Des écoles de la province rouvriront bientôt, a annoncé mercredi le premier ministre François Legault. Il présentera la semaine prochaine un plan détaillé en ce sens, mais on sait d’ores et déjà que l’ouverture se fera par régions et que la fréquentation ne sera pas obligatoire. L’école ne sera pas comme « avant », a prévenu le directeur national de santé publique, Horacio Arruda.

Marie-Eve Morasse Marie-Eve Morasse
La Presse

L’école non obligatoire

Quand la cloche sonnera de nouveau, la fréquentation des classes sera facultative. « On va s’assurer dans ce plan que les parents qui, pour toutes sortes de raisons, ne veulent pas envoyer leur enfant à l’école ne seront pas obligés de les envoyer à l’école. […] Puis on va prendre des mesures pour que ces enfants-là soient capables de faire le rattrapage nécessaire lors de la rentrée en septembre », a précisé le premier ministre François Legault.

Qui choisira d’aller à l’école ? demande Catherine Turcotte, professeure au département d’éducation et formation spécialisées de l’Université du Québec à Montréal. « Il faudrait selon moi revoir avant les vacances les élèves qui ont besoin d’une révision. Est-ce que ce sont nécessairement ceux qui vont se présenter à l’école ? On ne le sait pas. Les enseignants ont la possibilité de parler avec les élèves, il y a peut-être des invitations plus personnalisées qui pourraient se faire », dit-elle.

Une ouverture par régions

La réouverture des écoles se fera par régions. « On va évidemment y aller de façon graduelle en commençant par les régions où la situation est très stable », a expliqué le premier ministre François Legault en ajoutant qu’il suivait l’évolution de la pandémie au jour le jour. « Si les chiffres restent stables dans les régions autres que Montréal et Laval, on va pouvoir procéder à la réouverture graduelle des écoles, avec un certain nombre de directives », a ajouté M. Legault.

Québec a indiqué dans les derniers jours que le réseau scolaire aura deux semaines pour se préparer avant que les élèves reviennent en classe. Si le plan du gouvernement est déposé lundi prochain, par exemple, des écoles pourraient rouvrir au plus tôt le 11 mai.

Priorité à certains élèves ?

Au-delà de la gestion sanitaire, il faudra penser à offrir un accès prioritaire aux élèves en difficulté, dit Delphine Collin-Vézina, professeure à l’École de service social de l’Université McGill. « Par exemple, les élèves qui n’avaient pas les notes de passage dans les deux premiers bulletins pourraient être priorisés pour les aider à passer leur année. Ceux qui passent d’un niveau à l’autre pourraient aussi avoir besoin de plus de soutien présentement », illustre-t-elle, citant par exemple les élèves qui feront l’an prochain leur entrée au secondaire.

Un exercice complexe

Tout porte à croire que les responsables des commissions scolaires connaîtront le plan de retour presque en même temps que la population générale. À la Commission scolaire des Patriotes, on affirme que ce serait « travailler dans le vide » que de préparer un retour en classe sans avoir le fameux scénario en main.

Un retour en classe avec un « double horaire » dans une même journée serait difficile à implanter, dit son directeur général Luc Lapointe. Certains scénarios de retour en classe lui paraissent plus simples à mettre en œuvre.

« Si c’est plus de l’ordre d’une fréquentation à temps partiel ou d’une journée sur deux, ça demande un peu moins d’organisation et de gestion. Par contre, à l’intérieur des écoles, il y a une distanciation sociale à respecter, ce défi est énorme, et il faut être capables de mettre en place des conditions qui vont la permettre », poursuit Luc Lapointe.

Un défi qu’a mis en évidence le directeur national de santé publique en point de presse mercredi. « Si on ouvre les écoles, ça va se faire avec des façons de travailler très différentes. On ne sera pas comme l’école d’avant, hein ? La distanciation sociale va devoir être respectée », a déclaré Horacio Arruda.

L’immunité de groupe

Le directeur de santé publique a réaffirmé mercredi qu’« heureusement, les complications chez les enfants sont excessivement rares ». « En les immunisant de façon un peu naturelle, on les aide, en fin de compte. Mais on ne s’organisera pas pour exposer, par exemple, des professeurs ou des gens en garderie qui ont des problèmes de santé ou qui ont un certain âge », a assuré Horacio Arruda.

L’immunité communautaire ne doit pas devenir un « objectif », avise pour sa part Levon Abrahamyan, professeur de virologie à la faculté de médecine vétérinaire de l’Université de Montréal, qui étudie les coronavirus depuis des années. « Je crois que la situation épidémiologique actuelle, surtout au Québec, ne nous donne pas assez de confiance pour faire des bonnes prévisions sur ce qui se passera », dit-il. M. Abrahamyan croit que le gouvernement devrait attendre à la fin de la semaine prochaine avant de statuer sur la suite des choses, notamment la réouverture des écoles.

Des enseignants inquiets

La Fédération autonome de l’enseignement a demandé mercredi à voir le plan de Québec pour « pouvoir le commenter et le bonifier ». « Les profs du Québec ne serviront pas de rats de laboratoire et les élèves encore moins. On a 17 % de nos membres qui sont âgés de 55 ans et plus. Certains de nos membres souffrent de certaines maladies, d’autres sont des aidants naturels », a déclaré son président, Sylvain Mallette.

Il dit comprendre que les écoles ne seront pas « fermées de façon éternelle », mais aurait souhaité que le premier ministre consulte les enseignants avant de parler publiquement d’un plan de réouverture.

Des exemples venus d’Europe

La France a présenté cette semaine son plan de réouverture des écoles. Il s’étale sur trois semaines selon le niveau scolaire. Les groupes seront composés au maximum de 15 élèves et, comme au Québec, des parents qui le souhaitent pourront garder leurs enfants à la maison, mais l’enseignement devra alors être fait à distance. « Un élève ne sera jamais en dehors de l’obligation scolaire », a déclaré cette semaine le ministre de l’Éducation, Jean-Michel Blanquer. Les enseignants auront une journée de « pré-rentrée » pour se préparer.

Aux Pays-Bas, les élèves du primaire pourront reprendre leurs cours à temps partiel en alternant enseignement à l’école et à domicile.