(Québec) Le Québec doit absolument immuniser davantage sa population au virus d’ici la rentrée de septembre pour éviter une deuxième vague de la COVID-19 aussi pire que la première, a expliqué le premier ministre du Québec jeudi.

Gabriel Béland Gabriel Béland
La Presse

« La pire chose à faire, ça serait de dire aux gens : vous sortez tous en même temps, en septembre ou à l'automne. Ça, ça serait la pire chose, estime François Legault. Là, on pourrait imaginer, à ce moment-là, une vague qui serait plus grande que la vague qu'on a connue depuis un mois. »

Cette stratégie, appelée « immunité naturelle », doit s’axer autour d’un assouplissement graduel du confinement. C’est ainsi que le gouvernement veut annoncer la semaine prochaine le calendrier la réouverture de certaines entreprises, des garderies et des écoles.

« L’'idée, c'est d'y aller très graduellement pour que les personnes qui sont moins à risque puissent développer des anticorps et être capables de devenir immunisées, a détaillé M. Legault. Mais il faut y aller très graduellement. »

Le Québec déplorait jeudi 1243 décès des suites de la COVID-19. Sur les 109 nouveaux décès, 93 sont survenus dans des résidences pour aînés.

La situation dans ces résidences et les hôpitaux est d’ailleurs pénible. Malgré les appels aux renforts auprès des médecins spécialistes et des Forces armées, le réseau de la santé québécois était à court de 9500 travailleurs. « C’est énorme », a admis M. Legault. En seulement 24h, 800 travailleurs manquants se sont ajoutés à cette liste.

Pas des « cobayes »

C’est dans ce contexte tendu que les autorités ont détaillé jeudi leur stratégie pour les prochains mois. Selon François Legault, le déconfinement graduel des personnes moins à risque, comme les jeunes, permettra de mieux faire face à la seconde vague de la pandémie.

« Il faut qu'il y ait une immunité, mais très graduelle. Puis, évidemment, à travers tout ça, il faut protéger des gens qui sont plus vulnérables, ça veut dire les gens qui ont 60 ans et plus et qui représentent actuellement 97 % des décès », a expliqué M. Legault.

La réouverture des garderies et des écoles dans les prochaines semaines s’inscrit dans cette stratégie.

« Le concept d'immunité naturelle, ce n'est pas une question de prendre les enfants comme des cobayes, a rassuré le premier ministre. C'est de dire : les personnes qui sont moins à risque, donc les personnes de moins de 60 ans, bien, il peut y avoir une immunité naturelle qui va empêcher une vague. »

François Legault a voulu rassurer « les parents qui continuent malgré tout d'avoir des inquiétudes ». « Ça ne sera pas obligatoire d'ici le mois de septembre, donc pour le printemps, d'envoyer vos enfants à l'école. »

L’Association des pédiatres du Québec a pris position en faveur d’un déconfinement graduel des enfants dans un communiqué envoyé jeudi.

« La communauté scientifique s’entend sur un point : la COVID-19 n’est pas dangereuse pour la très vaste majorité de la population pédiatrique », rappellent les pédiatres, qui craignent plutôt les effets négatifs d’un confinement prolongé des enfants.

Moins de 10% des Québécois infectés

Le premier ministre a pris un ton de pédagogue pour tenter d’expliquer l’idée de l’immunité naturelle. Le virus est « très puissant ». Son taux de multiplication se situe entre 2 et 4, de préciser M. Legault.

Le taux de multiplication indique le nombre de personnes qui seront infectées par un porteur; un taux de 2 implique donc que deux personnes seront infectées, puis quatre, puis, huit, etc. « C'est ce qu'on appelle une croissance exponentielle, ça va très vite. »

Mais si 50% de la population québécoise était immunisée, alors soudainement un porteur n’infecterait plus deux personnes, mais une seule. «C'est ce que les spécialistes appellent l'immunité naturelle. »

À l’heure actuelle, le directeur national de la Santé publique estime qu’entre 5 et 10% de la population québécoise ont contracté le virus et seraient immunisés. Le Dr Horacio Arruda a précisé que des tests de dépistage aléatoire, notamment sérologiques, seront mis en place pour déterminer plus précisément les taux d’immunité au Québec.

Pour que le virus soit maîtrisé, il faudrait qu’entre 60 et 80% de la population québécoise soit immunisée, a précisé M. Arruda. L’écart entre ces chiffres dépend du taux de multiplication du virus, sur lequel les spécialistes ne s’entendent pas.

Le plan du gouvernement est donc d’augmenter ce taux d’immunisation au cours de l’été. Le déconfinement graduel doit permettre à l’économie de reprendre, mais aussi d’atteindre cette immunité naturelle.

Tout ce plan repose toutefois sur une prémisse : une personne infectée par le COVID-19 ne peut l’attraper une seconde fois. Le premier ministre a admis que pour l’instant, «selon les spécialistes, une personne qui a eu le virus est immunisée au moins pour un certain temps ».

Mais quelle est l’autre option? Selon François Legault, il s’agirait de confiner le Québec complètement jusqu’à la disponibilité d’un vaccin.

« Si tout le monde reste à la maison, bien, la situation reste la même, a noté François Legault. Et on se retrouve dans une situation où on doit attendre le vaccin, qui va arriver peut-être dans un an, peut-être deux ans. On ne peut pas demander aux gens de rester chez eux pendant deux ans. »

« Je ne pense pas, là, que si on faisait un grand sondage puis un référendum que les Québécois ont le goût de rester deux ans», a-t-il ajouté.