(Ottawa) Certains demandeurs d’asile qui se présentent à des points d’entrée officiels à la frontière ont désormais la permission d’entrer au Canada — un changement effectué sans tambour ni trompette par Ottawa à l’issue de discussions avec Washington.

Mélanie Marquis Mélanie Marquis
La Presse

Le premier ministre Justin Trudeau disait mercredi matin, lors de son allocution, qu’« à ce que je sache », rien n’avait changé. Sa vice-première ministre, Chrystia Freeland, a plus tard martelé que l’accord conclu avec les États-Unis sur la fermeture de la frontière n’avait pas été modifié.

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Chrystia Freeland

Or, dans un décret gouvernemental daté du 20 avril, on stipule que l’interdiction de déplacement essentiel entre les deux pays ne s’applique pas aux personnes « qui cherchent à entrer au Canada en provenance des États-Unis afin de faire une demande d’asile ».

Le premier décret émis en mars dernier sur la question de l’interdiction d’entrée aux étrangers ne contenait pas cette disposition ; l’accord entre voisins empêchait pratiquement toutes les personnes venant des États-Unis de présenter une demande d’asile au Canada.

Au bureau du ministre de la Sécurité publique, Bill Blair, on a confirmé qu’il y avait eu retouche et expliqué que ce changement était en adéquation avec les exceptions prévues par l’Entente entre le Canada et les États‑Unis sur les tiers pays sûrs.

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Bill Blair

Les portes seront donc notamment ouvertes aux personnes dont un membre de la famille se trouve déjà au Canada, aux mineurs non accompagnés, ou encore à ceux qui ne sont pas tenus d’obtenir un visa de résident temporaire pour traverser au nord.

Les demandeurs d’asile qui obtiendront le feu vert devront se placer en quarantaine pour deux semaines, comme l’exige la Loi sur la mise en quarantaine de toutes les personnes qui arrivent au Canada.

Pas de changement pour les migrants irréguliers

La politique consistant à refouler vers les États-Unis les migrants irréguliers, en vigueur depuis le 21 mars, demeure. Le Canada a obtenu des garanties que ces demandeurs d’asile ne seraient pas ensuite renvoyés dans leur pays d’origine, a-t-on indiqué au bureau du ministre Blair.

C’est aussi ce qu’a communiqué la vice-première ministre Chrystia Freeland. « L’élément que je veux souligner, c’est qu’on le fait dans une manière qui nous donne une assurance que le refoulement de ces réfugiés [vers leur pays] n’aura lieu », a-t-elle offert.

Il y a environ un mois, l’agence Reuters a rapporté que les agents frontaliers des États-Unis pourraient renvoyer les migrants irréguliers retournés par le Canada dans leur pays d’origine, ce qui placerait le Canada en contravention avec ses traités internationaux.

« Je peux vous assurer que dans l’accord et dans ce qu’on fait maintenant, on est convaincu et certain qu’on est fidèle à nos obligations de ne pas avoir le refoulement de ceux qui sont redirigés vers les États-Unis », a déclaré Mme Freeland en conférence de presse à Ottawa.

Le Canada a prolongé jusqu’au 21 mai prochain la fermeture de sa frontière avec les États-Unis pour tous les déplacements non essentiels. La mesure est entrée en vigueur le 21 mars dernier, incluant ce qui entoure les demandeurs d’asile.

Selon les plus récentes données transmises à La Presse par l’Agence des services frontaliers du Canada (ASFC), seulement huit demandeurs d’asile ont été renvoyés aux États-Unis entre le 21 mars et le 15 avril.

Cinq étaient des demandeurs d’asile irréguliers; deux ont tenté d’entrer par le Québec, et trois via la Colombie-Britannique. Les trois autres se sont présentés à un point d’entrée dans le sud de l’Ontario et ont été renvoyés aux États-Unis. Un seul demandeur d’asile a été autorisé à procéder en vertu des dérogations à la règle.