Une personne sur 55. Telle est la proportion de personnes qui n’ont pas de symptômes mais sont porteuses de la COVID-19, à l’Université du Québec à Trois-Rivières.

Mathieu Perreault Mathieu Perreault
La Presse

Il s’agit de la première étude populationnelle canadienne, selon Lyne Cloutier, professeure en soins infirmiers à l’UQTR, qui est l’une des responsables du projet DECOPA. Sur 330 volontaires qui ont eu un prélèvement oropharyngé et des voies nasales entre le 14 et le 17 avril, 6 étaient porteurs de la COVID-19.

« Je pense que c’est le chiffre auquel on s’attendait », explique Alexis Danylo, infectiologue au CIUSSS régional. « Ça aurait été bien que ce soit plus bas, du point de vue de la santé publique. Mais on parle d’une population qui a été confinée depuis le 13 mars. Ça montre qu’il peut y avoir un peu de transmission asymptomatique à bas bruit. »

Contagion

Est-ce que les six personnes ayant un test positif étaient contagieuses ? « On n’avait pas le test pour vérifier la quantité de virus qu’elles avaient dans leurs voies respiratoires, qui n’est pas beaucoup utilisé en clinique, dit le Dr Danylo. Mais on en a quand même une idée par la force du signal. Il semble qu’elles avaient une faible charge virale. Une seule a eu des symptômes, légers, par la suite. »

Ce taux de 1,8 % ne représente pas la proportion totale de la population qui a déjà été infectée. Cette proportion s’obtient au moyen de tests sanguins (ou sérologiques) non encore disponibles au Canada, qui détecteront les personnes infectées, ainsi que celles qui l’ont été dans le passé mais sont guéries, par la présence d’anticorps dans leur sang. Elle était de 2,5 % à 3 % au début avril dans quelques régions du monde comparables au Québec. Une étude jeudi a montré que cette proportion dépassait 20 % à New York cette semaine, mais qu’elle était inférieure à 5 % dans le nord de l’État de New York. 

• 3000
Nombre de personnes qui ont participé à l'étude de New York. Elles ont été sollicitées de manière aléatoire dans 40 endroits publics, notamment des supermarchés.

Mme Cloutier note que les participants de l’étude DECOPA ont rempli le questionnaire en ligne, qui excluait spécifiquement toute personne ayant déjà eu un test positif de COVID-19, et toute personne ayant des symptômes de COVID-19, comme la toux ou la fièvre. Dix personnes ont rempli le formulaire en indiquant avoir des symptômes, et n’ont donc pas été invitées. Six autres personnes se sont présentées à la clinique de dépistage de l’UQTR avec des symptômes et n’ont donc pas été testées puisqu’elles ne correspondaient pas aux critères de l’étude.

En ajoutant ces 16 personnes aux 6 personnes qui ont eu un résultat positif, on arrive à une proportion de 6,5 %. Est-ce que ce pourrait être une estimation maximale de la proportion de personnes infectées à ce moment ? « Non, parce qu’on ne sait pas si les symptômes de ces 16 personnes étaient dus à la COVID-19 », dit le Dr Danylo.

Femmes enceintes

Une autre perspective est donnée par une autre étude, publiée dans le New England Journal of Medicine, qui a montré qu’entre le 22 mars et le 4 avril, 15 % des femmes qui ont accouché dans deux hôpitaux de New York étaient porteuses de la COVID-19, à 90 % sans symptômes. Que pensent les responsables de DECOPA de ces taux très élevés à New York ?

« Les femmes enceintes doivent consulter souvent, et sont donc plus à risque d’attraper la COVID-19, dit le Dr Danylo. Tout ça montre qu’il y a plus de porteurs asymptomatiques quand il y a un plus haut taux de transmission. Nos données portent sur une population confinée très tôt dans une ville régionale. »

Seuls les employés de l’UQTR âgés de moins de 70 ans, et résidant en Mauricie, avaient été invités à participer à l’étude. Ils sont tous en confinement et en télétravail depuis le 13 mars, soit avant que tout le Québec reçoive ces directives. DECOPA est un projet commun de l’UQTR, du CIUSSS de la Mauricie-et-du-Centre-du-Québec et du cégep de Trois-Rivières.