleil printanier, samedi, près du canal de Lachine.

Un couple croisé sur la rue Fleury n’avait que des éloges. « On aurait dû faire cela plus tôt », m’a dit la femme.

Les balises de ces corridors tracés avec des moyens de fortune sont faites de diverses choses : clôtures, murets de béton, cônes orange et tout ce qui a pu tomber sous la main des arrondissements. On en trouve 36 au total répartis dans cinq arrondissements. La Ville songe à en créer d’autres au cours des prochaines semaines.

On verra si cela sera vraiment nécessaire. Dans un contexte d’immunité naturelle, est-ce que ces précautions seront utiles ? Et puis, il faut se le dire, ces corridors priveront les commerçants d’un nombre important de places de stationnement lors qu’ils rouvriront leurs portes. Les propriétaires de boutiques et de restaurants auront besoin de soutien et d’aide dans quelques jours. Et ils ne se gêneront pas pour le dire.

Et puis, il y a un petit bordel à prévoir avec les cyclistes qui prennent déjà ces corridors pour des pistes cyclables. J’ai vu un bras de fer se dessiner à l’horizon. Pour les cyclistes, ça complique les choses. Si on les oblige à rouler presque au milieu de la voie, leur sécurité est en jeu.

Disons que la mairesse Valérie Plante a un beau casse-tête devant elle.

Le BIXI sans les mains

Le BIXI, en place depuis quelques semaines, était très populaire hier. Sur la quinzaine de stations que j’ai vues, plus de la moitié étaient presque vides. Alors que certains se demandaient si la présence du coronavirus allait freiner les habitués de ce moyen de transport dans leur élan, je peux vous dire que ce n’est absolument pas le cas.

Mais qu’en est-il du respect des règles sanitaires (nettoyer le vélo avec une lingette avant l’utilisation) demandées par BIXI ? Disons que ça va de l’insouciance la plus totale à une vigilance civilisée. Rencontrée à la station située devant le Super C de la rue Atateken, Pierre a enfourché son BIXI les mains nues, sans avoir, au préalable, désinfecté les poignées. « Ça ne me fait pas peur. Mais je vais tenter de me désinfecter les mains au retour. »

Idem pour deux Montréalaises d’origine allemande et brésilienne rencontrées dans le Vieux-Montréal. « C’est à eux de nous fournir les lingettes », ont-elles dit. Quelques minutes plus tard, une autre cycliste, Albane, regrettait de n’avoir rien apporté.

Tout le contraire de Marc et Ivetta Fournel qui sont arrivés avec un impressionnant attirail : Lysol, Purell, alcool, gants, masques et essuie-tout. Plus équipé que ça, tu pars en mission avec David Saint-Jacques !

« On désinfecte le vélo avant, mais aussi après notre balade, m’a dit Marc. On pense à ceux qui vont le louer après nous. » Chapeau, monsieur-dame !

Sans doute pour se donner bonne conscience, la direction de BIXI a demandé aux usagers de louer les vélos uniquement pour des besoins essentiels !

Euhhh ! ! !

« J’ai du mal à démêler certaines choses, m’a dit Marc Fournel. On nous dit ça et on nous demande d’aller prendre l’air en même temps. Je ne comprends plus rien. »

En effet, on n’en est pas à la première contradiction dans cette crise.

Le cas Montgomery

Restons dans le sujet municipal et de la vie urbaine et parlons un peu de la mairesse de Côte-des-Neiges–Notre-Dame-de-Grâce, Sue Montgomery. Les élus de cet arrondissement ont dû encore une fois mettre le pied dans la porte de la controversée mairesse.

Suivez-moi bien…

Un rapport du contrôleur général de la Ville de Montréal a démontré que la directrice de cabinet de la mairesse, Annalisa Harris, avait fait preuve de harcèlement psychologique à l’endroit de deux employés, dont le directeur de l’arrondissement Stéphane Plante.

Le rapport a ordonné qu’il n’y ait aucune communication entre Mme Harris et les deux employés.

Qu’a fait Sue Montgomery ? Elle a organisé jeudi une rencontre virtuelle entre élus et fonctionnaires, à laquelle Annalisa Harris et Stéphane Plante étaient conviés. Ce dernier a refusé de participer à la réunion.

Qu’a fait Sue Montgomery ? Elle l’a suspendu sans solde jusqu’au 5 mai.

Je précise que la mairesse a posé ce geste alors que son arrondissement est particulièrement frappé par la crise de la COVID-19.

Heureusement, les membres du conseil ont agi rapidement. Lors d’une réunion extraordinaire vendredi soir, il a été décidé que Stéphane Plante pouvait réintégrer son poste.

Ou bien Sue Montgomery n’a rien compris des conclusions du rapport. Ou bien elle est de mauvaise foi. Ou bien elle veut obtenir le titre de la pire mairesse d’arrondissement de l’histoire de la Ville de Montréal.

Si c’est cela que vous désirez, Mme Montgomery, lâchez pas, c’est bien parti.