La COVID-19 deviendra-t-elle saisonnière comme la grippe, disparaissant durant la saison chaude et renaissant à l’automne ? C’est fort possible, estimaient cette semaine les auteurs d’une étude de l’Université Harvard publiée dans la revue Science.

Mathieu Perreault Mathieu Perreault
La Presse

QUESTION : Pourquoi penser que la COVID-19 deviendra saisonnière comme la grippe ?

RÉPONSE : « Les quatre coronavirus responsables du rhume chez l’homme sont plus actifs l’hiver », expliquait mardi midi en conférence de presse Christine Tedijanto, de l’Université Harvard, coauteure d’une étude sur la transmission à long terme de ce coronavirus publiée mardi dans la revue Science. Selon les différentes options de modélisations utilisées par les épidémiologistes de Harvard, « il est probable que le SARS-CoV-2 [le coronavirus responsable de la COVID-19] va circuler de manière saisonnière », ajoutait Stephen Kissler, autre coauteur de l’étude.

Q : Y a-t-il des données permettant de prévoir que la COVID-19 se transmettra moins durant l’été ?

R : « Plusieurs ont tenté de le voir dans les données des pays et régions connaissant un printemps plus hâtif, mais il a été difficile de trouver des réponses claires parce que les politiques de tests diagnostiques changent trop rapidement », a dit en entrevue avec La Presse Marc Lipsitch, aussi signataire de l’étude. M. Lipsitch a invité La Presse à consulter les travaux de son collègue Mauricio Santillana, qui a publié en janvier, sur le site de prépublications médicales Medrxiv, une étude en laboratoire montrant que le SARS-CoV-2 se transmet aussi facilement par temps chaud et humide que par temps sec et froid. Les experts citent généralement, à l’appui de la thèse d’un déclin automatique de la COVID-19 cet été, la disparition du SRAS à l’été 2003, mais M. Lipsitch souligne qu’à Toronto, une deuxième vague a eu lieu à la fin mai, « alors qu’il faisait chaud ».

Q : Qu’est-ce qui permettra à la COVID-19 de survivre indéfiniment comme maladie saisonnière ?

R : Tout d’abord, une durée limitée de l’immunité acquise une fois les personnes infectées rétablies de la COVID-19, selon M. Kessler. « Le nombre total d’infections dans les deux prochaines années dépendra de la durée de l’immunité conférée par le SARS-CoV-2, disait mardi M. Kessler. Si l’immunité dure très longtemps, la COVID-19 pourrait disparaître après la première vague. » M. Kessler estime que l’immunité devrait durer au moins un an, probablement deux, et peut-être plus de cinq ans.

Q : Et si l’immunité ne dure pas très longtemps, seulement un an ou deux ?

R : C’est ici qu’entre en jeu le concept de « réactivité croisée ». Les anticorps que produit le système immunitaire face à la COVID-19 pourraient être en partie les mêmes que pour les quatre coronavirus responsables des rhumes. Cette réactivité croisée devra être mesurée avec des tests sérologiques et déterminera la durée et l’ampleur de la distanciation sociale intermittente, notamment la fermeture et la réouverture en accordéon des entreprises et des écoles, selon Marc Lipstich, de l’Université Harvard. Si la réactivité croisée est élevée, même avec une faible durée de la protection immunitaire de la COVID-19, la maladie disparaîtra entre 2022 et 2024, selon les experts de Harvard. Cela dit, ils préviennent qu’il y a beaucoup d’inconnues : il est théoriquement possible que l’immunité croisée soit au contraire néfaste et augmente la réaction excessive du système immunitaire responsable de la plupart des décès de la COVID-19.

Q : Si la COVID-19 devient une maladie saisonnière, quelle sera l’ampleur du bilan annuel ?

R : Les analyses publiées dans la revue Science mardi montrent que la proportion de la population infectée chaque année sera comparable à la grippe, soit entre 20 % et 25 %. Cela dit, certains scénarios prévoient une réapparition tous les deux ans.