Une nouvelle directive du ministère de la Santé et des Services sociaux stipulant que le port du masque N95 n’est plus nécessaire pour les ambulanciers qui interviennent auprès de certains patients ayant la COVID-19 inquiète grandement le milieu.

Ariane Lacoursière Ariane Lacoursière
La Presse

Dans un Bulletin clinique publié le 8 avril, la direction médicale nationale des services préhospitaliers d’urgence affirme que les masques N95 ne sont plus nécessaires lors d’interventions auprès de patients déclarés positifs à la COVID-19 si ces patients n’ont pas de symptômes respiratoires graves et si aucune technique générant des aérosols comme une intubation n’est nécessaire. Un simple masque chirurgical avec lunettes, gants et blouse de protection peut être porté.

Dans ses bulletins précédents, le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) recommandait le port du N95 pour toute intervention auprès d’un cas suspecté ou confirmé de COVID-19. « Pourquoi ce changement ? Quand on entre chez des gens qui ont la COVID-19, on débarque dans des endroits pas ventilés et largement contaminés. Un masque chirurgical, ce n’est pas assez pour nous protéger. Ça prend minimalement un N95 », affirme Jean-François Brodeur, paramédical et membre du comité santé et sécurité au travail du secteur préhospitalier de la FSSS-CSN.

Le principe de précaution

Pour M. Brodeur, les autorités devraient adopter le « principe de précaution » et continuer de recommander le port du masque N95 pour tout paramédical intervenant auprès de patients déclarés positifs ou suspectés d’avoir la COVID-19. Notamment parce que le mode de transmission de la COVID-19 « fait toujours l’objet d’un débat au niveau scientifique », écrit Jean Gagnon, paramédical et représentant du secteur préhospitalier de la FSSS-CSN dans une lettre envoyée au MSSS le 17 avril. Le fait que beaucoup de patients asymptomatiques pourraient aussi contribuer à la contagion est un autre facteur qui devrait pousser le MSSS à la prudence, peut-on lire dans la lettre.

« Pourquoi diminue-t-on les niveaux de protection ? Ce n’est pas pour des raisons scientifiques. C’est pour des raisons de crainte de rupture de stock », déplore M. Brodeur.

Jusqu’à maintenant, seuls une quinzaine d’ambulanciers de la région de Montréal ont reçu un diagnostic positif de COVID-19, affirme Samuel Trépanier, conseiller national du secteur préhospitalier de la FSSS-CSN. « On a été peu contaminés jusqu’à maintenant parce qu’on utilisait des N95. Il ne faut pas faire la même erreur que dans les CHSLD en abaissant nos critères et en utilisant des masques chirurgicaux », affirme M. Brodeur.

Ce dernier explique que la moitié des appels auxquels répondent les paramédicaux concernent des patients atteints de la COVID-19. Si bien qu’un très grand nombre de paramédicaux sont exposés au virus dans le cadre de leur travail. « On a une épée de Damoclès au-dessus de la tête. Il ne faut pas abaisser les critères », affirme M. Gagnon.

Celui-ci estime que même s’il existe une pénurie de matériel de protection, « les paramédicaux devraient bénéficier d’autres appareils de protection respiratoire qui fournissent une protection équivalente ou supérieure » aux masques N95.

Au MSSS, on mentionne qu’« aucune mesure qui mettrait en danger la sécurité de nos travailleurs ne serait recommandée dans un protocole ». On mentionne que les directives aux ambulanciers sont « basés sur les avis d’experts scientifiques » et « semblables à celles utilisées en contexte hospitalier ».