Le personnel médical n’est pas obligé d’intervenir auprès d’un patient atteint de la COVID-19 si l’équipement de protection adéquat n’est pas disponible, ont indiqué le Collège des médecins et l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec.

Janie Gosselin Janie Gosselin
La Presse

« Un soignant n’est obligé, ni par la loi ni par son code de déontologie, de prendre le risque d’une contamination pour intervenir auprès d’un patient susceptible de transmettre le SRAS-CoV-2. Il pourrait même être tenu de ne pas prendre de risque au moment d’intervenir », peut-on lire dans un document obtenu par La Presse et présenté conjointement par le Collège des médecins, l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec, l’Ordre des infirmières et infirmiers auxiliaires du Québec et l’Ordre professionnel des inhalothérapeutes du Québec.

Les membres des différents ordres professionnels devaient être mis au courant jeudi soir de cette position.

Les soignants doivent prendre cette mesure « d’abord, pour pouvoir rester fonctionnels, ensuite, pour ne pas devenir eux-mêmes des vecteurs de transmission virale », est-il spécifié.

En cas de contact étroit d’au moins 10 minutes avec un patient de la COVID-19, le travailleur de la santé s’expose à un risque « élevé » s’il ne porte pas de masque, de blouse et de gants, selon l’Institut national de la santé publique du Québec.

Si un professionnel de la santé décide de prendre le risque de venir en aide à un patient sans avoir l’équipement de protection nécessaire, il « devrait pouvoir justifier le risque qu’il a pris pour lui, d’autres patients, ses collègues, le système de santé et la société ». Il ne devrait intervenir qu’en cas d’urgence vitale, précise-t-on.

Les lois et les codes professionnels demeurent en vigueur, même en temps de pandémie, précise-t-on.

« Les soignants doivent assumer les responsabilités qui leur incombent du fait du contrat qui les lie à l’ensemble de la société, de leur obligation d’assurer les soins nécessaires, même ceux qui leur feraient courir des risques personnels, en vertu d’une solidarité sociale nécessaire. En contrepartie, la société se doit d’assumer les siennes envers les soignants par devoir de réciprocité et de solidarité », peut-on lire dans le document. De son côté, « la société se doit d’assumer les siennes envers les soignants par devoir de réciprocité et de solidarité », par l’accès prioritaire à l’équipement de protection individuelle, l’assurance « d’une certaine sécurité s’ils tombent malades dans l’exercice de leur profession », et en maintenant et adaptant « la protection légale concernant leur responsabilité civile », notamment.

Pénurie

Il y a quelques semaines, le risque de pénurie de masques N95 inquiétait particulièrement les travailleurs du secteur de la santé. Cette semaine, les blouses sont à l’avant-plan des besoins à combler.

Le premier ministre François Legault a indiqué jeudi que les établissements de santé disposaient de stocks de blouses pour environ une semaine, et que des entreprises québécoises commençaient à en fabriquer.

Des messages ont été envoyés cette semaine aux employés de deux CIUSSS de l’île de Montréal pour prévenir d’un problème de « pénurie de blouses ». La ministre de la Santé et des Services sociaux, Danielle McCann, avait réagi en répondant que le manque d’équipement était plutôt dû à un « problème de distribution » vers les différents établissements.

Le président de la Fédération de la Santé et des Services sociaux – CSN s’explique mal ces problèmes d’acheminement vers les établissements. « Il faut mettre cet équipement entre les mains du monde », a réagi Jeff Begley.

M.  Begley voit d’un bon œil la directive émise par les différents ordres professionnels. « Je pense que c’est juste bon pour tout le monde, y compris pour les patients », a-t-il dit.