Négligences, maltraitances, omissions, fautes. La liste des reproches à l’encontre du CHSLD Sainte-Dorothée est bien longue. Et puisqu’ils considèrent que « ces manquements sont la cause directe et probable de l’ampleur » de l’éclosion de la COVID-19 dans cet établissement, les résidents de ce dernier ainsi que leurs proches déposent une requête devant les tribunaux.

Véronique Lauzon Véronique Lauzon
La Presse

Cette demande d’autorisation d’action collective déposée lundi à la Cour supérieure du Québec pourrait représenter des centaines de personnes. Le groupe peut inclure les 192 résidents au moment des évènements en litige, ainsi que leur conjoint, leur aidant naturel, leurs enfants et leurs petits-enfants, de même que les héritiers et les ayants droit des résidents décédés.

Le fils de Anna José Maquet, Jean-Pierre Daubois, est le représentant désigné de l’action collective. Sa mère de 94 ans résidait au CHSLD Sainte-Dorothée depuis plus de cinq ans lorsqu’elle est morte, le 3 avril dernier.

« En date du 18 avril 2020, l’éclosion de COVID-19 au CHSLD Sainte-Dorothée a fait au moins 150 victimes, et 56 de ces victimes en sont décédées », précise-t-on dans la requête.

Des dommages punitifs sont ainsi réclamés au CHSLD Sainte-Dorothée et au Centre intégré de santé de services sociaux (CISSS) de Laval : un minimum de 50 000 $ pour les résidents infectés à la COVID-19 ayant survécu à l’infection, une somme de 100 000 $ au conjoint survivant d’un résident décédé, etc.

Selon le demandeur, l’administration de l’établissement a « fautivement et négligemment refusé » que deux employés qui présentaient des symptômes s’absentent de leur travail, le 22 mars. Ils ont donc travaillé pendant cinq jours sur l’unité pour patients atteints d’Alzheimer et ont « propagé le virus », selon la requête. Même lorsqu’un premier patient sur cette unité est déclaré positif, les défendeurs omettent de mettre en application le protocole d’isolement conformément aux directives du ministère de la Santé et des Services sociaux, avance aussi le demandeur.

Bien d’autres décisions de l’administration du CHSLD sont montrées du doigt dans cette requête, tel que l’« importante pénurie de personnel donnant lieu à une situation de négligence et de maltraitance systémique envers les résidents ».

« Les fautes des défendeurs […] sont la cause directe et probable de l’éclosion fulgurante de COVID-19 qui a frappé près de 78 % des résidents du CHSLD Sainte-Dorothée en mars 2020, faisant rapidement de cette éclosion de loin la plus dévastatrice au Québec à la fois quant au nombre de personnes infectées, quant au nombre de décès et quant au taux de résidents atteints », lit-on dans la requête.

L’action collective est menée par MPatrick Martin Ménard, du cabinet Ménard, Martin, Avocats.