(Québec) Le CIUSSS du Nord-de-l’Île-de-Montréal a un urgent besoin d’être ravitaillé en blouses de protection. La pénurie est telle que, pour la première fois, l’établissement n’a pas été capable d’approvisionner le CHSLD Berthiaume-Du Tremblay, au moment même où la résidence ne disposait pas d’assez de blouses pour la nuit.

Fanny Lévesque Fanny Lévesque
La Presse

Les responsables du centre d’hébergement privé conventionné du boulevard Gouin, où 20 % des résidants sont infectés au nouveau coronavirus, ont appris jeudi en début de soirée que le CIUSSS du Nord-de-l’Île-de-Montréal ne serait pas en mesure d’honorer sa commande de blouses de protection jetables attendue le jour même.

Dans une communication que La Presse a obtenue, le CIUSSS indique lui-même avoir un stock de blouses suffisant pour tenir à peine 24 heures dans les zones chaudes de ses hôpitaux. Une réalité qui détonne par rapport à l’état de situation fait par le premier ministre Legault vendredi.

François Legault a assuré qu’il ne « manque pas d’équipement de protection individuelle » à l’heure actuelle au Québec.

Ça se peut qu’il y ait quelques problèmes de distribution du matériel dans quelques établissements, mais il n’y a pas de raison que ça arrive.

François Legault, premier ministre du Québec

« S’il y a un établissement, s’il y a un dirigeant d’établissement, que ce soit un CHSLD ou n’importe quel établissement, qui voit qu’il manque de matériel, bien, qu’il appelle son CISSS ou le CIUSSS ou qu’il appelle le Ministère. On en a, du matériel. Je veux être bien clair », a poursuivi M. Legault en conférence de presse.

Or, dans le cas du CHSLD Berthiaume-Du Tremblay, classé orange en raison de la pandémie, c’est le CIUSSS lui-même qui invite l’établissement à rationner l’usage des blouses anticontagion devant son incapacité à en livrer à ses partenaires. Le délai étant trop court, le CHSLD n’avait pas la marge de manœuvre pour réajuster le tir.

« C’est inadmissible »

« C’était une question de vie ou de mort », n’hésite pas à dire la directrice générale de l’Association des établissements privés conventionnés (AEPC), Annick Lavoie. « [Le CHSLD] ne pouvait pas passer la nuit avec la quantité de blouses qui [lui] restait en stock […] C’est inadmissible », a-t-elle ajouté.

Le CIUSSS du Nord-de-l’Île-de-Montréal a confirmé avoir « besoin d’un ravitaillement en blouses de contagion ». L’établissement dit attendre une livraison au cours des prochains jours. « C’est difficile de prévoir la durée de nos stocks, car chaque journée est différente de la précédente », écrit la porte-parole, Marie-Hélène Giguère.

Elle précise cependant que les stocks sont « suffisants pour le week-end ».

Selon nos informations, la résidence Berthiaume-Du Tremblay, qui accueille environ 200 résidants, a été en mesure de recevoir une quantité de blouses in extremis du CIUSSS vendredi après-midi. Mais l’AEPC explique avoir dû remuer ciel et terre pour que le CHSLD tienne durant la nuit de jeudi à vendredi.

L’AEPC a lancé un appel général dans le réseau, en pleine soirée jeudi, pour trouver des blouses rapidement. La réponse a été immédiate parmi les établissements privés conventionnés, assure Mme Lavoie. « Un de nos membres a mis 50 blouses dans un taxi et les a fait livrer au CHSLD », relate-t-elle.

« Ne serait-ce que cinq, six blouses d’un bord et cinq, six de l’autre… On se disait qu’on serait capables d’en réunir un petit paquet. Ç’a été instantané. »

Tout le monde s’est mobilisé et on a réuni 500 blouses en moins d’une heure. C’est vraiment un élan de générosité hors du commun.

Annick Lavoie, directrice générale de l’Association des établissements privés conventionnés

Le CHSLD Berthiaume-Du Tremblay dispose de suffisamment de blouses lavables jusqu’à lundi, selon nos informations, notamment grâce à la générosité d’autres membres du réseau de l’AEPC.

« Pas pareil » sur le terrain

La directrice générale de l’AEPC peine à croire le premier ministre lorsqu’il affirme que les équipements de protection sont disponibles pour les établissements et qu’il suffit de se manifester auprès du CIUSSS. Elle note que la situation est particulièrement difficile pour des CHSLD privés conventionnés à Montréal.

« Quand on parle au CIUSSS et au CISSS, ils nous disent qu’ils n’en ont pas. Il est où, le problème ? Est-ce qu’on peut le trouver pour le régler ? Monsieur Legault, j’aimerais vous croire, mais sur le terrain, ce n’est pas pareil », estime Mme Lavoie. « Le meilleur exemple, c’est encore [jeudi] », ajoute-t-elle.

Le ministère de la Santé et des Services sociaux a confirmé à La Presse que « le niveau d’inventaire des blouses est bas » dans le réseau québécois. « Des commandes additionnelles ont été passées, des livraisons importantes sont attendues la semaine prochaine et les semaines suivantes », a-t-on indiqué par courriel.

Des blouses jetables doivent être achetées à l’international et des blouses lavables, notamment, doivent provenir de producteurs québécois.