(QUÉBEC) Alors que Québec ne sait plus où donner de la tête afin de trouver des personnes pour aller travailler en CHSLD, les proches aidants demandent au gouvernement d’assouplir les règles qui encadrent leurs visites, certains établissements leur interdisant toujours l’accès.

Hugo Pilon-Larose Hugo Pilon-Larose
La Presse

En entrevue avec La Presse, la coordonnatrice du Regroupement des aidants naturels du Québec, Mélanie Perroux, déplore que les CHSLD n’appliquent pas tous de la même façon les critères pour leur ouvrir leurs portes.

« On a une proche aidante qui venait quatre fois par semaine donner des soins à un proche. Aujourd’hui, elle ne peut plus le faire parce qu’elle est appelée au travail comme travailleuse essentielle. En ce moment, l’établissement refuse que son frère prenne sa place parce qu’il n’y allait pas personnellement assez souvent avant la pandémie. Il faut assouplir cette règle-là », dit Mme Perroux.

Besoin d’un « coup de main »

Le 14 avril dernier, lors de son point de presse quotidien, le premier ministre François Legault a annoncé que les proches aidants retrouveraient l’accès aux CHSLD pour aller « donner un coup de main » dans le réseau en crise.

Deux jours plus tard, les aidants naturels ont donc retrouvé leur accès, pour autant qu’ils aillent visiter une seule personne, qu’ils ne visitent pas d’autres usagers, qu’ils respectent les règles édictées par la Santé publique et qu’ils aient obtenu un résultat négatif à un test de dépistage de la COVID-19, entre autres.

« Si vous n’êtes pas un proche aidant identifié par les responsables des établissements, l’interdiction des visites demeure », avait toutefois souligné M. Legault la semaine dernière, alors que le directeur national de santé publique, le Dr Horacio Arruda, estimait que seulement 10 % des usagers en CHSLD bénéficiaient du soutien d’un proche aidant avant la crise.

Mais depuis, le taux d’absentéisme dans le réseau de la santé a augmenté et le gouvernement fait appel à l’armée pour avoir « des bras » en renfort. Québec déplorait jeudi 9500 travailleurs absents dans le réseau, certains pour cause de maladie, d’autres par crainte de contracter le coronavirus.

Les proches aidants assurent le soutien émotionnel et psychologique à une personne en CHSLD. Parfois, ils assurent aussi un paquet de soins d’hygiène qui ne seraient autrement pas fournis, même quand on n’est pas en situation de pandémie.

Mélanie Perroux, coordonnatrice du Regroupement des aidants naturels du Québec 

« Ils peuvent aussi […] raser, laver, donner un bain, ou permettre à un aîné qui est encore capable de manger d’avoir un vrai repas, plutôt que des aliments mous », rappelle Mélanie Perroux.

« Les proches aidants sont indispensables et on a sous-estimé leur apport en leur fermant tout de suite la porte au départ. […] Quand le gouvernement a annoncé [qu’ils pouvaient revenir], certains établissements n’étaient pas prêts à les accueillir. Les proches aidants, eux, ils étaient prêts. C’est sûr qu’ils se sont engouffrés dans la brèche qu’on leur a faite et que la déception est grande quand certains se font encore refuser l’accès », ajoute-t-elle.

Accès refusé

Un proche aidant de la région métropolitaine de Montréal a contacté La Presse ces derniers jours pour dénoncer le fait qu’un CHSLD privé où un membre de sa famille réside n’accepte pas de lui donner l’accès. Par lettre et par communiqué, l’établissement justifie sa décision en affirmant qu’il ne connaît pas de crise d’absentéisme, contrairement à d’autres CHSLD.

Depuis des années, cette personne – à qui nous avons accordé l’anonymat, car elle ne veut pas que l’usager soit exposé aux critiques qu’elle formule – fournit des soins en moyenne 30 heures par semaine. La direction de l’établissement affirme pourtant être en mesure de donner les mêmes soins aux résidants que ceux qui étaient donnés avant la pandémie. Ce proche aidant n’y croit pas un instant, puisqu’il était présent de façon continue au centre et que des infirmières lui disaient que les soins qu’il donnait ne seraient pas fournis sans sa présence.

« Les résidences privées ont moins tendance à ouvrir [leurs portes aux proches aidants], de peur de faire entrer la COVID et d’ensuite se faire blâmer », estime Mélanie Perroux, du Regroupement des aidants naturels du Québec. L’organisme demande maintenant à Québec de faire preuve de plus de souplesse.

« Pourquoi fait-on rentrer des bénévoles, mais pas tous les proches aidants ou des membres de leur famille pour qui c’est leur mère ou leur père ? C’est ça qui pose problème », affirme-t-elle.