Voilà plusieurs jours maintenant qu’a commencé à circuler cette constatation dans les médias du monde entier, mais j’ai tardé à me faire une opinion tranchée sur la question.

Marie-Claude Lortie Marie-Claude Lortie
La Presse

Je parle ici de ce constat que parmi les pays ayant le mieux répondu à la crise, il y en a un nombre marqué qui sont dirigés par des femmes. Angela Merkel en Allemagne, Jacinda Ardern en Nouvelle-Zélande, Katrín Jakobsdótti en Islande, Mette Frederiksen au Danemark, Tsai Ing-wen à Taïwan, Sanna Marin en Finlande et Erna Solberg en Norvège ont toutes, à leur façon, permis à leur pays de limiter la crise hospitalière et cherché à amoindrir avec humanité le choc économique.

Certes, c’est une nouvelle qui devrait me réjouir, comme féministe qui écrit depuis des années sur l’importance de mettre en place les conditions nécessaires pour permettre aux femmes d’accéder aux postes de pouvoir.

Mais le côté « regardez comme on est bonnes, on vous l’avait dit qu’on était capables nous aussi » de cette nouvelle m’agace. C’est comme si on attendait une telle constatation pour justifier qu’on avait raison de vouloir accéder au pouvoir.

Les femmes ne devraient pas, comme des ados, avoir à chercher l’approbation de quiconque.

On ne devrait pas être étonné de l’efficacité de toutes ces chefs de gouvernement en temps de gestion de crise.

D’autant que ce n’est pas une catégorie exclusive réservée aux femmes.

Beaucoup de chefs de gouvernement ont bien géré la crise. En Corée du Sud, au Salvador, à Singapour, par exemple. Évidemment, ce ne sont pas toutes des démocraties parfaites. Et parfois, ne pas avoir trop d’opposition aide à l’efficacité.

Mais ce que je veux dire, c’est que les femmes sont de bonnes leaders dans un groupe de bons leaders. Les isoler donne l’impression que ça va contre les attentes.

Et les sous-entendus du constat m’enquiquinent aussi. « On est meilleures parce qu’on est comme si ou comme ça. »

Non, on n’est pas meilleures parce qu’on est plus ou moins quoi que ce soit. Les femmes sont bonnes parce qu’elles sont bonnes et l’analyse devrait s’arrêter là, parce que le reste, c’est souvent un paquet de généralisations et de stéréotypes. C’est souvent réducteur. Entre Margaret Thatcher et Jacinda Ardern, il n’y a pas immensément de points communs et on ne devrait pas avoir à en trouver.

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En revanche, ce que la crise fait surtout ressortir, je trouve, c’est que les hommes sont franchement surreprésentés dans la catégorie des leaders irresponsables et particulièrement inefficaces. Voire tragiquement incompétents.

Et je pense ici, bien sûr, à Donald Trump en premier lieu. Celui qui essaie aujourd’hui de nous faire croire qu’il n’a pas dit que le désinfectant par intraveineuse et la thérapie solaire méritaient d’être étudiés, car ils pourraient être efficaces contre le virus. Et qui dirige le pays où il y a maintenant le plus de cas dans le monde.

Mais il n’est pas le seul à faire un boulot médiocre. Il y a aussi Jair Bolsonaro, au Brésil, qui critique les mesures de distanciation sociale, le confinement et autres politiques de lutte contre la propagation du virus.

PHOTO UESLEI MARCELINO, REUTERS

Jair Bolsonaro lors d’une manifestation anticonfinement à Brasília

Récemment, il a carrément participé à une manifestation promilitaire et anticonfinement à Brasília.

Et les dirigeants de l’Indonésie sont aussi particuliers. Saviez-vous qu’en février, le ministre de la Santé de ce pays prétendait encore qu’il n’y avait aucun cas chez lui et que la prière était une façon de prévenir le virus ?

On ne peut pas dire non plus que Boris Johnson, au Royaume-Uni, lui-même frappé par le virus, a été génial avec sa lenteur à prendre le problème au sérieux. Et Vladimir Poutine vous impressionne-t-il ?

Mais est-ce un hasard si les hommes sont surreprésentés dans cette catégorie absurde ?

Ça non.

S’ils sont en première place, c’est parce que les obstacles qui se présentent sur le chemin des femmes qui veulent être leaders préviennent l’accession au pouvoir d’illuminées.

Pour être élue, une femme doit tellement avoir montré et démontré mille fois qu’elle est compétente que rares sont les femmes non diplômées, non expérimentées et non formées qui accèdent aux plus hauts postes juste parce qu’elles ont une grande gueule, des relations louches et une grande folie. (Sarah Palin, brièvement gouverneure d’un tout petit État américain, l’Alaska, est la seule exception qui me vient ici à l’esprit pour confirmer la règle.)

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Vendredi matin, en lisant les reportages sur les incongruités prononcées par Donald Trump au sujet du désinfectant, je me suis surtout reposé la question que je me pose depuis octobre 2016. Pourquoi est-il là ? Qui sont ceux qui l’ont porté au pouvoir et qui le gardent au pouvoir ?

Je sais que les médias américains ont un travail à faire pour documenter la profondeur et l’étendue de l’anormalité du personnage et la fausseté de tant de choses qu’il peut dire dans une journée, mais quand même, on commence à le savoir que le gars est dans le champ grave.

N’est-ce pas le temps de nous expliquer beaucoup plus et beaucoup mieux qui sont ceux qui empêchent cet important pays de retomber sur ses pattes avec un chef d’État digne de ce nom ?

Ces gens qui ont empêché les États-Unis d’avoir une vraie personne compétente à leur tête ? Quelqu’un qui avait l’expérience, le savoir, le tempérament pour mener cette grande puissance dans l’effort sanitaire actuel.

Si vous cherchez une bonne série à regarder pendant le Grand Confinement, regardez le documentaire sur Hillary Clinton diffusé sur Netflix.

C’est bouleversant.

PHOTO RICHARD SHOTWELL, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

Hillary Clinton

La documentation minutieuse de l’injustice dont elle a été victime est difficile parfois à digérer, mais importante à comprendre. Parce que la crise mondiale causée par le virus n’aurait probablement pas été la même si le leader de cette immense puissance avait été une personne compétente.

Je ne crois pas que les femmes soient nécessairement de meilleurs leaders, y compris durant cette crise. Il y a des gens talentueux, doués, brillants de tous les genres.

Mais l’obstination de ceux qui ne veulent pas que les meilleures femmes deviennent des leaders, accèdent au pouvoir, déploient leur expertise et leur talent pour aider leurs concitoyens fait partie des grands problèmes actuels de l’humanité.