La communauté de Kanesatake tente de stopper la venue de gens d’autres régions sur le territoire et a érigé un cinquième point de contrôle, jeudi, sur la route 344, au pied de la côte Saint-Michel.

Janie Gosselin Janie Gosselin
La Presse

« Nous n’avons pas beaucoup de cas de COVID dans la région et nous voulons garder ça comme ça », a expliqué au téléphone le grand chef mohawk de Kanesatake, Serge Otsi Simon.

Ce qui a mis le feu aux poudres et attiré les gens vers Kanesatake, c’est la décision d’un commerçant, qui vend de l’essence, mais aussi du cannabis et du tabac, d’ouvrir ses portes jeudi. Tous les magasins de la communauté sont fermés depuis le 23 mars, a indiqué l’Unité d’intervention d’urgence de Kanesatake dans un communiqué, qui a invité les consommateurs à ne pas s’aventurer sur le territoire.

Des gens de régions particulièrement infectées, comme Laval et Montréal, se seraient rendus sur place. Les belles journées attirent aussi les touristes, a noté le maire d’Oka, Pascal Quevillon. Selon lui, un des premiers week-ends d’avril, un policier qui voulait sensibiliser la population a intercepté 500 véhicules de personnes qui n’habitaient pas la région et ne devaient pas y être pour des raisons essentielles.

PHOTO PATRICK SANFAÇON, LA PRESSE

Au début du mois d’avril, il a demandé au gouvernement du Québec d’intervenir pour instaurer des contrôles en bonne et due forme dans la région, mais s’est heurté à un refus.

« Comme la MRC d’Argenteuil et la MRC des Laurentides sont fermées, ça a beaucoup de répercussions chez nous », a dit au téléphone M. Quevillon.

Invité à commenter, le ministère de la Santé et des Services sociaux a indiqué que « toutes les décisions sont prises conformément aux recommandations des autorités de santé publique ».

« Dans le présent cas, la Santé publique a jugé qu’ériger des points de contrôle routiers (SQ) à ces endroits n’était pas nécessaire pour protéger ces populations correctement, l’augmentation des effectifs policiers jour, nuit et fin de semaine étant suffisante pour protéger ces deux populations », a répondu Robert Maranda, des relations avec les médias, dans un courriel.

Ce sont des employés civils de la communauté de Kanesatake qui effectuent un contrôle des allées et venues, en demandant une pièce d’identité avec adresse. Ils n’ont cependant pas l’autorité de l’exiger.

Selon le grand chef, la Sûreté du Québec, dont une voiture est toujours garée non loin, a été appelée « à plusieurs reprises » à intervenir auprès des récalcitrants. Il a refusé de donner des chiffres, se limitant à dire qu’il y avait eu de nombreuses personnes voulant passer par Kanesatake sans raison valable.

Le gouvernement du Québec a demandé aux gens d’éviter les déplacements d’une région à une autre en raison de la pandémie, sauf pour des raisons essentielles.

Le dernier bilan local, mis à jour le 16 avril dernier, faisait état de 1 à 9 cas de COVID-19 à Oka et de 0 à Kanesatake. « C’est une communauté avec une population d’aînés assez haute, a noté Serge Otsi Simon. Ce serait un désastre si le virus entrait dans notre communauté. C’est absolument vital de faire quelque chose de plus. »

Avec le déconfinement prochain de certaines régions, annoncé par le premier ministre François Legault, il pourrait y avoir de nouveaux impacts, craint le maire Quevillon.

Il déplore la décision de la santé publique de ne pas avoir accédé à la demande de points de contrôle, soulignant que le grand chef et lui sont unis dans leur objectif. « Nous avons le même but ultime : protéger nos deux communautés », a-t-il souligné.